| Le Karabiner 31 de profil : crosse pleine, culasse à mouvement rectiligne (straight-pull), chargeur amovible de 6 cartouches et hausse de campagne à planche. Source : Bouterolle, licence CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons. |
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Le Karabiner 31 (« carabine 1931 », abrégé K31) est le fusil d'ordonnance de l'armée suisse de 1933 à la fin des années 1950. Produit à la Waffenfabrik Bern (W+F) à plus d'un demi-million d'exemplaires, c'est la dernière et la plus aboutie des armes à culasse rectiligne de la famille dite « Schmidt-Rubin ». Sa précision intrinsèque remarquable, servie par l'excellente cartouche 7,5 × 55 GP11, en a fait l'un des fusils militaires de surplus les plus appréciés des tireurs sportifs et des rechargeurs.
Le terme Schmidt-Rubin honore deux ingénieurs : Rudolf Schmidt, concepteur du système à culasse rectiligne, et Eduard Rubin, à l'origine de la balle chemisée de petit calibre et de la cartouche. La lignée débute avec le fusil 1889, dont dérivent le fusil long G11 et la carabine K11 (1911).
L'aventure commence en 1882, lorsque Rubin met au point la première balle chemisée de petit calibre capable de supporter de hautes vitesses ; en 1885, elle est associée à la première culasse rectiligne de Schmidt, et l'ensemble est adopté le 26 juin 1889. Le Modèle 1889 souffrait cependant d'une faiblesse : ses tenons de verrouillage placés à l'arrière du manchon de culasse. Dès la refonte de 1896, les ingénieurs Vogelsang et Rebholz les déplacent vers l'avant du manchon — disposition bien plus solide, dont héritera directement le K31.
Sur le forum, les utilisateurs rappellent une nuance importante : le K31 n'est pas un simple K11 rallongé. Le cahier des charges visait à égaler la précision du long G11 dans une arme ramenée à ~1,10 m. C'est le raccourcissement de la culasse — dont les tenons de verrouillage sont rapprochés de l'avant du cylindre, au lieu d'être à l'arrière comme sur les modèles antérieurs — qui a permis d'y parvenir. À ce titre, le verrouillage avant du K31 ne date pas de 1931 : il remonte à la refonte de 1896, que le K31 reprend et perfectionne — d'où la remarque des puristes selon laquelle l'arme, couramment appelée « Schmidt-Rubin », repose sur une action sensiblement redessinée.
Par rapport à son aïeule, la carabine K11 possède un canon nettement plus court (d'une vingtaine de centimètres) et ne se prête pas, à l'origine, au montage d'un dioptre — raison pour laquelle on la rencontre moins sur les pas de tir.
À la fin des années 1920, l'armée suisse hésite entre fusil et carabine : les 2/5 de l'infanterie et les 3/5 du reste de l'armée sont déjà dotés de carabines, plus légères et maniables, tandis que les fusils restent plus précis. Fait notable pour notre discipline, ce sont en partie les sociétés de tir civiles qui réclament de conserver une arme aussi précise que le fusil long.
Un premier essai (1928) consiste à doter un K11 d'un canon lourd — 200 exemplaires testés — mais le gain de précision ne justifie pas le surcoût. En avril 1929, la décision est prise de concevoir une nouvelle carabine, selon un cahier des charges précis : ne pas être sensiblement plus longue que la carabine 1911, conserver la culasse rectiligne, être plus précise que la carabine 1911 et aussi précise que le fusil 1911, et moins chère à produire. Les essais (1929-1930, école de tir de Walenstadt) révèlent une carabine plus précise que le fusil comme que la carabine à canon lourd. Après une série de 200 exemplaires améliorés (mai 1931) éprouvés en écoles de recrues, l'arme est adoptée comme Modèle 1931 — le K31.
| La culasse du K31 extraite de l'arme : on distingue la poignée annulaire, le manchon à rampe hélicoïdale (la gorge en spirale qui transforme la translation en rotation) et les tenons de verrouillage. Photo : Fabian Bastin, domaine public. |
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La signature du K31 est sa culasse à mouvement rectiligne : le tireur recule puis avance la poignée en ligne droite, sans le double mouvement de rotation d'un verrou classique. Concrètement, une tige d'actionnement logée dans une rainure à droite du boîtier fait pivoter le verrou grâce à une gorge hélicoïdale usinée dans le manchon (bien visible sur la photo) ; les deux tenons verrouillent alors la culasse dans le boîtier. Le résultat est un réarmement très rapide, l'œil et l'épaule restant alignés sur la cible — un atout que les tireurs apprécient encore aujourd'hui.
