# Balistique terminale La **balistique terminale** étudie le comportement du projectile **à l'arrivée sur la cible** — c'est le dernier maillon de la chaîne : [balistique intérieure](technique:balistique_interieure) (dans le canon) → balistique intermédiaire (à la bouche) → [balistique extérieure](/techniques/balistique/) (en vol) → **balistique terminale** (à l'impact). Selon la cible, elle recouvre des phénomènes distincts : marquage d'une **cible papier ou métallique** (tir sportif), **pénétration et dépôt d'énergie** dans un milieu dense (gélatine balistique, gibier), ou **perforation d'obstacle**. Tireur.org est orienté **tir sportif et de précision**. Les effets sur les tissus vivants relèvent de la **balistique lésionnelle** (//wound ballistics//), présentée ici de façon **factuelle et pédagogique**. L'usage réel (chasse, défense) est encadré par la **réglementation** (calibres, munitions et énergies autorisés) qui varie selon les pays et le gibier — voir [Réglementation](https://www.tireur.org/wiki/doku.php?id=reglementation:start). --- ## 1. Les grandeurs à l'impact La balistique extérieure fournit la **vitesse d'impact** $v_i$ et l'angle d'arrivée. On en déduit : * **Énergie cinétique** : $E = \tfrac{1}{2}\,m\,v_i^2$ — réservoir d'énergie disponible. * **Quantité de mouvement** : $p = m\,v_i$ — pertinente pour le basculement d'une cible. * **Densité sectionnelle** : $\mathrm{DS} = \dfrac{m}{d^2}$ (masse / carré du calibre) — gouverne la **capacité de pénétration** : à énergie égale, une DS élevée pénètre plus profond. Ces grandeurs ne suffisent pas à elles seules : la **construction du projectile** et le **milieu** déterminent comment l'énergie est réellement dissipée. ## 2. Cible papier et métallique (tir sportif) * **Cible papier** : on cherche un **trou net et calibré**. Un trou ovalisé (//keyholing//) trahit une balle **instable** — souvent parce qu'elle est passée en régime **transsonique** (autour de $M \approx 1$, soit ~340 m/s) où la traînée fluctue et déstabilise l'ogive. D'où l'importance d'un **pas de rayure** adapté et d'un bon [coefficient balistique](technique:coefficient_balistique) pour rester **supersonique jusqu'à la cible**. * **Cible métallique** (gong, plaques IPSC) : il faut une **énergie/impulsion minimale** pour marquer ou faire basculer la cible, et une vitesse suffisamment basse à l'impact pour limiter ricochets et fragmentation dangereuse. En tir dynamique, le **//power factor//** classe les armes : $\mathrm{PF} = \dfrac{m_{[\text{gr}]}\cdot v_{[\text{fps}]}}{1000}$ (seuils //Minor// / //Major// selon les règlements IPSC/USPSA). * **Sécurité** : énergie résiduelle, angle, distance de butte et risque de **ricochet** font partie intégrante de la balistique terminale au stand. ## 3. Pénétration, expansion, fragmentation (milieu dense) Dans un milieu dense, le projectile crée : * une **cavité permanente** : le canal réellement écrasé/sectionné (proportionnel à la surface frontale) ; * une **cavité temporaire** : l'étirement élastique transitoire des tissus autour du trajet (dépend fortement de la vitesse). Le comportement dépend de la **construction** : * **FMJ (chemisée)** : peu ou pas de déformation → pénétration profonde, faible transfert d'énergie. * **À expansion (JHP, soft point, //bonded//)** : se déforment **en champignon** au-delà d'un **seuil de vitesse** (typiquement ~550–650 m/s selon le modèle) ; en deçà, elles se comportent comme une FMJ. L'expansion augmente la surface frontale → transfert d'énergie accru, pénétration réduite. * **Monolithiques (cuivre)** : rétention de masse proche de 100 %, pénétration régulière et profonde. * **//Match// HPBT** : le creux est un artefact de fabrication pour la précision — **ces balles ne sont pas conçues pour une expansion fiable**. La **gélatine balistique 10 %** sert d'étalon **reproductible** pour comparer pénétration et expansion (ce n'est pas un substitut fidèle du vivant, mais un banc d'essai standardisé). ## 4. Transfert d'énergie L'énergie **déposée** dans la cible vaut $E_{\text{déposée}} = E_{\text{impact}} - E_{\text{sortie}}$ : une balle qui **traverse** (FMJ) cède peu d'énergie ; une balle qui **s'arrête** (expansion/fragmentation) cède tout. ⚠ Les indices empiriques de « pouvoir d'arrêt » (//Taylor KO//, //Optimal Game Weight//, //energy dump//) sont **commodes mais controversés** : ils résument mal des phénomènes complexes (placement, pénétration, anatomie). À utiliser comme **ordres de grandeur**, pas comme vérités physiques. ## 5. Pour le tireur de précision / longue distance * **Rester supersonique** jusqu'à la cible : la **transition transsonique** dégrade la stabilité et donc la précision (dispersion accrue). La « portée supersonique utile » dépend de $v_0$, de l'altitude/température et surtout du [coefficient balistique](technique:coefficient_balistique). * Au-delà de cette portée, le groupement se dégrade même si la balle reste « sur cible » en moyenne. * Un CB G7 élevé **recule la transition transsonique** et conserve davantage d'énergie à l'impact. ## Références 1. B. P. Kneubühl (dir.) — *Wound Ballistics: Basics and Applications*, Springer. 2. D. E. Carlucci, S. S. Jacobson — *Ballistics: Theory and Design of Guns and Ammunition*, CRC Press (chap. balistique terminale). 3. D. MacPherson — *Bullet Penetration: Modeling the Dynamics and the Incapacitation Resulting from Wound Trauma*. 4. M. L. Fackler — travaux de référence sur la balistique lésionnelle (//wound ballistics//). 5. B. Litz — *Applied Ballistics for Long-Range Shooting* (stabilité et transition transsonique). 6. Règlements **IPSC / USPSA** — définition du //power factor// (Minor/Major). 7. Convention de La Haye (1899), Déclaration IV,3 — interdiction des balles expansives en usage militaire. ## Voir aussi * [Balistique intérieure](technique:balistique_interieure) — dans le canon. * [Guide de balistique extérieure](/techniques/balistique/) — en vol (calculateur 3-DOF). * [Coefficient balistique (CB)](technique:coefficient_balistique) — efficacité aérodynamique, transition transsonique. * [Estimateur de balistique intérieure](/reloading/tireur_reloaded/) — vitesse/pression au départ.