Ce dossier détaille les propriétés optiques de l'œil humain qui conditionnent la qualité de la visée : accommodation, aberration sphérique, diffraction, imperfections optiques (myopie, hypermétropie, astigmatisme), œil dominant, vision binoculaire et acuité visuelle. Le sujet n'est pas propre au pistolet : il s'applique à toutes les disciplines de tir (carabine, pistolet, arbalète, tir à l'arc…).
Il complète les articles La visée au dioptre (diaphragme, profondeur de champ et cercle de confusion) et Plans focaux : FFP vs SFP.
L'exposé technique s'appuie sur le manuel original (en anglais) de l'U.S. Army Marksmanship Unit, le Pistol Marksmanship Training Guide ; le rappel anatomique a été recoupé avec l'article « Œil » de Wikipédia pour la précision des termes.
Les principales difficultés auxquelles est confronté le tireur lors de la visée sont déterminées par les caractéristiques inhérentes à l'organe de la vision — l'œil — et à son fonctionnement en tant qu'appareil optique au cours du processus de visée. Il est bien connu que le processus de visée impose des exigences très élevées en matière de vision, car la cohérence et le degré de précision dépendent directement de la netteté de la vision et des conditions qui la déterminent. Il est donc nécessaire que le tireur ait une connaissance de certaines propriétés optiques de l'œil. Il doit connaître le degré et les conditions dans lesquels les imperfections optiques de l'œil peuvent affecter la précision de la visée.
Pour le tireur, il est utile de connaître les structures de l'œil qui interviennent directement dans la formation de l'image, et donc dans la qualité de la visée. On peut les regrouper selon leur rôle optique.
L'appareil réfringent (la « lentille » de l'œil). La lumière est d'abord déviée par la cornée, membrane transparente antérieure qui assure l'essentiel de la réfraction, puis par le cristallin, lentille souple capable de modifier sa courbure pour faire la mise au point : c'est l'accommodation. Le cristallin est tenu et déformé par les ligaments suspenseurs (zonule de Zinn) sous la commande du muscle ciliaire. Entre la cornée et le cristallin circule l'humeur aqueuse (chambres antérieure et postérieure) ; l'arrière du globe est rempli par le corps vitré, un gel transparent.
Le diaphragme. L'iris, partie colorée, fait varier le diamètre de la pupille — l'ouverture centrale — et règle ainsi la quantité de lumière admise, exactement comme le diaphragme d'un appareil photo.
Le capteur. L'image se forme sur la rétine, membrane interne tapissée de photorécepteurs : les bâtonnets (sensibles en faible lumière) et les cônes (vision des couleurs et des détails fins). La vision la plus nette se concentre sur la macula et, en son centre, sur la fovéa, minuscule zone dense en cônes. Les signaux gagnent le cerveau par le nerf optique ; son point d'émergence, la papille (ou tache aveugle), est dépourvu de récepteurs.
Les enveloppes. Le globe est entouré de la sclérotique, coque externe résistante (le « blanc » de l'œil), doublée de la choroïde, couche vasculaire qui nourrit la rétine.
De cette organisation découle une conséquence capitale pour le tir : l'œil ne peut faire une mise au point nette que sur un seul plan à la fois. Il est donc impossible de voir simultanément, avec une netteté égale, les organes de visée et la cible, situés à des distances différentes — un point développé plus loin.
1. L'œil humain est construit de telle manière qu'il ne peut pas voir clairement, simultanément, des objets situés à des distances variables de lui. Il n'est donc pas possible, en visant, de voir avec une netteté identique l'alignement des organes de visée et la cible, situés à des distances différentes de l'œil du tireur. Sachant cela, il ne faut pas forcer excessivement la vision dans de vaines tentatives pour tout voir net en même temps.
2. L'œil au repos est réglé pour percevoir les objets lointains (mise au point « à l'infini »). Pour voir net de près, un effort musculaire est nécessaire : le muscle ciliaire se contracte et le cristallin se bombe, augmentant sa réfraction. En conséquence, le tireur ne doit pas fatiguer son œil en déplaçant le regard avec une fréquence excessive d'un plan de netteté à l'autre — par exemple de la hausse et du guidon vers la cible, et inversement. L'effort prolongé dépensé dans ces conditions provoque une fatigue rapide et marquée des muscles oculomoteurs. Pour la même raison, le tireur ne doit pas viser pendant de longues périodes soutenues. Dans les intervalles entre les séries de visée, plutôt que de fixer un objet, il lui est conseillé de regarder un instant au loin « d'un regard distrait » pour reposer les muscles de ses yeux.
