Table des matières

Les cartouches .38 Special et .357 Magnum

La .38 Special et la .357 Magnum sont deux cartouches de revolver américaines de même calibre : même balle de 0,357″ (9,07 mm), même culot, même bourrelet. La .357 Magnum, apparue en 1935, est une .38 Special dont l'étui a été allongé de 3,43 mm, et sa pression maximale C.I.P. est le double : 3 000 bar contre 1 500 bar [1]. Une .38 Special se tire dans une arme chambrée en .357 Magnum ; l'inverse est impossible par construction.

Schéma coté de la .38 Special, généré à partir de la base de calibres du site, alignée sur la fiche C.I.P. : balle 9,07 mm (la C.I.P. admet 9,12 au maximum), collet et culot 9,63 mm, bourrelet 11,18 mm, longueur d'étui 29,34 mm, hors-tout 39,37 mm. Schéma coté de la .357 Magnum, généré de la même façon : mêmes diamètres, longueur d'étui 32,77 mm, hors-tout 40,39 mm.

Historique

La .38 Special (1899). Smith & Wesson renforce en 1899 son revolver à carcasse pleine, qui devient la carcasse « K », sous le nom de Military & Police ; il est proposé en .32-20 et dans une cartouche nouvelle, conçue en 1898, la .38 Smith & Wesson Special [2]. Son étui reprend les dimensions de celui de la .38 Long Colt, en plus long : une .38 Long Colt ou une .38 Short Colt peuvent donc se tirer dans une arme chambrée en .38 Special [2]. Elle est d'abord chargée de 21 grains de poudre noire sous une balle de plomb à nez rond de 158 grains, à 775 ft/s (236 m/s) ; des chargements à la poudre sans fumée paraissent dans l'année [2].

La cible. La .38 Special se tire aussi en balle wadcutter, cylindrique et à bord franc. Smith & Wesson a construit pour elle un pistolet de match semi-automatique, le Model 52 (1961-1993), ajusté à la main pour garantir un groupe de cinq coups de 2 pouces à 50 yards ; Colt a fait de même avec le Gold Cup National Match .38 Special Mid Range (1960-1974) [2]. Elmer Keith, critique de la cartouche comme arme de défense, écrivait en 1955 que « plus de matchs ont été gagnés avec la .38 Special qu'avec toute autre cartouche à percussion centrale », avant d'ajouter : « mais aussi plus d'armes en .38 Special ont été employées que de tout autre calibre » [5].

La .357 Magnum (1935). Western, avec Smith & Wesson, produit en 1935 la .357 Magnum, « fondée sur un étui de .38 Special allongé » [11]. Elmer Keith a joué un rôle clé dans sa mise au point [5].

Le +P. Les chargements « +P » de .38 Special sont des chargements à pression plus élevée. Lyman en interdit l'emploi dans un revolver de .38 Special ordinaire, sauf si le fabricant de l'arme l'a prévu, et dans tous les cas dans une arme à carcasse ou à barillet en aluminium [4].

Spécifications (C.I.P.)

Les deux fiches C.I.P. (TAB. IV) donnent, en millimètres [1] :

Cote .38 Special .357 Magnum
Longueur d'étui (L3, cartouche maxi) 29,34 32,77
Longueur hors-tout (L6) 39,37 40,39
Diamètre de bourrelet (R1) 11,18 11,18
Épaisseur de bourrelet (R) 1,50 1,52
Diamètre au culot (P1) et au collet (H2) 9,63 9,63
Diamètre de balle (G1, maxi) 9,12 9,12
Longueur de la partie étui de la chambre (L3, mini) 29,54 33,07
Pression maximale moyenne (Pmax) 1 500 bar 3 000 bar
Pression maximale d'une cartouche (PK) 1 725 bar 3 450 bar
Pression d'épreuve (PE) 1 950 bar 3 900 bar

Le canon d'épreuve est le même pour les deux : diamètre à fond de rayure 9,02 mm, 6 rayures, pas de 476 mm (1:18¾″). Les deux cartouches ne diffèrent que par la longueur d'étui, l'épaisseur de bourrelet de 0,02 mm, et la pression.

