Le mécanisme à silex, ou flintlock, est un système de mise à feu par étincelle. Utilisé du début du XVIIe siècle jusqu'au milieu du XIXe siècle, il a été le système le plus répandu, à la guerre comme à la chasse, pendant plus de deux siècles avant d'être supplanté par la percussion.
La platine à silex est l'aboutissement d'une évolution technique visant à simplifier l'allumage de la poudre.
Avant le silex, deux systèmes coexistaient :
La platine à silex “moderne” ou “à la française” est attribuée à l'armurier et inventeur Marin le Bourgeoys, qui créa le premier exemplaire pour le roi Louis XIII vers 1610.
Le Bourgeoys combina des éléments de systèmes antérieurs :
Il permit l'équipement massif des armées avec des fusils comme le Brown Bess britannique ou le Charleville français. Sa fiabilité relative, sa rapidité de chargement (environ 3 coups par minute pour un soldat entraîné) et son coût de production modéré en firent l'arme de la conquête coloniale et des guerres napoléoniennes.
L'invention de la capsule de percussion (amorce au fulminate de mercure) vers 1820 commença à rendre le silex obsolète. Plus rapide, quasi-instantané et insensible à la pluie, le système à percussion fut adopté par les armées majeures entre 1830 et 1850.
| Composant | Description |
|---|---|
| Chien (Cock) | Bras pivotant maintenu sous tension par le grand ressort. |
| Silex (Flint) | Pierre taillée fixée entre les mâchoires du chien. |
| Batterie (Frizzen) | Pièce d'acier en “L” pivotante. Sa face verticale sert de surface de frappe et sa base de couvercle de bassinet. |
| Bassinet (Pan) | Cuvette externe recevant la poudre d'amorçage (pulvérin). |
| Lumière (Touchhole) | Petit canal reliant le bassinet à la chambre du canon. |
| Noix (Tumbler) | Pièce rotative interne avec deux crans : demi-armé (sécurité) et armé. |
| Grand Ressort (Mainspring) | Ressort puissant en “V” fournissant l'énergie cinétique au chien. |
Le cycle de tir d'une arme à silex compte six temps :
Bien que le modèle français soit devenu le standard, d'autres variantes ont existé :
L'article du Metropolitan Museum of Art (MET) présente un exemplaire de fusil de chasse à double canon produit par Joseph Manton & Son vers 1837 (N° d'objet 37.29.2).
* Armurier : Joseph Manton & Son, Londres.
Cette pièce a été fabriquée à une époque où le système à silex était déjà obsolète. Sa production tardive suggère une commande spéciale pour un client préférant la fiabilité éprouvée et l'esthétique du silex.
L'utilisation de platine pour doubler les lumières (touchholes) permettait d'éviter la corrosion due aux résidus de combustion, ce qui en prolongeait la durée de vie.
Sur le continent américain, le fusil à silex a connu des évolutions propres, liées au terrain et au gibier.
Au début des années 1700, des armuriers allemands et suisses-allemands s'installent dans le sud-est de la Pennsylvanie. Les armuriers-forgerons partent de leurs fusils européens pour créer progressivement le Long Rifle : un canon très long mais une arme néanmoins fine et légère, conçue pour les coureurs des bois qui la portent sur de longues distances.
Caractéristiques du Long Rifle :
Officiellement appelé Pennsylvania Long Rifle, il acquiert le surnom de Kentucky. Ce fusil sera largement employé aux États-Unis jusque vers 1825, date à laquelle beaucoup sont transformés pour tirer à la percussion.
Vers 1820-1825, la frontière américaine a franchi le Mississippi. Les trappeurs qui s'aventurent dans les Grandes Plaines et les Rocheuses rencontrent un gibier bien plus imposant — bisons, grizzlis — pour lequel le Long Rifle en .45 se révèle insuffisant.
C'est à Saint-Louis, point de départ des expéditions vers l'Ouest, que les frères Samuel et Jacob Hawken développent un nouveau type de fusil :
| Caractéristique | Kentucky Long Rifle | Hawken |
|---|---|---|
| Canon | Très long, fin | Plus court, plus étoffé |
| Garde-main | Pleine longueur | Mi-canon |
| Calibre | ~.45 | ~.54 |
| Charge de poudre | ~70-90 gn PN | ~200 gn PN |
| Platine | Silex puis percussion | Silex, puis percussion vers 1835 |
La charge standard de 200 grains de poudre noire confère au Hawken une énergie suffisante pour les plus gros animaux du continent. Cette charge d'époque ne se transpose pas à une réplique, dont la charge maximale se lit dans la notice de son fabricant. Le fusil sera utilisé jusque vers 1865 et l'apparition de la cartouche métallique.
Pour les tireurs modernes qui pratiquent le tir aux armes anciennes (MLAIC), l'entretien du silex et de la platine est un savoir-faire à part entière.
Le silex se salit au fil des tirs : les résidus de combustion et les micro-fragments d'acier arrachés à la batterie s'accumulent sur le tranchant et réduisent la production d'étincelles.
Quand le nettoyage ne suffit plus et que le silex ne produit plus assez d'étincelles, il faut le retailler. Deux approches existent :
Une pratique historiquement documentée consiste à retourner le silex dans les mâchoires du chien, tranchant vers le haut au lieu de vers le bas. Cette technique, associée au Brown Bess britannique, modifie le point d'impact sur la batterie et peut prolonger la durée de vie d'un silex fatigué.
Attention cependant : le silex retourné use davantage le cuir qui l'enserre dans les mâchoires du chien et peut creuser le métal de la batterie à un endroit inhabituel. C'est une solution de dépannage plutôt qu'une pratique de routine.
Sources :
Page vérifiée. Contrôlée comme page compagnon : c'est elle qui portait la bonne date du silex. Détail sur la fiche de vérification.