Comment part le coup, et pourquoi cela décide de ce que vous pouvez recharger
Une cartouche moderne doit résoudre un problème simple à énoncer : allumer une charge de poudre enfermée dans un étui métallique, à l'instant voulu, avec un percuteur qui frappe de l'extérieur. La solution retenue — l'endroit où l'on place la matière détonante — n'est pas un détail de fabrication : elle détermine si l'étui est rechargeable, à quelle pression il peut travailler, et quel outillage il vous faut sur l'établi.
Deux systèmes seulement ont survécu : l'annulaire et la percussion centrale. Les quatre autres que montre ce schéma sont des impasses du XIXe siècle, racontées dans Des systèmes de mise à feu : de la mèche à l'amorce.
Entre la détente et la balle, il se passe toujours la même chose, quel que soit le système :
Le point essentiel est celui du point 1 : il faut une enclume. Une composition détonante frappée dans le vide ne détone pas ; il lui faut une surface d'appui contre laquelle être écrasée. Toute la différence entre les systèmes tient à l'endroit où l'on met cette enclume.
Amorçage n'est pas allumage. L'amorce ne « met pas le feu » à la poudre comme une allumette. Elle projette des particules incandescentes dans la masse de poudre, sur une profondeur de quelques millimètres. C'est pourquoi la puissance de l'amorce influe sur la régularité de la combustion, et donc sur la dispersion — voir Le choix des amorces.
Dans une cartouche annulaire, la composition détonante est logée à l'intérieur du bourrelet, tout autour du culot, répartie par force centrifuge lors de la fabrication. Il n'y a pas d'amorce séparée : l'étui est l'amorce.
L'enclume, ici, c'est la face de culasse de l'arme. Le percuteur frappe le bord du bourrelet et l'écrase entre lui-même et la culasse ; la composition prise en sandwich détone.
Deux conséquences découlent directement de ce principe :
Ne jamais tenter de recharger une douille annulaire. Ce n'est pas une question de difficulté mais de sécurité : l'étui n'est pas conçu pour être réamorcé, et la composition ne peut pas être répartie correctement à la main.
Dans une cartouche à percussion centrale, la composition est enfermée dans une coupelle métallique séparée — l'amorce — sertie au centre du culot, dans un logement usiné appelé puits d'amorce. Le percuteur frappe le fond de cette coupelle.
Cette fois, l'étui n'a plus à se déformer : le culot peut être aussi épais qu'on veut. C'est ce qui rend possibles les hautes pressions modernes, et c'est aussi ce qui rend l'étui réutilisable, puisqu'on peut chasser l'amorce usagée et en poser une neuve.
Reste la question de l'enclume — et c'est là que deux écoles se sont séparées, la même année.
Les deux brevets datent de 1866, à quelques mois d'écart, et leur postérité géographique est exactement l'inverse de ce que la nationalité de leurs auteurs laisserait attendre.
| Boxer | Berdan | |
|---|---|---|
| Inventeur | Colonel Edward Mounier Boxer, britannique | Hiram Berdan, américain |
| Brevet | Grande-Bretagne, 13 octobre 1866 (brevet américain 91 818 en 1869) | États-Unis 53 388, 20 mars 1866 (perfectionné par le 82 587 de 1868) |
| Enclume | dans l'amorce, pièce rapportée en forme d'étrier | dans l'étui, téton dressé au fond du puits |
| Canal de feu | un seul, central | deux (parfois plus), latéraux, de part et d'autre du téton |
| Désamorçage | tige poussée par le canal central | pince, levier ou pression hydraulique |
| Domine aujourd'hui | production civile américaine | surplus militaires hors États-Unis |
L'ironie des deux brevets. Le système du Britannique Boxer est devenu la norme américaine, et celui de l'Américain Berdan la norme européenne. Le rechargeur belge est donc régulièrement confronté à des étuis Berdan dans les surplus, alors que tout son outillage est prévu pour du Boxer.
La méthode est immédiate : regardez dans l'étui vide, par la bouche, à la lumière.
Sur une douille encore amorcée, l'extérieur ne dit rien : les deux amorces se ressemblent. Un indice indirect existe cependant — les diamètres Berdan ne correspondent à aucun diamètre Boxer. Les deux tailles les plus courantes en calibre carabine, 5,5 mm (0,217″) et 6,45 mm (0,254″), encadrent le 5,33 mm (0,210″) de la Large Rifle Boxer : une amorce Boxer refusera d'entrer, ou entrera avec un jeu manifeste.
Ce n'est pas impossible, seulement pénible, et cela ne se fait pas avec une tige de désamorçage ordinaire — qui casserait sur le téton d'enclume :
Dans les deux cas il faut ensuite trouver des amorces Berdan au bon diamètre, ce qui est le vrai obstacle. Pour du tir de volume, mieux vaut trier les étuis Boxer à la récupération et laisser le Berdan aux collectionneurs.
Il n'existe que deux diamètres et quatre types d'amorces Boxer courantes — Small Pistol, Large Pistol, Small Rifle, Large Rifle — auxquels s'ajoutent les variantes magnum et match. Le choix conditionne la pression et la régularité, et fait l'objet d'une page dédiée : Le choix des amorces.
Un point mérite d'être rappelé ici, parce qu'il relève de l'amorçage et non du choix : Small Pistol et Small Rifle partagent le même diamètre, mais la coupelle de la Small Rifle est plus épaisse, pour résister à des pressions supérieures. Les intervertir n'est pas anodin.