# .22 Long Rifle
La **.22 Long Rifle** est une cartouche à **percussion annulaire**, introduite en **1887**, et de très loin la plus tirée au monde. C'est le support du 50 m couché, du pistolet 50 m, du bench rest annulaire et de presque toute l'initiation : dans un club, c'est la munition que l'on tire sans y penser. Elle a pourtant deux particularités qu'aucune cartouche à percussion centrale ne partage — on ne la recharge pas, et sa **balle à talon** roule à l'air libre, graissée — et un comportement en vol que la mesure a documenté avec une précision rare.

## Ce que dit la fiche C.I.P.
| Cote | Valeur |
| :--- | :---: |
| Longueur d'étui (L3) | **15,57 mm** |
| Longueur hors-tout (L6) | **25,40 mm** |
| Ø bourrelet (R1) | **7,06 mm** |
| Épaisseur de bourrelet (R) | **1,09 mm** (−0,18) |
| Ø base (P1) | **5,74 mm** |
| Ø collet (H2) | **5,72 mm** |
| Ø balle (G1) | **5,72 mm** |
| Pression maximale (P_max) | **1 700 bar** |
| Pression d'épreuve (P_E) | **2 210 bar** |
Deux lignes méritent qu'on s'y arrête.
**Le diamètre de balle est celui du collet.** 5,72 mm des deux côtés : la balle n'est pas sertie *dans* l'étui comme en percussion centrale, elle le **prolonge**. C'est la signature de la balle à talon, décrite plus bas.
**La pression d'épreuve vaut 1,30 fois la pression maximale**, et non 1,25. Le coefficient de 1,25 est celui des armes d'épaule à percussion centrale ; la percussion annulaire et les armes de poing sont éprouvées à **1,30**. La distinction est développée sur [[technique:limite_cip|La limite C.I.P.]] — c'est une des erreurs les plus tenaces de la littérature de rechargement.
Le canon de référence de la C.I.P. mérite aussi d'être connu, parce qu'il fixe ce que « une .22 LR » veut dire quand on parle de stabilité : **âme 5,38 mm, fond de rayure 5,58 mm, six rayures de 2,16 mm, pas de 406 mm — soit 1:16″**. Le verrouillage se fait **sur le bourrelet** (jeu de 0,20 mm).
Le **volume d'étui** souvent cité pour ce calibre (≈ 0,36 cm³) ne figure sur aucune fiche C.I.P. : c'est une estimation, et la base de calibres du site le signale désormais comme telle.
## La balle à talon

La balle comporte deux diamètres. Le **talon**, plus étroit, est la seule partie qui entre dans l'étui : la paroi du collet vient s'y loger exactement. Le **corps**, lui, a le diamètre extérieur de l'étui et reste **à l'air libre** — c'est lui qui porte le lubrifiant, appliqué en surface et non logé dans des gorges comme sur une balle plomb de percussion centrale (voir [[rechargement:balles_coulees|Balles coulées]]).
Trois conséquences pratiques en découlent, et toutes reviennent au stand :
* la balle est **nue**, sans chemise : elle laisse du plomb et de la cire dans le canon, pas du cuivre. L'entretien d'une .22 n'a rien à voir avec celui d'un calibre chemisé — [[technique:nettoyage_armes_precision|Nettoyage des armes de précision]] y consacre une section entière ;
* le lubrifiant étant **en surface**, il se transfère : sur les doigts, dans le chargeur, et surtout dans la chambre. C'est pour cela que dégraisser des cartouches, puis les tirer telles quelles, change le comportement de l'arme ;
* la balle **n'est pas protégée** : une cartouche tombée sur son nez peut avoir un méplat, et ce méplat compte.
Les cotes de la coupe ci-dessus sont celles de la balle de match **Eley Tenex**, relevées au couloir à étincelles du Ballistic Research Laboratory : longueur **11,72 mm**, talon de **2,45 mm**, ogive **sécante** de rayon 14,9 mm terminée par un bout arrondi de 2,13 mm, masse **2,59 g (40 gr)**, centre de gravité à 5,29 mm du culot.
## Pourquoi elle ne se recharge pas
L'amorçage n'est pas un composant : la composition est **déposée dans le bourrelet creux** de l'étui, écrasée là par le percuteur. Il n'y a rien à extraire et rien à remplacer. Reformer un bourrelet cabossé, y redéposer une amorce et refermer le tout est possible — quelques amateurs l'ont fait — mais le temps d'atelier est sans commune mesure avec le temps de tir, et rien ne garantit la régularité de la composition ainsi redéposée. **En pratique, la .22 LR s'achète et ne se recharge pas.** La conséquence est structurante : le tireur ne peut pas ajuster sa munition, il ne peut que **choisir** entre des lots.
