# .22 Long Rifle
La **.22 Long Rifle** est une cartouche à **percussion annulaire**, introduite en **1887**, et de loin la munition la plus fabriquée et vendue au monde (article « .22 Long Rifle » de Wikipédia, consulté le 2026-09-30). C'est le support du 50 m couché, du pistolet 50 m, du bench rest annulaire et de presque toute l'initiation. Elle a deux particularités qu'aucune cartouche à percussion centrale ne partage : on ne la recharge pas, et sa **balle à talon** roule à l'air libre, graissée.

## La fiche C.I.P.
| Cote | Valeur |
| :--- | :---: |
| Longueur d'étui (L3) | **15,57 mm** |
| Longueur hors-tout (L6) | **25,40 mm** |
| Ø bourrelet (R1) | **7,06 mm** |
| Épaisseur de bourrelet (R) | **1,09 mm** (−0,18) |
| Ø base (P1) | **5,74 mm** |
| Ø collet (H2) | **5,72 mm** |
| Ø balle (G1) | **5,72 mm** |
| Pression maximale (P_max) | **1 700 bar** |
| Pression d'épreuve (P_E) | **2 210 bar** |
**Le diamètre de balle est celui du collet.** 5,72 mm des deux côtés : la balle n'est pas sertie *dans* l'étui comme en percussion centrale, elle le prolonge. C'est la signature de la balle à talon, décrite plus bas.
**La pression d'épreuve vaut 1,30 fois la pression maximale**, et non 1,25. Le coefficient de 1,25 est celui des armes d'épaule à percussion centrale ; la percussion annulaire et les armes de poing sont éprouvées à **1,30**. La distinction est développée sur [[technique:limite_cip|La limite C.I.P.]].
Le canon de référence de la C.I.P. fixe ce que « une .22 LR » veut dire quand on parle de stabilité : âme 5,38 mm, fond de rayure 5,58 mm, six rayures de 2,16 mm, pas de 406 mm — soit 1:16″. Le verrouillage se fait sur le bourrelet (jeu de 0,20 mm).
Le volume d'étui souvent cité pour ce calibre (≈ 0,36 cm³) ne figure sur aucune fiche C.I.P. : c'est une estimation, et la base de calibres du site le signale comme telle.
## La balle à talon

La balle comporte deux diamètres. Le talon, plus étroit, est la seule partie qui entre dans l'étui : la paroi du collet vient s'y loger exactement. Le corps, lui, a le diamètre extérieur de l'étui et reste à l'air libre — c'est lui qui porte le lubrifiant, appliqué en surface et non logé dans des gorges comme sur une balle plomb de percussion centrale (voir [[rechargement:balles_coulees|Balles coulées]]).
Trois conséquences pratiques en découlent :
* la balle est nue, sans chemise : elle laisse du plomb et de la cire dans le canon, pas du cuivre. L'entretien d'une .22 diffère de celui d'un calibre chemisé — [[technique:nettoyage_armes_precision|Nettoyage des armes de précision]] y consacre une section entière ;
* le lubrifiant étant en surface, il se transfère : sur les doigts, dans le chargeur, et surtout dans la chambre. C'est pour cela que dégraisser des cartouches, puis les tirer telles quelles, change le comportement de l'arme ;
* la balle n'est pas protégée : une cartouche tombée sur son nez peut avoir un méplat, et ce méplat compte.
Les cotes de la coupe ci-dessus sont celles de la balle de match **Eley Tenex**, relevées au couloir à étincelles du Ballistic Research Laboratory : longueur **11,72 mm**, talon de **2,45 mm**, ogive sécante de rayon 14,9 mm terminée par un bout arrondi de 2,13 mm, masse 2,59 g (40 gr), centre de gravité à 5,29 mm du culot.
## Pourquoi elle ne se recharge pas
L'amorçage n'est pas un composant : la composition est déposée dans le bourrelet creux de l'étui, écrasée là par le percuteur. Il n'y a rien à extraire et rien à remplacer. Reformer un bourrelet cabossé, y redéposer une amorce et refermer le tout est possible — quelques amateurs l'ont fait — mais le temps d'atelier est sans commune mesure avec le temps de tir, et rien ne garantit la régularité de la composition ainsi redéposée. Conséquence : le tireur ne peut pas ajuster sa munition, il ne peut que choisir entre des lots.