Deux références de pression

Les tables européennes suivent la C.I.P. : 1 500 bar pour la .38 Special, 3 000 bar pour la .357 Magnum. Les éditeurs américains relevés par le site publient leurs charges jusqu'à 17 000 psi en .38 Special (Western : maximum exact de 88 charges ; une seule ligne Hodgdon atteint 17 300), jusqu'à 20 000 psi en .38 Special +P (Hodgdon ; Western 19 989) et jusqu'à 35 000 psi environ en .357 Magnum (une ligne à 35 100 chez Hodgdon et chez Western) [6][10].

Converties, les valeurs C.I.P. vaudraient 21 756 et 43 511 psi, soit 28 % et 24 % de plus que les plafonds américains. Ces chiffres ne se convertissent pourtant pas l'un dans l'autre : la C.I.P. et la SAAMI ne mesurent pas la pression avec les mêmes capteurs ni au même endroit (voir C.I.P. et SAAMI). Le manuel Lyman exprime de son côté ses pressions en C.U.P., mesurées au cylindre de cuivre [4]. Une charge maximale d'un guide américain n'est donc pas une charge maximale d'un guide européen : chaque table se lit avec son propre plafond.

La .38 Special dans un revolver .357 Magnum

C'est prévu par les fabricants. La notice Ruger du Super GP100 indique que le revolver « chambre la 357 Magnum, la 38 Special +P et la 38 Special » [9].

L'inverse est impossible. L'étui d'une .357 Magnum mesure 32,77 mm ; dans une chambre de .38 Special, la partie qui reçoit l'étui ne mesure que 29,54 mm au minimum avant de se resserrer au diamètre de la balle [1]. La cartouche bute avant d'être engagée, à environ 3 mm près, et le barillet ne se ferme pas.

L'anneau d'encrassement. Une .38 Special laisse 3,73 mm de chambre .357 découverts devant la bouche de son étui (33,07 − 29,34). C'est là que se déposent les résidus de combustion et le métal de la balle, en anneau. La notice Ruger demande de brosser les chambres pour en retirer « le métal de balle et les résidus de tir », parce qu'une chambre sale empêche la cartouche de s'engager complètement et fait coincer le barillet [9]. Après une série de .38 Special, on brosse donc les chambres avant de revenir à la .357 Magnum, dont l'étui plus long viendrait buter sur l'anneau.

On peut aussi charger les munitions de cible en étui de .357 : les tables en publient. Hodgdon donne ainsi la wadcutter Hornady de 148 gr en .357 Magnum, à une longueur hors-tout de 1,290″, celle de l'étui [6], et Lyman écrit que la Bullseye convient le mieux aux charges légères de .357 [4].

Jamais une charge de .357 Magnum dans un étui de .38 Special. Lyman : « Never use 357 Magnum loads in 38 Special cases as very dangerous pressure will result » [4]. L'étui de .38 est plus court, donc le volume est plus petit, et l'arme qui le reçoit peut n'être conçue que pour 1 500 bar.

La wadcutter et le tir à 25 mètres

Au pistolet 25 m percussion centrale, le règlement ISSF admet tout pistolet ou revolver, sauf à un coup, de calibre 7,62 à 9,65 mm (.30″ à .38″) ; les projectiles doivent être en plomb ou matière tendre analogue, les balles chemisées sont interdites, et les munitions « High-power » ou Magnum ne sont pas admises [3]. La .38 Special en wadcutter de plomb répond à ces trois conditions. La .357 Magnum est exclue comme munition ; ces articles n'excluent pas pour autant un revolver chambré en .357 qui tire des .38 Special wadcutter, s'il respecte par ailleurs le tableau des spécifications des pistolets. Voir Pistolet 25 m percussion centrale.

La wadcutter s'enfonce au ras de l'étui : Hodgdon donne pour la Hornady de 148 gr une longueur hors-tout de 1,160″ (29,46 mm), pour un étui de 1,155″ (29,34 mm) [6]. Ses charges publiées sont légères : chez Vihtavuori, Hodgdon et Western, la médiane des vitesses maximales va de 259 à 280 m/s en 148 gr, contre 268 à 304 m/s en 158 gr (tableau ci-dessous).

