Une bombarde médiévale
Le Spantole est une pièce d'artillerie médiévale conservée à Thuin, dans le Hainaut belge. Son nom dérive probablement de l'espagnol Espantoso, signifiant « épouvantable ». Cette étude, réalisée par Georges Étienne, spécialiste des armes à feu, positionne le Spantole dans l'histoire de l'artillerie en le comparant à d'autres bombardes connues.
Remerciement spécial : Nous adressons nos plus vifs remerciements à Georges Étienne qui a généreusement accepté de partager ce document dont il est l'auteur, permettant ainsi de faire connaître cette pièce remarquable du patrimoine thudinien.
Le Spantole est une énorme pièce de fer forgée. Voici ses caractéristiques principales :
Le rapport longueur/diamètre de l'ordre de 3,3 en fait une pièce anormalement courte, ou fort trapue. Deux dessins de 30 et 25 centimètres sont gravés sur l'extérieur, chacun d'eux représentant une fleur de lys, signe probable d'une provenance française.
Plusieurs lumières ont existé et sont bouchées, ce qui atteste que la pièce a effectivement servi. Trois lumières sont visibles : une lumière s'agrandit avec l'usage et il faut alors la boucher et en forer une nouvelle.
Le Spantole est en réalité la chambre à poudre (culasse) de ce qui fut une gigantesque bombarde. La partie avant — la volée — a disparu, très probablement lors d'une explosion, comme c'était fréquemment le cas pour ces pièces d'artillerie.
Le mode de construction de ces bombardes consistait à forger d'abord une chambre à poudre, puis à la doter d'une volée constituée de plats de fer (largeur d'environ 5 cm) maintenus par des anneaux d'acier montés à chaud, à la manière des douves d'un tonneau.
Le Spantole possède la même gorge de sertissage que la Dulle Griet de Gand et la Mons Meg d'Édimbourg, confirmant qu'il s'agit bien d'une chambre à poudre autrefois reliée à une volée.
En comparaison avec d'autres bombardes connues, le Spantole complet devait mesurer environ 4 mètres.
La culasse du Spantole se distingue des grandes bombardes fabriquées par Jehan Cambier vers 1450 (la Dulle Griet, la Mons Meg, la bombarde d'Auxy) : celles-ci possèdent des chambres rondes, tandis que le Spantole a une chambre à 9 pans.
Les Michalettes du Mont-Saint-Michel, antérieures à 1423, possèdent des chambres à 8 et 10 pans. La plus petite Michalette a le même calibre que le Spantole et une chambre à pans similaire.
Ce qui distingue le Spantole des autres bombardes, c'est que sa chambre à poudre a presque le même diamètre extérieur que la volée, en raison de l'épaisseur importante des parois (13 cm) — signe d'une méfiance du fabricant face à une technologie encore récente.
Les grandes bombardes de comparaison portent chacune les armoiries de leur commanditaire : les armes du duc de Bourgogne pour la Dulle Griet et la Mons Meg, les armes d'Auxy pour la bombarde du même nom. Le Spantole porte des fleurs de lys, symbole de la royauté française, ce qui indique une provenance française.
L'analyse comparative avec d'autres bombardes permet d'estimer la date de fabrication du Spantole :
Le Spantole a été certainement fabriqué après 1378 et peut-être avant 1423, car il est trop « gothique » pour dater de l'époque des bombardes fabriquées par Jehan Cambier. Il s'agit donc d'une bombarde de l'époque de la Guerre de Cent Ans et de Jeanne d'Arc (brûlée en 1431).
Plusieurs hypothèses sont envisagées :
Comme toutes les villes de l'époque, Thuin devait posséder à partir de 1380 une artillerie importante : veuglaires, couleuvrines et autres pièces en grand nombre, surtout sur le rempart Est, côté Trieux, le point faible de la forteresse.
La relation du siège de 1653-1654 mentionne 4 canons pour le rempart Est. Lors de ce siège par les régiments du prince de Condé, Thuin résista grâce à ses bourgeois et à sa jeunesse, infligeant de lourdes défaites aux assaillants. Ce courage valut aux Thudiniens le droit de porter l'épée.
| Bombarde | Diamètre boulet | Poids boulet (pierre) | Poids boulet (acier) |
|---|---|---|---|
| d'Auxy (Bâle) | 31,6 cm | 33 - 46 kg | 130 kg |
| Spantole | 40,0 cm | 67 - 94 kg | 263 kg |
| Michalette 1 | 36,0 cm | 49 - 68 kg | 192 kg |
| Michalette 2 | 48,0 cm | 116 - 162 kg | 455 kg |
| Mons Meg | 46,0 cm | 102 - 143 kg | 400 kg |
| Dulle Griet | 58,0 cm | 204 - 286 kg | 802 kg |
L'artillerie à feu est apparue en Europe vers 1326, le secret de la poudre noire étant parvenu par les Arabes. Les premières armes à feu étaient rudimentaires : de simples vases lançant des flèches.
À l'époque, on ignorait tout de :
C'est donc à petits pas que l'artillerie évolua. On débuta par la bombarde, tirant d'abord des flèches, puis des balles, puis des boulets de pierre. La bombarde était à l'origine une pièce de siège bloquée au sol par un « accul ».
De 1460 à 1480, les boulets en fonte de fer remplacèrent les boulets de pierre, marquant un tournant technologique majeur. Vers 1550, la France redéfinit les calibres et abandonna définitivement la bombarde au profit de la couleuvrine et d'autres pièces plus modernes.
Le relief géographique de Thuin, comparable à celui de Dinant ou Huy, en faisait une place forte naturelle. Son château fort et ses remparts furent néanmoins rasés à deux reprises :
Lors du siège de 1653-1654 par les troupes du prince de Condé, le siège débuta le 29 décembre 1653 et dura 15 jours. Les bourgeois et la jeunesse de Thuin résistèrent héroïquement, attaquant à plusieurs reprises et infligeant de lourdes pertes aux assaillants (400 morts et 45 blessés côté assaillants, contre 12 morts pour Thuin). Les femmes et les filles combattirent également, armées d'épées et de hallebardes.
Le canon de Thuin — Le Spantole, une bombarde médiévale, Georges Étienne, avril 2008.
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