Le choix d'une lunette commence par deux questions que les catalogues ne posent pas : que faut-il voir, et à quelle distance ? et le règlement de la discipline autorise-t-il une lunette, et laquelle ? Cette page part de là, puis passe en revue ce qui se chiffre — le grossissement, la valeur des clics, la course de réglage, l'objectif et la pupille de sortie, le dégagement oculaire — et ce qu'on peut vérifier soi-même, parce que c'est largement ce que le prix achète.
Le réticule, la parallaxe, le plan focal, l'unité d'angle et le montage ont chacun leur page ; celle-ci y renvoie au lieu de les répéter (voir « Voir aussi »).
| Discipline | Lunette | Grossissement | Texte |
|---|---|---|---|
| Carabine ISSF (10, 50, 300 m) | interdite : aucun système de lentilles grossissant ; une seule lentille correctrice, sur le dioptre | — | ISSF 2026, art. 7.4.1.6 |
| Cible mobile ISSF, 10 m | admise | fixe, 4× au plus (tolérance + 0,4×), contrôlé après l'épreuve | ISSF 2026, art. 10.4.3.2 |
| Cible mobile ISSF, 50 m | admise | libre | ISSF 2026, art. 10.4.3.1 |
| Bench rest 50 m, International Sporter (URSTBf) | admise | 12× au plus ; une lunette variable est réglée sur 12× | BR-50 v4, art. 15.1.6 (modifié le 12/12/2024) |
| Bench rest 50 m, Light et Heavy Varmint (URSTBf) | admise | libre | BR-50 v4, art. 15.2.4 et 15.3.4 |
| Bench rest .22 (WRABF-ERABSF), International Sporter | admise | 12× au plus ; une variable est bloquée à 12× par l'arbitre, sous ruban inviolable | règlement 2023-2027 v3 |
| Field target (WFTF) | tout système de visée sauf le laser ; aucun télémètre intégré ou séparé | libre | WFTF 2025, art. 1.3 |
Dans les disciplines où le grossissement est plafonné, une lunette variable n'est donc admise que bloquée au plafond. Pour toute autre discipline — fusil d'ordonnance, tir aux armes réglementaires, silhouettes —, c'est le règlement de la discipline, dans son édition en cours, qui fait foi : il se prononce sur l'arme telle qu'elle est montée.
Un œil normal distingue deux points séparés d'une minute d'angle (voir L'œil et la visée). Un grossissement de G× rend visible un détail G fois plus petit. D'où le minimum théorique pour distinguer un trou de la taille de la balle :
| Impact | Distance | Taille angulaire | Grossissement minimal théorique |
|---|---|---|---|
| .22 LR (≈ 5,7 mm) | 50 m | 0,39′ | 2,6× |
| .308 (≈ 7,8 mm) | 100 m | 0,27′ | 3,7× |
| .308 (≈ 7,8 mm) | 300 m | 0,089′ | 11× |
| 6,5 mm (≈ 6,7 mm) | 300 m | 0,077′ | 13× |
| .308 (≈ 7,8 mm) | 600 m | 0,045′ | 22× |
| 6,5 mm (≈ 6,7 mm) | 600 m | 0,038′ | 26× |
C'est un plancher, calculé pour un contraste parfait : un trou dans le noir d'un visuel se voit bien plus mal qu'un point sur fond blanc, et l'air qui ondule au-dessus du sol (le mirage) brouille d'autant plus l'image qu'on grossit. En pratique, il faut nettement plus que ces valeurs pour voir ses impacts.
Mais il n'est pas toujours nécessaire de les voir. Aux longues distances de compétition, les impacts sont signalés par le marquage ou par la cible électronique ; la lunette n'a alors qu'à montrer le visuel, bien plus gros qu'un trou de balle. C'est ce qui explique qu'on lise, pour 600 m, aussi bien « 12× suffit » que « 24× au minimum » : les deux phrases ne répondent pas à la même question.
Une lunette variable s'adapte à plusieurs usages ; une fixe est plus simple et, à qualité égale, plus légère. Dans les disciplines plafonnées, la variable doit être bloquée sur la valeur autorisée (voir le tableau ci-dessus).
| Valeur du clic | Déplacement à 100 m |
|---|---|
| 1/8 MOA | 3,64 mm |
| 1/4 MOA | 7,27 mm |
| 0,1 mrad | 10,0 mm |
Une minute d'angle vaut 29,1 mm à 100 m, pas un pouce (25,4 mm) ; un milliradian vaut exactement 10 cm à 100 m (voir MOA et milliradians). Le plus commode est une lunette dont les tourelles et le réticule parlent la même unité : un écart lu au réticule se corrige alors au même chiffre sur la tourelle.
