Le fusil à répétition suisse Modèle 1889 est la première arme de la lignée Schmidt-Rubin, qui mène au Karabiner 31. Il associe la culasse à mouvement rectiligne du colonel Rudolf Schmidt, directeur de la fabrique fédérale d'armes de Berne, et la cartouche de petit calibre à balle blindée du colonel Eduard Rubin. Il remplace le fusil Vetterli — déjà une arme à répétition, à magasin tubulaire, mais de 10,4 mm et à poudre noire — et fait passer l'armée suisse au petit calibre, à la balle blindée et à la poudre peu fumante.
Son point faible — des tenons de verrouillage placés loin derrière la cartouche — a conduit à le refondre dès 1896. Il en découle aussi la règle de sécurité qu'on retient aujourd'hui de lui : il ne doit pas tirer la cartouche GP11 de la 7,5 × 55.
L'Assemblée fédérale adopte l'arme par un arrêté des 24 et 26 juin 1889, sur rapport du Conseil fédéral du 19 juin, sous la désignation officielle de « fusil à répétition suisse Modèle 1889 », pour l'infanterie, la cavalerie, les troupes du génie et les services de dépôt.
Les premières livraisons ont lieu en 1891. La fabrique fédérale d'armes de Berne (W+F) produit le fusil jusqu'au 29 avril 1897, à quelque 212 000 exemplaires selon les tables de référence des collectionneurs — auxquels s'ajoutent quelques dizaines d'armes d'exercice. Remplacé dans les unités actives par le fusil 1889/96, il passe aux réserves. Sa fin de service n'est pas datée de la même façon selon les sources : une base de données de collectionneurs le dit encore en dotation dans le Landsturm, la réserve territoriale, jusqu'après la Seconde Guerre mondiale ; un article de revue le décrit comme largement retiré dès les années 1920, après un bref réemploi d'urgence pendant la Première Guerre mondiale, beaucoup d'exemplaires étant restés en magasin ou ayant été cédés à leurs porteurs.
D'après le manuel d'origine, rédigé par le colonel Schmidt et publié avec l'approbation du Département militaire (Berne, 1892 — à lire dans notre bibliothèque, en allemand) :
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Longueur (sans baïonnette) | 1 302 mm |
| Masse (magasin vide) | 4,3 kg selon le manuel ; les pesées modernes donnent plutôt 4,85 à 4,9 kg |
| Canon | 780 mm, 3 rayures de 0,1 mm de profondeur, pas de 270 mm à droite |
| Ligne de mire | 656,5 mm |
| Hausse | à cadran, de 300 à 2 000 m |
| Magasin | amovible, 12 cartouches ; 13 coups avec celle de la chambre |
| Chargement | à la main ou par chargeurs en carton de 6 cartouches |
| Détente | à deux temps : 1,55 kg au total, dont 800 g pour le second temps |
| Munition | cartouche GP90, 7,5 mm ; balle de 13,7 g à coiffe d'acier et calepin de papier ; 2 g de poudre peu fumante en grains (la « P.C. 88 », à base de nitrocellulose) |
Le tireur ouvre et ferme la culasse en ligne droite, sans la lever ni la tourner. La poignée est portée par une tige de manœuvre qui coulisse dans un logement à droite du boîtier ; un tenon de cette tige glisse dans une rampe hélicoïdale taillée dans le manchon de culasse, qu'elle fait tourner. C'est ce manchon qui porte les deux tenons de verrouillage, et c'est sa rotation qui verrouille l'arme.
Le manuel en donne la clé : le manchon entoure la moitié arrière du cylindre. Les tenons se trouvent donc loin derrière la chambre, et toute la longueur de la culasse qui les sépare de la cartouche travaille en compression au départ du coup. Les tenons eux-mêmes sont taillés en hélice, pour pousser la cartouche en douceur à la fermeture et la décoller à l'ouverture.
La culasse compte neuf pièces. On la met en sûreté en tirant l'anneau du percuteur, en le tournant vers la gauche et en le laissant revenir dans un cran de repos.