3. Lorsque l'éclairage change, le niveau de sensibilité à la lumière de l'œil change et l'œil s'adapte aux différentes quantités de lumière qui y pénètrent. Un rôle similaire à celui du diaphragme d'un appareil photo est joué par la pupille, l'ouverture au milieu de l'iris. Sous l'action de divers muscles oculaires, le diamètre de la pupille peut être rétréci ou élargi. C'est cette action qui régule la quantité de lumière entrant dans l'œil et qui améliore la profondeur de focalisation de l'image sur la rétine lorsque la pupille devient plus étroite. La vitesse à laquelle la pupille réagit à un changement d'éclairage mérite également l'attention. Quand la lumière devient plus intense, la pupille se contracte beaucoup plus rapidement qu'elle ne se dilate lorsqu'elle se retrouve dans des conditions de moindre brillance. Par exemple, la contraction de la pupille jusqu'au niveau stable correspondant à une intensité lumineuse moyenne prend environ 5 secondes, mais le processus inverse de dilatation, après un stimulus créé par une lumière de faible intensité, nécessite environ 3 minutes. Le tireur doit en tirer les conclusions correspondantes : afin de préserver l'efficacité du travail de l'œil sans réduire la précision de la visée, il ne faut pas, avant ou pendant la visée, regarder des objets très éclairés ni soumettre l'œil à des transitions brusques de la lumière à l'ombre. Dans les intervalles entre les tirs, il ne faut pas reposer les yeux en les fermant ; le meilleur moyen est de regarder des surfaces ternes lointaines, aux tons uniformes de gris, de vert ou de bleu.
Le réflexe pupillaire décrit ci-dessus règle la quantité de lumière qui entre dans l'œil, mais il ne suffit pas à expliquer ce que le tireur perçoit lorsque l'éclairage change. Une idée répandue — y compris dans d'anciens manuels — veut que « l'œil ait besoin de recevoir une quantité de lumière constante ». C'est inexact, et cela conduit à des raisonnements erronés. Voici ce qui se passe réellement.
L'œil ne se comporte pas comme un seau qu'il faudrait remplir d'une quantité fixe de lumière : il compare des brillances. Sur une plage d'éclairement gigantesque (de la pénombre au plein soleil, soit un facteur de plusieurs millions), ce que l'œil distingue n'est pas une quantité absolue de lumière, mais un contraste, c'est-à-dire le rapport entre le clair et le sombre. C'est la loi de Weber–Fechner : si l'on double l'éclairage général, le contraste perçu entre le visuel noir et le fond blanc reste pratiquement inchangé.
Ce comportement vient de l'adaptation rétinienne : les photorécepteurs et les circuits de la rétine ajustent en permanence leur sensibilité à la lumière ambiante (réponse compressive, dite de Naka–Rushton). Deux conséquences quantitatives en découlent :
L élevée, la variation de réponse à un petit écart ΔL est proportionnelle à ΔL / L, et non à ΔL : c'est le contraste qui est perçu, pas l'écart absolu.√L, et non comme L : quadrupler la lumière n'améliore la finesse perçue que d'un facteur deux.Cette logique de contraste est d'ailleurs à l'origine d'illusions d'optique connues : dans l'illusion de contraste simultané, une même plage grise paraît plus claire sur un fond sombre que sur un fond clair, car l'œil juge la luminance par rapport au voisinage, pas dans l'absolu.
Au pas de tir, le même mécanisme opère : un guidon (ou un visuel) d'une luminosité donnée n'est pas perçu de la même façon selon l'arrière-plan — cible blanche éclairée, ciel, butte sombre, ombre.
Couplé à l'irradiation (section suivante), cela explique pourquoi l'« image » que l'on a de ses organes de visée change avec le fond et l'éclairage, à réglage pourtant identique.
Conséquence pour le tireur — chercher à maintenir « la même quantité de lumière » n'a pas de fondement perceptif. Ce que l'œil exploite pour viser — le contraste entre le noir (visuel, organes de visée) et le fond clair — reste à peu près stable dès lors que l'œil est correctement adapté à la lumière du pas de tir.