## Vitesses, et le domaine transsonique
La munition de match standard sort à environ 1 090 fps (332 m/s), soit **Mach 0,97** en atmosphère normalisée au niveau de la mer. Cette vitesse est en bordure du domaine transsonique : le coefficient de traînée de la balle passe de 0,21 vers Mach 0,80 à 0,30 vers Mach 0,945, puis augmente rapidement au-delà. Une munition dite *high velocity*, qui dépasse Mach 1 à la bouche, redescend à travers cette zone pendant son vol.
Le rapport du BRL documente aussi un phénomène propre au régime transsonique : un cycle limite de lacet d'environ 1,8° s'installe vers **50 m** et persiste jusqu'à 100 m. Il ajoute environ 2 pour cent à la traînée et n'a pas d'effet mesurable sur la précision.
### La stabilité, qui remonte quand on ralentit
Au pas de 1:16″ de la C.I.P. et en atmosphère normalisée, le facteur de stabilité gyroscopique de la balle de match vaut **$S_g \approx 1{,}5$** — suffisant par tout temps, y compris par air froid et dense.
Ce chiffre est mesuré. Pour choisir entre une munition subsonique et une standard, il faut regarder son évolution avec la vitesse. $S_g$ est inversement proportionnel au moment de renversement, lequel culmine vers **Mach 0,96** — précisément là où vole la munition standard. Ralentir la balle la fait donc sortir du pic : $S_g$ remonte. Accélérer au-delà de Mach 1 le fait remonter aussi.
La règle de Miller, sur laquelle repose notre [[https://www.tireur.org/pas-de-rayure.php|calculateur de pas de rayure]], retrouve bien la valeur — elle donne 1,41 contre 1,5 mesuré — mais sa correction de vitesse est ajustée sur des balles supersoniques et varie dans le mauvais sens en subsonique. L'outil affiche cette réserve sous 1 150 fps. Ne comparez pas deux vitesses de .22 LR avec une formule de stabilité : la mesure prime.
## Le vent à 50 m
La mesure du BRL porte sur la munition et la distance du 50 m olympique.
**La dérive.** Un vent de travers de 10 mph (4,5 m/s) déplace la balle d'une trentaine de millimètres à 50 m. Le solveur du site, nourri de la courbe de traînée mesurée, donne 33 mm ; les impacts relevés au couloir en donnent une trentaine. Sur une cible de 50 m dont le dix mesure 10,4 mm, cela se compte en points.
**Le groupement penché, et ce qui l'explique.** Par vent de travers, les impacts ne s'alignent pas horizontalement : ils se répartissent le long d'une ligne inclinée, 9 h 30 – 3 h 30. Cette inclinaison est parfois attribuée à l'effet Magnus. Ce n'en est pas un : la force de Magnus mesurée sur les projectiles d'armes légères est trop faible pour compter (elle reste « très faible devant la force normale » et naît surtout à l'arrière du projectile : Cayzac et al., //[Magnus Effect: Physical Origins and Numerical Prediction](https://hal.science/hal-00641573)//, 26ᵉ Symposium international de balistique, 2011), et surtout elle inclinerait le groupement dans l'autre sens. Le mécanisme réel est le **saut aérodynamique** — le lacet initial que le vent impose à la sortie du canon change l'angle de départ dans le plan vertical.
Cet effet se corrige :
**Un clic d'élévation pour quatre clics de dérive.** Si la correction de dérive se fait vers la gauche (vent de 7 h à 11 h), on ajoute un clic de hausse tous les quatre clics ; vers la droite, on en retranche un. Sans cette correction verticale, un vent de 10 mph coûte un point et un vent de 20 mph en coûte deux, même avec une dérive corrigée.