La valeur du clic ne dépend pas du grossissement. Les tourelles inclinent le réticule d'un angle fixe par rapport à l'arme, que la lunette soit à premier ou à second plan focal. Ce qui change en second plan focal, ce sont les graduations du réticule : elles ne valent leur valeur nominale qu'à un seul grossissement, indiqué par le fabricant. Au premier plan focal, elles sont justes à tous les grossissements. Voir Premier et second plan focal.
Le zéro se fait souvent à 100 m ; pour tirer plus loin, il faut remonter le réticule. Hausse nécessaire depuis un zéro à 100 m, calculée avec le solveur du site en atmosphère normalisée :
| Distance | .308 Win, 175 gr, G7 0,243, 790 m/s | 6,5 Creedmoor, 140 gr, G7 0,311, 823 m/s |
|---|---|---|
| 300 m | 1,71 mrad (5,9 MOA) | 1,46 mrad (5,0 MOA) |
| 500 m | 4,14 mrad (14,2 MOA) | 3,45 mrad (11,9 MOA) |
| 600 m | 5,63 mrad (19,4 MOA) | 4,61 mrad (15,9 MOA) |
| 800 m | 9,35 mrad (32,1 MOA) | 7,33 mrad (25,2 MOA) |
| 1 000 m | 14,42 mrad (49,6 MOA) | 10,70 mrad (36,8 MOA) |
Une lunette montée à plat et réglée à 100 m se trouve à peu près au milieu de sa course verticale : il ne reste qu'environ la moitié de la course totale pour monter. Ce n'est pas de la course « perdue » au réglage, c'est la géométrie du montage. Pour la .308 à 1 000 m, il faudrait ainsi une course totale d'environ 29 mrad (2 × 14,4). Une embase inclinée de 20 MOA — 5,82 mrad — fait pointer la lunette vers le bas d'autant, et ramène le besoin à environ 17 mrad de course totale (2 × (14,42 − 5,82)). Voir Les montages de lunette.
Le point de départ exact dépend de l'alignement du montage et de la hauteur de la lunette ; le tableau vaut pour ces deux munitions, dans ces conditions. Pour la vôtre, le calculateur balistique donne la hausse à chaque distance.
La pupille de sortie est le petit disque de lumière qu'on voit dans l'oculaire en tenant la lunette à bout de bras. Son diamètre vaut diamètre de l'objectif ÷ grossissement :
| Lunette | Grossissement | Pupille de sortie |
|---|---|---|
| objectif 40 mm | 3× | 13,3 mm |
| objectif 40 mm | 12× | 3,3 mm |
| objectif 44 mm | 16× | 2,8 mm |
| objectif 50 mm | 25× | 2,0 mm |
| objectif 56 mm | 8× | 7,0 mm |
| objectif 56 mm | 25× | 2,2 mm |
L'œil ne reçoit que ce que sa propre pupille laisse passer. Or elle est petite dès que la lumière est forte — entre 2,6 et 3,6 mm à 100 cd/m² et au-delà, à tout âge — et, quand la lumière baisse, elle s'ouvre moins chez un tireur âgé : à 1 cd/m², environ 4,8 mm à 65 ans contre 6,2 mm à 25 ans (valeurs moyennes, voir L'œil et la visée). Deux conséquences :
Le diamètre du tube (25,4, 30 ou 34 mm) ne règle pas la lumière : celle-ci est limitée par l'objectif, la pupille de sortie et les verres. Un tube plus gros laisse surtout plus de place au mécanisme de réglage, donc en général plus de course. Il fixe aussi le diamètre des colliers.
Le dégagement oculaire est la distance entre l'œil et l'oculaire à laquelle on voit tout le champ. Le fabricant l'indique, souvent sous forme d'une plage qui varie avec le grossissement. Il se vérifie dans la position de tir réelle et au grossissement maximal : c'est là qu'il est le plus court. Sur une arme qui recule, la tête ne doit pas se trouver si près de l'oculaire que le recul l'y ramène — c'est l'arcade sourcilière qui encaisse.
La qualité des verres et des traitements ne se mesure pas sans instruments. En revanche, trois défauts qui distinguent une bonne lunette d'une mauvaise se vérifient au stand, avec une cible et quelques cartouches :
Ces essais ne valent que sur une arme et un montage sûrs, avec une munition régulière : sinon, c'est la dispersion de l'arme qu'on mesure, pas la lunette. Les tirer en plusieurs groupements de cinq coups et comparer les centres des groupements, pas des coups isolés (voir Rayon moyen et dispersion).
Cet article a fait l'objet d'une vérification factuelle : voir la fiche de vérification.