## Vitesses, et le domaine transsonique
La munition de match standard sort à environ **1 090 fps (332 m/s)**, soit **Mach 0,97** en atmosphère normalisée au niveau de la mer. C'est une position inconfortable : le coefficient de traînée de la balle passe de **0,21 vers Mach 0,80 à 0,30 vers Mach 0,945**, puis **grimpe brutalement** au-delà. Une munition dite *high velocity*, qui dépasse Mach 1 à la bouche, redescend à travers cette zone pendant son vol.
Le rapport du BRL documente aussi un phénomène propre au régime transsonique : un **cycle limite de lacet d'environ 1,8°** s'installe vers **50 m** et persiste jusqu'à 100 m. Il ajoute environ 2 pour cent à la traînée et **n'a pas d'effet mesurable sur la précision** — un cas où la mesure rassure plutôt qu'elle n'inquiète.
### La stabilité, qui remonte quand on ralentit
Au pas de 1:16″ de la C.I.P. et en atmosphère normalisée, le facteur de stabilité gyroscopique de la balle de match vaut **$S_g \approx 1{,}5$** — suffisant par tout temps, y compris par air froid et dense.
Ce chiffre est mesuré. Mais son **évolution** avec la vitesse est contre-intuitive, et c'est elle qui compte quand on hésite entre une munition subsonique et une standard. $S_g$ est inversement proportionnel au **moment de renversement**, lequel culmine vers **Mach 0,96** — précisément là où vole la munition standard. Ralentir la balle la fait donc sortir du pic : **$S_g$ remonte**. Accélérer au-delà de Mach 1 le fait remonter aussi. Le minimum de stabilité est là où presque tout le monde tire.
La règle de Miller, sur laquelle repose notre [[https://www.tireur.org/pas-de-rayure.php|calculateur de pas de rayure]], retrouve bien la valeur — elle donne 1,41 contre 1,5 mesuré — mais **sa correction de vitesse est ajustée sur des balles supersoniques et varie dans le mauvais sens en subsonique**. L'outil affiche désormais cette réserve sous 1 150 fps. Ne comparez pas deux vitesses de .22 LR avec une formule de stabilité : la mesure prime.
## Le vent à 50 m
C'est le domaine où la mesure du BRL est la plus directement utile, parce qu'elle porte exactement sur la munition et la distance du 50 m olympique.
**La dérive.** Un vent de travers de 10 mph (4,5 m/s) déplace la balle d'une **trentaine de millimètres à 50 m**. Le solveur du site, nourri de la courbe de traînée mesurée, donne 33 mm ; les impacts relevés au couloir en donnent une trentaine. Sur une cible de 50 m dont le dix mesure 10,4 mm, cela se compte en points.
**Le groupement penché, et ce qui l'explique vraiment.** Par vent de travers, les impacts ne s'alignent pas horizontalement : ils se répartissent le long d'une ligne inclinée, **9 h 30 – 3 h 30**. On lit couramment que ce serait un effet Magnus. Ce n'en est pas un : la force de Magnus mesurée sur les projectiles d'armes légères est trop faible pour compter, et surtout **elle inclinerait le groupement dans l'autre sens**. Le mécanisme réel est le **saut aérodynamique** — le lacet initial que le vent impose à la sortie du canon change l'angle de départ dans le plan vertical.
Ce n'est pas une curiosité de laboratoire, cela se corrige :
**Un clic d'élévation pour quatre clics de dérive.** Si la correction de dérive se fait vers la gauche (vent de 7 h à 11 h), on **ajoute** un clic de hausse tous les quatre clics ; vers la droite, on en **retranche** un. Sans cette correction verticale, un vent de 10 mph coûte un point et un vent de 20 mph en coûte deux, même avec une dérive parfaitement corrigée.
### Plus lent dérive moins
Le rapport du BRL établit qu'une vitesse initiale **plus basse** que la vitesse standard réduit la sensibilité au vent — d'environ **20 pour cent**. L'intégration refaite avec le solveur du site le confirme :
| Vitesse initiale | Dérive à 50 m (vent 10 mph) | à 100 m |
| :--- | :---: | :---: |
| 1 090 fps (standard) | **33,1 mm** | 124 mm |
| 1 000 fps | 28,3 mm | 111 mm |
| **900 fps** | **26,6 mm** | 107 mm |
| 800 fps | 28,1 mm | 114 mm |
Le gain vient de la traînée : la munition standard part sur la partie raide de la courbe, une munition plus lente reste en dessous. Il existe donc un **optimum**, mais il est **plat** : entre 860 et 960 fps environ, la dérive varie de moins d'un pour cent. Annoncer une vitesse optimale au chiffre près serait donner une fausse précision — la bonne formulation est « autour de 900 à 950 fps ».