### Plus lent dérive moins
Le rapport du BRL établit qu'une vitesse initiale plus basse que la vitesse standard réduit la sensibilité au vent — d'environ **20 pour cent**. L'intégration refaite avec le solveur du site le confirme :
| Vitesse initiale | Dérive à 50 m (vent 10 mph) | à 100 m |
| :--- | :---: | :---: |
| 1 090 fps (standard) | **33,1 mm** | 124 mm |
| 1 000 fps | 28,3 mm | 111 mm |
| **900 fps** | **26,6 mm** | 107 mm |
| 800 fps | 28,1 mm | 114 mm |
Le gain vient de la traînée : la munition standard part sur la partie raide de la courbe, une munition plus lente reste en dessous. Il existe donc un optimum, mais il est plat : entre 860 et 960 fps environ, la dérive varie de moins d'un pour cent. L'optimum se situe autour de 900 à 950 fps ; l'annoncer au chiffre près serait une fausse précision.
Une munition subsonique ne fonctionne pas dans toutes les armes semi-automatiques, sa trajectoire est plus courbe, et rien ne dit que le lot le moins sensible au vent soit le plus régulier. Le tableau ci-dessus ne rend compte que de la traînée.
## Le couple canon–lot
Comme on ne recharge pas, on essaie des lots, et l'on cherche celui qui « va » avec son canon.
**Tenex et R-50 : même aérodynamique.** Le BRL a tiré de l'Eley Tenex et de la RWS R-50 depuis deux carabines de match différentes : aucune différence significative de traînée, ni entre les deux munitions, ni entre les deux armes. L'écart-type coup à coup de la traînée est d'environ 2 pour cent, sans effet notable à 50 ni à 100 m.
Le rapport mesure une aérodynamique, pas un groupement. Ce qui sépare deux lots en cible — régularité de la charge, du sertissage, du dépôt d'amorçage, concentricité — n'est pas ce qui a été mesuré ici.
### Combien de coups pour départager deux lots
Le rayon moyen d'un groupe est une mesure bruitée : sur cinq coups, son coefficient de variation est de **26 pour cent** (voir [[technique:rayon_moyen_dispersion|Mesure d'un groupement]]). Comparer deux lots sur un carton de cinq revient donc à comparer deux nombres dont chacun est incertain d'un quart.
Une simulation — groupes normaux bivariés, centre estimé sur le groupe comme au stand, test unilatéral à 5 pour cent — donne le nombre de coups par lot nécessaires pour repérer l'écart quatre fois sur cinq :
| Écart réel entre les deux lots | Coups par lot |
| :--- | :---: |
| 5 pour cent | ~1 400 |
| **10 pour cent** | **~370** |
| 20 pour cent | ~100 |
| 50 pour cent | ~20 |
Avec cinq coups par lot, un lot réellement 10 pour cent meilleur n'est désigné que huit fois sur cent — à peine mieux que le hasard, qui en donne cinq. Il faut environ sept boîtes de cinquante par lot pour trancher une différence de 10 pour cent.
Ce qui reste utile, alors : ne comparer que des écarts grossiers sur de petits échantillons ; tirer ses essais en alternance entre lots plutôt qu'en séries séparées, pour que la dérive du vent et l'échauffement se répartissent également ; et, une fois un lot retenu, en acheter beaucoup, pour ne pas avoir à recommencer l'essai.
Cette exigence explique deux pratiques du milieu : les essais de lots organisés par les fabricants sur leur propre stand, et l'achat par cartons entiers du même numéro de lot.
## Le tri des cartouches
Faute de pouvoir recharger, certains trient : épaisseur de bourrelet au comparateur, longueur hors-tout à l'ogive, parfois pesée. Le raisonnement : le bourrelet sert de portée de verrouillage, son épaisseur fixe donc la position de la cartouche dans la chambre — et la C.I.P. lui accorde d'ailleurs une tolérance serrée (1,09 mm, −0,18).
Le gain attendu n'est pas établi. Aucun essai publié et proprement contrôlé ne chiffre le gain, et la section précédente explique pourquoi : un gain de quelques pour cent sur la dispersion est hors de portée d'un essai de quelques dizaines de coups. Le tri n'est pas réfuté pour autant.
En revanche, dégraisser une cartouche pour la mesurer la modifie. Le lubrifiant est extérieur et fonctionnel. Trier sans regraisser, c'est changer deux choses à la fois.
## Sécurité
La .22 LR présente un risque propre, qui tient à sa construction : l'étui est mince et le verrouillage se fait sur le bourrelet. Un lot défectueux, une chambre encrassée ou une mise à feu avant verrouillage complet produisent une rupture d'étui au ras du bourrelet, qui libère les gaz dans le mécanisme — chargeur détruit, extracteur cassé, projections. L'arme protège généralement le tireur ; il n'y a pas de raison de ne pas porter de lunettes pour autant.