Charges et poudres

Médianes des vitesses maximales publiées, par masse de balle et par guide [4][6][7][8][10]. Entre parenthèses, le nombre de charges. Chaque guide a son propre canon d'essai : les colonnes ne se mélangent pas.

.38 Special (pression standard)

Balle Vihtavuori (170 mm) Hodgdon (7,7″) Western (7,75″) Lyman (4″) Lovex (150 mm)
110 gr 351 m/s (4) 346 m/s (20) 351 m/s (10) 299 m/s (7) —
125 gr 342 m/s (14) 322 m/s (27) 321 m/s (32) 266 m/s (7) —
148 gr (wadcutter) 280 m/s (8) 278 m/s (14) 259 m/s (7) — —
158 gr 304 m/s (38) 268 m/s (37) 268 m/s (22) 217 m/s (7) 295 m/s (12)

.38 Special +P

Balle Hodgdon (7,7″) Western (7,75″)
110 gr 358 m/s (23) 353 m/s (12)
125 gr 347 m/s (23) 342 m/s (19)
158 gr 285 m/s (18) 280 m/s (13)

Dans le même canon, le +P ajoute 12 à 25 m/s à la médiane des maxima en 125 et 158 gr chez Hodgdon et Western.

.357 Magnum

Balle Vihtavuori (175 mm) Hodgdon (10″) Western (6″) Lovex (150 mm)
110 gr 518 m/s (11) 469 m/s (5) 471 m/s (6) —
125 gr 476 m/s (10) 413 m/s (17) 428 m/s (22) —
158 gr 398 m/s (23) 380 m/s (25) 383 m/s (18) 420 m/s (12)
180 gr 388 m/s (5) 351 m/s (10) 351 m/s (6) —

Une table se lit pour une balle, pas pour une masse. Chez Vihtavuori, pour une balle de 158 gr et la même poudre N110 en .357 Magnum, la charge maximale va de 12,3 à 17,2 grains selon le modèle de balle ; avec la N340, de 7,7 à 8,6 grains, hors charge réduite de « Cowboy Action » [8]. Il faut lire la ligne de la balle que l'on charge.

Les balles semi-blindées ne se chargent pas sous la charge de départ. Lyman l'écrit pour les deux cartouches : trop lente, la balle laisse sa chemise dans le canon, et le noyau de plomb sort seul et atteint la cible. En .357 Magnum, Lyman demande de rester au-dessus de 750 ft/s (229 m/s) avec ces balles [4]. Pour la cartouche suivante, voir la section sur le départ anormal.

Les amorces. Lyman teste la .38 Special avec une amorce Small Pistol (CCI 500) et la .357 Magnum avec une Small Pistol Magnum (CCI 550), y compris dans sa carabine d'essai [4] ; Hodgdon fait de même (WIN SP et WIN SPM) [6], et Vihtavuori aussi dans ses tables ordinaires de .357. Ses charges réduites de « Cowboy Action » en .357 sont en revanche établies avec une amorce Small Rifle [8]. L'amorce fait partie de la charge : on reprend celle de la table suivie. Voir Choisir ses amorces.

Les charges légères

Les charges de cible et de « Cowboy Action » laissent une grande partie de l'étui vide. Vihtavuori, qui publie de telles charges en .38 Special et en .357 Magnum, nomme trois risques [8] :

Une charge publiée se lit donc dans les deux sens : on ne dépasse pas le maximum, et on ne descend pas sous la charge de départ, ce que le guide Vihtavuori rappelle en pied de chaque page de tables [8].