Descendre en vitesse **ne se décide pas depuis un tableau**. Une munition subsonique ne fonctionne pas dans toutes les armes semi-automatiques, sa trajectoire est plus courbe, et rien ne dit que le lot le moins sensible au vent soit le plus régulier. Le tableau ci-dessus dit ce que la *traînée* fait, pas ce que *votre* arme fait.
## Le couple canon–lot
C'est la question centrale du calibre : on ne recharge pas, donc on essaie des lots, et l'on cherche celui qui « va » avec son canon. Deux résultats, apparemment contradictoires, doivent être tenus ensemble.
**La marque ne change pas l'aérodynamique.** Le BRL a tiré de l'Eley Tenex et de la RWS R-50 depuis deux carabines de match différentes : **aucune différence significative de traînée**, ni entre les deux munitions, ni entre les deux armes. L'écart-type coup à coup de la traînée est d'environ 2 pour cent, sans effet notable à 50 ni à 100 m. Autrement dit, **la sensibilité au vent ne distingue pas les lots**.
**Cela ne dit rien de la dispersion.** Le rapport mesure une aérodynamique, pas un groupement. Ce qui sépare deux lots en cible — régularité de la charge, du sertissage, du dépôt d'amorçage, concentricité — n'est pas ce qui a été mesuré ici. Les deux affirmations coexistent sans se contredire : le lot compte, mais pas par le vent.
### Combien de coups pour départager deux lots
Reste à savoir ce que vaut l'essai lui-même. Le rayon moyen d'un groupe est une mesure bruitée : sur cinq coups, son coefficient de variation est de **26 pour cent** (voir [[technique:rayon_moyen_dispersion|Mesurer un groupement]]). Comparer deux lots sur un carton de cinq revient donc à comparer deux nombres dont chacun est incertain d'un quart.
Une simulation — groupes normaux bivariés, centre estimé sur le groupe comme au stand, test unilatéral à 5 pour cent — donne le nombre de coups **par lot** nécessaires pour repérer l'écart quatre fois sur cinq :
| Écart réel entre les deux lots | Coups par lot |
| :--- | :---: |
| 5 pour cent | ~1 400 |
| **10 pour cent** | **~370** |
| 20 pour cent | ~100 |
| 50 pour cent | ~20 |
Le chiffre qui compte est le deuxième. **Avec cinq coups par lot, un lot réellement 10 pour cent meilleur n'est désigné que huit fois sur cent** — à peine mieux que le hasard, qui en donne cinq. Il faut environ **sept boîtes de cinquante par lot** pour trancher une différence de 10 pour cent.
Ce qui reste utile, alors : ne comparer que des écarts **grossiers** sur de petits échantillons ; tirer ses essais en **alternance** entre lots plutôt qu'en séries séparées, pour que la dérive du vent et l'échauffement se répartissent également ; et, une fois un lot retenu, **en acheter beaucoup** — c'est le seul moyen de ne pas recommencer l'essai.
Cette exigence explique deux pratiques du milieu : les essais de lots organisés par les fabricants sur leur propre stand, et l'achat par cartons entiers du même numéro de lot.
## Le tri des cartouches
Faute de pouvoir recharger, certains trient : **épaisseur de bourrelet** au comparateur, **longueur hors-tout** à l'ogive, parfois pesée. La logique est bonne — le bourrelet sert de portée de verrouillage, son épaisseur fixe donc la position de la cartouche dans la chambre — et la C.I.P. lui accorde d'ailleurs une tolérance serrée (1,09 mm, −0,18).
Ce qu'il faut en attendre est plus incertain que ce qu'on en dit. Aucun essai publié et proprement contrôlé ne chiffre le gain, et la section précédente explique pourquoi : **un gain de quelques pour cent sur la dispersion est hors de portée d'un essai de quelques dizaines de coups.** Le tri n'est pas absurde ; il est simplement invérifiable à l'échelle où on le pratique.
Un point est en revanche certain : **dégraisser une cartouche pour la mesurer la modifie**. Le lubrifiant est extérieur et fonctionnel. Trier sans regraisser, c'est changer deux choses à la fois.