Le magasin, une boîte de tôle amovible logée sous la culasse, se commande par un levier : abaissé, il engage le magasin pour le tir à répétition ; relevé, il l'escamote pour le tir coup par coup, le magasin restant plein en réserve. Ce levier s'est révélé piégeux : manœuvré par mégarde, il privait le tireur de sa réserve au moment d'en avoir besoin. Un arrêt métallique pincé sur le levier fut ajouté ensuite pour le bloquer en position de répétition — on le trouve sur beaucoup d'armes, selon des sources de collectionneurs.
Le manuel chiffre les performances de l'arme avec sa cartouche GP90 :
La longueur de la culasse et la position des tenons se sont révélées gênantes dès que l'on a voulu augmenter la vitesse de la munition. La longueur de l'action interdisait aussi d'en tirer une arme courte : pour sa cavalerie, l'armée suisse dut adopter en 1893 un mousqueton d'un autre système, le Mannlicher, remplacé à son tour par des armes courtes Schmidt-Rubin (fusil court 1900, mousqueton 1905) une fois la culasse refondue. La refonte des ingénieurs Vogelsang et Rebholz avance les tenons à l'avant du manchon, plus près de la cartouche : c'est le fusil 1889/96, adopté le 27 septembre 1897. Ce principe est repris par les armes de 1911 (fusil G11, carabine K11). Le K31 de 1931, lui, raccourcit toute la culasse et verrouille directement derrière la chambre.
Le Modèle 1889 tire la GP90 (7,5 × 53,5 mm), puis la GP90/03 (1903, nouvelle amorce, moins corrosive ou non corrosive selon les sources) et la GP90/23 (1923, étui de 54,5 mm, balle chemisée de 190 gr, pression réduite — entre 2 000 et 2 550 bar selon les sources —, qui pouvait aussi se tirer dans les armes chambrées pour la GP11). Le détail de cette famille est sur la page La cartouche 7,5 × 55 Swiss (GP11).
Pas de GP11 dans un Modèle 1889. La cartouche GP11 entre dans sa chambre : rien, au chargement, n'avertit le tireur. Or elle est nettement plus puissante — 3 200 atmosphères pour le chargement de 1942, contre les 2 600 pour lesquelles le 1889 a été conçu. À son adoption, on prévoyait encore de la tirer, en cas de guerre, dans les armes existantes ; après la Première Guerre mondiale, le service technique de l'armée l'a interdite dans le Modèle 1889, des essais ayant montré que sa culasse était trop faible. Les armes transformées pour la GP11 (1896/11, 1900/11, 1905/11 — la quasi-totalité des 89/96 l'a été) ont reçu un nouveau canon à quatre rayures ; un 1889 n'en a pas.
Pour faire tirer un 1889, on recharge des munitions de type GP90/23, à pression réduite : voir la page de la cartouche et un manuel de rechargement à jour.
Le Modèle 1889 se tire encore en fusil d'ordonnance. Le règlement belge de la discipline le classe parmi les armes à verrou admises — mais sa fiche technique le range, par erreur, sous la cartouche 7,5 × 55 : voir Fusil d'ordonnance (TAR).
Sources. R. Schmidt, Anleitung zur Kenntniss und Behandlung des Schweizerischen Repetirgewehres Modell 1889, 4ᵉ édition, Berne, Schmid, Francke & Cᵒ, 1892 (exemplaire numérisé dans notre bibliothèque, d'après la numérisation de SwissRifles.com ; 3ᵉ édition en fac-similé ; traduction anglaise de la 4ᵉ édition) ; C. Reinhart, K. Sallaz et M. am Rhyn, Die Repetiergewehre der Schweiz, Stocker-Schmid, 1991, pour les tirages, par l'intermédiaire des tables de référence des collectionneurs ; base de données de collectionneurs swisswaffen.com, fiches du fusil 1889 (fin de fabrication, Landsturm) et de la cartouche GP11 (interdiction dans le Modèle 1889) ; F. Jardim, « Swiss Model 1889 Rifle », GUNS Magazine, juin 2020 (masse mesurée, fin de service, GP11 qui entre dans la chambre).
Page vérifiée le 2026-09-24. Rédigée sur le manuel d'origine, lu en allemand et en anglais ; ce qui en vient, ce qui vient de sources secondaires et ce qui n'a pas pu être établi figurent sur la fiche de vérification.