Le corollaire pratique : un lot qui se comporte anormalement se met de côté et se signale à l'armurier, il ne s'épuise pas « pour voir ». Sur une munition vendue par milliers, un défaut de fabrication concerne le lot entier, pas la cartouche.
Enfin, les résidus d'amorçage annulaire sont abrasifs — ils contiennent traditionnellement du verre pilé comme frictionneur. C'est un argument d'entretien, détaillé sur [[technique:nettoyage_armes_precision|Nettoyage des armes de précision]] et [[technique:brossage_solvents|Brossage et solvants]].
## Entretien, armes et disciplines
* **Entretien.** Le débat « faut-il nettoyer un canon de .22 ? » est traité en entier sur [[technique:nettoyage_armes_precision|Nettoyage des armes de précision]], y compris les coups de reprise après nettoyage à blanc et la bague de carbone. On y trouvera aussi pourquoi certaines méthodes qui circulent — produits au mercure notamment — n'ont pas leur place dans un atelier : le mercure métallique est un toxique cumulatif dont les vapeurs s'échappent à température ambiante, et aucun gain de groupement ne justifie de le manipuler chez soi.
* **Longévité.** Le calibre est classé « usure négligeable » sur [[technique:longevite_canon|Longévité des canons]] : à ces pressions, ce sont la corrosion et l'encrassement qui limitent, pas l'érosion thermique.
* **Disciplines.** Le .22 LR est la munition du [[disciplines:carabine_50m_couche|50 m couché]], du [[disciplines:pistolet_50m|pistolet 50 m]], du [[disciplines:carabine_50m_3positions|3 positions]] et du **BR-50** décrit sur [[disciplines:benchrest|Bench rest]].
* **Armes.** Les carabines de match du 50 m sont au pas de 1:16″, comme le canon de référence C.I.P. Sur les carabines de loisir à verrou, deux points reviennent : la détente, souvent lourde et directe, et le canon non flottant, dont la libération dans la crosse est une modification classique — le principe est expliqué sur [[materiel:bedding|Le bedding]]. Le choix de l'arme selon la discipline et le droit du pays est traité sur [[materiel:choisir_carabine_22|Choisir une carabine .22 de précision]].
## Limites de cette page
* **Le gain réel du tri des cartouches.** Aucune mesure publiée et contrôlée n'a été trouvée ; l'ordre de grandeur des échantillons nécessaires est donné plus haut, la valeur ne l'est pas.
* **La comparaison des marques en dispersion.** Le rapport du BRL ne mesure pas la dispersion, et nous n'avons pas de série d'essais suffisante pour la mesurer nous-mêmes.
* **Les tolérances de fabrication.** L'écart-type de traînée coup à coup est mesuré (2 pour cent) ; les tolérances de masse, de longueur et de charge des munitions du commerce ne sont pas publiées.
* **La vitesse optimale au chiffre près.** L'optimum de dérive est plat sur une centaine de fps ; le lire plus finement sur la figure publiée donnerait une fausse précision.
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**Sources.** Cotes et pressions : fiche C.I.P. TAB. V « 22 Long Rifle », révision du 14 mai 2024 (valeurs citées ponctuellement, document non redistribué), reprises dans la base de calibres du site qui alimente le schéma coté. Aérodynamique, stabilité, vent et saut aérodynamique : R. L. McCoy, *Aerodynamic Characteristics of Caliber .22 Long Rifle Match Ammunition*, rapport **BRL-MR-3877**, Ballistic Research Laboratory, novembre 1990 — [[https://www.tireur.org/books/libres/|hébergé dans la bibliothèque libre du site]]. Trajectoires et dérives recalculées avec le [[https://www.tireur.org/calculateur-balistique.php|solveur balistique du site]] sur la courbe de traînée mesurée ; stabilité recoupée avec le [[https://www.tireur.org/pas-de-rayure.php|calculateur de pas de rayure]].
//Page établie le 2026-09-16 — [[verification:technique:cartouche_22_long_rifle|fiche de vérification]].//