Le K31 tire la 7,5 × 55 Swiss (GP11), l'une des munitions militaires les plus précises jamais produites en série : balle de 174 gr à ~780 m/s, étuis à amorçage Berdan, pression C.I.P. de 3 800 bar. Son histoire (lignée GP90 → GP11), ses cotes C.I.P. et les données de rechargement (Pierre St. Marie, Vihtavuori, Sierra) font désormais l'objet d'une page dédiée :
| Dioptre (viseur à œilleton) monté sur une carabine K31. Photo : Bouterolle, licence CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons. |
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D'origine, le K31 reçoit une hausse de campagne à planche, parfaitement adaptée à sa crosse et à son usage militaire. Pour le tir sportif, on lui adjoint souvent un dioptre (viseur à œilleton), notamment le célèbre dioptre W+F. La visée au dioptre augmente la base de visée et la finesse de pointage ; en revanche, comme le notent les tireurs du forum, son ergonomie ne s'accorde pas toujours idéalement à la crosse militaire — d'où des avis partagés. La hausse micrométrique, plus ancienne, est considérée comme « l'ancêtre du dioptre pour K31 ».
Le K31 est un terrain de jeu classique du rechargeur : étuis GP11 à amorçage Berdan, balles .308″, conversion Berdan→Boxer possible. Les détails et les tables de charges (Pierre St. Marie, Vihtavuori, Sierra — recoupées avec l'estimateur du site) sont regroupés sur la page cartouche :
Outre le modèle d'infanterie, l'arsenal a produit des carabines à lunette : le ZfK 31/42 et le ZfK 31/43 (Zielfernrohrkarabiner), dotés d'une lunette à prisme déportée pour le tir de précision — les manuels d'armurier suisses traitent d'ailleurs conjointement le K31 et « les mousquetons à lunette mq. lu. 31/42 et 31/43 ». Plus tard viendra le fusil de précision dédié ZfK 55.
La production a connu plusieurs évolutions documentées : allègement du percuteur (1934), boîtier de culasse puis chargeur en acier trempé (1935-1936), essais — rejetés — de crosses en contreplaqué lamellé (1941), passage à un acier chrome-molybdène marqué « +CM » (1944), et remplacement du noyer par le hêtre pour les crosses à partir de 1946 (n° de série 868 901 et au-delà).
Le K31 jouit d'une réputation tenace de fusil très précis. Les utilisateurs du forum nuancent toutefois : la qualité du canon varie d'un exemplaire à l'autre, beaucoup d'armes ayant été reconditionnées en arsenal avant leur vente en surplus. Un bon canon, associé à de la GP11 ou à un rechargement soigné, reste capable de groupements remarquables à 100 et 300 m.
Détail emblématique : on trouve souvent, glissée sous la plaque de couche, une petite fiche nominative portant le nom du soldat à qui l'arme fut confiée — témoignage du système de milice suisse, où chacun conservait son arme à domicile. Cette « étiquette de crosse » fait partie du charme du K31 auprès des collectionneurs.
Plusieurs règlements et manuels suisses d'origine existent en ligne, rassemblés et numérisés par la communauté (notamment SwissRifles.com) et diffusés par k31.ch sous présomption de domaine public. Les principaux sont disponibles dans notre bibliothèque libre :
Également disponibles sur k31.ch : les cartes de tir GP11 (GP11/20 · GP11/21).
Crédits photographiques : voir les légendes ci-dessus (Wikimedia Commons et photo personnelle, domaine public ou CC). Contenu nourri des discussions du forum Tireur.org, des données historiques et techniques de SwissRifles.com, des ressources de k31.ch (manuels historiques du domaine public), et des fiches cartouche de Wikipédia / C.I.P.