La .357 Magnum en carabine

Lyman publie la .357 Magnum dans trois armes : un canon d'essai de 4″, un pistolet Thompson/Center Contender de 10″ et une carabine Winchester 94AE de 20″. La balle de 125 grains (Hornady JHP #35710) y est chargée aux mêmes charges maximales, ce qui isole l'effet de la longueur de canon [4] :

Poudre (charge) 4″ 10″ (Contender) 20″ (carabine) Gain 4″ → 20″
Accurate No. 5 (11,8 gr) 448 m/s 519 m/s 566 m/s +26 %
IMR-4227 (19,5 gr) 435 m/s 533 m/s 585 m/s +35 %
Alliant 2400 (17,7 gr) 450 m/s 542 m/s 624 m/s +39 %
Alliant Blue Dot (13,3 gr) 427 m/s 551 m/s 619 m/s +45 %
Hodgdon H110 (22,0 gr) 459 m/s 615 m/s 706 m/s +54 %

L'énergie suit le carré de la vitesse : avec la H110, la même cartouche passe de 853 J en 4″ à 2 020 J en 20″. La poudre la plus vive des cinq, la No. 5, gagne le moins ; pour les autres, le gain ne suit pas l'ordre de vivacité du tableau de Lyman, qui range l'IMR-4227 comme la plus lente [4]. Le Contender n'a pas l'entrefer d'un revolver, et Lyman précise qu'il donne plus de vitesse qu'un revolver de même longueur [4].

Pour la carabine, Lyman demande de sertir toutes les balles destinées à un magasin tubulaire, et note que les poudres qui réussissent en revolver, H110, 2400 et N110, ont aussi bien fonctionné dans sa carabine d'essai [4]. Voir aussi les armes à levier de sous-garde.

Départ anormal : la balle restée dans le canon

Une balle peut rester dans le canon : charge oubliée, charge trop faible, ou chemise d'une semi-blindée tirée trop lentement. La notice Ruger est explicite : si la détonation ou le recul paraissent faibles, cesser le tir immédiatement, décharger l'arme et vérifier qu'aucune obstruction n'est restée dans le canon ; tirer une balle dans un canon obstrué peut endommager l'arme et blesser gravement le tireur et ses voisins [9].

Le mécanisme décrit par Lyman pour les semi-blindées montre qu'un impact sur la cible ne prouve rien : le noyau de plomb peut atteindre la cible alors que la chemise est restée dans le canon [4].

Limites de cette page

La norme SAAMI elle-même n'a pas été consultée : les plafonds américains cités sont ceux que publient les éditeurs. Aucune fiche C.I.P. de .38 Special +P n'a été lue, et aucune source de fabricant lue ne fixe le sertissage d'une wadcutter.

Pour aller plus loin

Références

  1. C.I.P. — fiches TAB. IV « 38 Special » (84-06-14, révision 00-06-07) et « 357 Magnum » (84-06-14, révision 06-06-14), lues au rendu image le 2026-10-07. Valeurs citées ponctuellement, documents non redistribués.
  2. Campbell, D. — The .38 Special: History & Performance, American Rifleman (NRA), 29 avril 2023, consulté le 2026-10-07.
  3. ISSF — Pistol Rules, édition 2025, applicable au 1ᵉʳ janvier 2026, art. 8.4.3.3 et 8.4.4.
  4. Lyman — Reloading Handbook, 48ᵉ édition, 2002 : p. 262 (.357 Magnum en carabine), 333 (.38 Special), 336 (.357 Magnum), 385 (Contender) et annexe D, p. 402 (vivacité relative).
  5. Miller, B. — Elmer Keith & The Evolution Of The .38 Special, American Rifleman (NRA), 13 février 2025, consulté le 2026-10-07. Cite E. Keith, Sixguns, 1955.
  6. Hodgdon — Annual Manual 2024, sections 38 Special, 38 Special +P et 357 Magnum.
  7. Lovex — Reloading Guide (Explosia), section 38 Special et 357 Magnum.
  8. Vihtavuori — Reloading Guide 2026 : .38 Special (p. 132), .357 Magnum (p. 134-135), charges de « Cowboy Action Shooting » (p. 144-145).
  9. Sturm, Ruger & Co. — Instruction Manual for the Super GP100 Revolver, 2019 (PDF, ruger.com), sections « Ammunition » et nettoyage.
  10. Western Powders — Handloading Guide, 8ᵉ édition (Accurate, Ramshot), sections 38 Special, 38 Special +P et 357 Magnum.
  11. Winchester — Historical Timeline 1900-1949, consulté le 2026-10-07.

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