## Sécurité
La .22 LR passe pour anodine. Elle ne l'est pas complètement, pour une raison qui tient à sa construction : **l'étui est mince et le verrouillage se fait sur le bourrelet**. Un lot défectueux, une chambre encrassée ou une mise à feu avant verrouillage complet produisent une rupture d'étui au ras du bourrelet, qui libère les gaz dans le mécanisme — chargeur détruit, extracteur cassé, projections. L'arme protège généralement le tireur ; il n'y a pas de raison de ne pas porter de lunettes pour autant.
Le corollaire pratique : **un lot qui se comporte anormalement se met de côté et se signale à l'armurier**, il ne s'épuise pas « pour voir ». Sur une munition vendue par milliers, un défaut de fabrication concerne le lot entier, pas la cartouche.
Enfin, les résidus d'amorçage annulaire sont **abrasifs** — ils contiennent traditionnellement du verre pilé comme frictionneur. C'est un argument d'entretien, détaillé sur [[technique:nettoyage_armes_precision|Nettoyage des armes de précision]] et [[technique:brossage_solvents|Brossage et solvants]].
## Entretien, armes et disciplines
* **Entretien.** Le débat « faut-il nettoyer un canon de .22 ? » est traité en entier sur [[technique:nettoyage_armes_precision|Nettoyage des armes de précision]], y compris les coups de reprise après nettoyage à blanc et la bague de carbone. On y trouvera aussi pourquoi certaines méthodes qui circulent — produits au mercure notamment — n'ont pas leur place dans un atelier : le mercure métallique est un toxique cumulatif dont les vapeurs s'échappent à température ambiante, et aucun gain de groupement ne justifie de le manipuler chez soi.
* **Longévité.** Le calibre est classé « usure négligeable » sur [[technique:longevite_canon|Longévité des canons]] : à ces pressions, ce sont la corrosion et l'encrassement qui limitent, pas l'érosion thermique.
* **Disciplines.** Le .22 LR est la munition du [[disciplines:carabine_50m_couche|50 m couché]], du [[disciplines:pistolet_50m|pistolet 50 m]], du [[disciplines:carabine_50m_3positions|3 positions]] et du **BR-50** décrit sur [[disciplines:benchrest|Bench rest]].
* **Armes.** Les carabines de match du 50 m sont au pas de 1:16″, comme le canon de référence C.I.P. Sur les carabines de loisir à verrou, deux points reviennent : la **détente**, souvent lourde et directe, et le **canon non flottant**, dont la libération dans la crosse est une modification classique — le principe est expliqué sur [[materiel:bedding|Le bedding]].
## Ce que cette page n'établit pas
* **Le gain réel du tri des cartouches.** Aucune mesure publiée et contrôlée n'a été trouvée ; l'ordre de grandeur des échantillons nécessaires est donné plus haut, la valeur ne l'est pas.
* **La comparaison des marques en dispersion.** Le rapport du BRL ne mesure pas la dispersion, et nous n'avons pas de série d'essais suffisante pour la mesurer nous-mêmes.
* **Les tolérances de fabrication.** L'écart-type de traînée coup à coup est mesuré (2 pour cent) ; les tolérances de masse, de longueur et de charge des munitions du commerce ne sont pas publiées.
* **La vitesse optimale au chiffre près.** L'optimum de dérive est plat sur une centaine de fps ; le lire plus finement sur la figure publiée n'aurait aucun sens.
----
**Sources.** Cotes et pressions : fiche C.I.P. TAB. V « 22 Long Rifle », révision du 14 mai 2024 (valeurs citées ponctuellement, document non redistribué), reprises dans la **base de calibres du site** qui alimente le schéma coté. Aérodynamique, stabilité, vent et saut aérodynamique : R. L. McCoy, *Aerodynamic Characteristics of Caliber .22 Long Rifle Match Ammunition*, rapport **BRL-MR-3877**, Ballistic Research Laboratory, novembre 1990 — [[https://www.tireur.org/books/libres/|hébergé dans la bibliothèque libre du site]]. Trajectoires et dérives recalculées avec le [[https://www.tireur.org/calculateur-balistique.php|solveur balistique du site]] sur la courbe de traînée mesurée ; stabilité recoupée avec le [[https://www.tireur.org/pas-de-rayure.php|calculateur de pas de rayure]].
//Page établie le 2026-09-16 — [[verification:technique:cartouche_22_long_rifle|fiche de vérification]].//