Si la lumière modifie tout de même la visée, c'est surtout par un phénomène d'optique physiologique : l'irradiation, décrite par Helmholtz dès 1867. Un fond très lumineux fait paraître un objet sombre plus petit (plus mince) qu'il ne l'est réellement. C'est le même effet qui fait paraître le filament allumé d'une ampoule plus épais qu'éteint, ou une barre sombre devant une fenêtre éclairée plus fine qu'elle n'est.
Le mécanisme : à cause du léger flou optique de l'œil, le bord entre le noir et le blanc est étalé ; le système visuel place ce bord là où le signal franchit un seuil interne. Quand la luminance du fond augmente, ce seuil est atteint « plus tôt », du côté noir : le bord perçu glisse vers le noir et la zone sombre se contracte. Le rétrécissement croît avec la lumière, mais de façon concave : il sature (grossièrement en √(ln L)), de sorte que l'effet est marqué quand on passe du gris au clair, puis de plus en plus faible ensuite.
Conséquence pour le tireur — en pleine lumière, le visuel noir de la cible et le guidon (vu sombre sur fond clair) paraissent plus fins ; l'« image de visée » (la répartition des blancs autour du noir) se modifie donc avec l'éclairage — non parce que la quantité de lumière reçue aurait changé, mais parce que l'irradiation déforme les tailles apparentes. C'est pourquoi un réglage de visée qui « va » par temps gris demande souvent un ajustement en plein soleil.
La quantité de lumière admise se règle au diaphragme (iris réglable du dioptre, filtres colorés), et non en modifiant la géométrie des organes de visée. Attention toutefois à ne pas trop fermer l'iris : en dessous d'environ 1 mm, la diffraction dégrade la netteté de l'image (voir la section Imperfections optiques ci-dessous). Il existe donc une ouverture optimale, de l'ordre de 0,9 à 1,2 mm selon les yeux, qui réalise le meilleur compromis entre brillance, profondeur de champ et finesse de l'image. Ce sujet est développé dans La visée au dioptre.
Il faut distinguer deux ouvertures placées en série. La pupille de l'œil a son optimum propre, autour de 3 mm (compromis aberration/diffraction de l'œil, voir l'aberration sphérique plus bas). L'iris du dioptre est une ouverture externe, que l'on ferme davantage (~1 mm) non pour la lumière mais pour gagner en profondeur de champ — voir net, en même temps, la hausse, le guidon et la cible ; étant plus petit que la pupille, il devient alors l'ouverture effective du système. Cette préoccupation est propre aux visées mécaniques (dioptre, organes ouverts) ; avec une optique, la netteté se règle à la mise au point de la lunette.
Tous les tireurs doivent faire un effort conscient pour améliorer l'état de leurs yeux pendant les intervalles où ils ne visent pas, en laissant fonctionner les habitudes de la vue normale. Il y a trois choses que tout œil sain fait : cligner, centrer son attention (la « fixation centrale ») et se déplacer.
1. Le clignement. Première habitude de la vue normale, c'est une action involontaire : la fermeture et l'ouverture rapides, légères et faciles de l'œil, qui se produisent par intermittence chez tout œil normal. Le taux de clignement varie selon les personnes et selon l'usage que l'on fait de l'œil ; par exemple, on cligne davantage en regardant quelque chose de brillant qu'en regardant quelque chose de doux.
2. La fixation centrale. La deuxième habitude d'une vue normale est d'avoir l'œil et l'esprit coordonnés de manière à se fixer en même temps sur une petite surface. Autrement dit, lorsque vous regardez un objet, vous devez localiser votre attention, la fixer sur une petite zone et non la disperser.
3. Le déplacement (changement). La troisième habitude bénéfique des yeux normaux est de changer de point de fixation. Cela semble contredire la deuxième habitude (localiser son regard), mais ce n'est pas le cas : vous devez pointer votre regard, tout en changeant constamment de point de vue. Si vous ne le déplacez pas, vous regardez fixement — et le regard fixe est l'une des formes de fatigue oculaire les plus graves et les plus courantes.
4. Renforcer la tolérance à la lumière. En plus des trois habitudes ci-dessus, un tireur peut juger souhaitable de renforcer sa tolérance à la lumière.
En raison de diverses imperfections optiques de l'œil, les images des objets sur la rétine présentent des bords qui ne sont pas complètement nets, voire dans une certaine mesure totalement flous. La netteté de la vision n'est donc pas constante : elle a une valeur variable, qui dépend du degré et des conditions dans lesquels les imperfections optiques de l'œil ont un effet notable. Le tireur doit donc connaître, au moins globalement, les conditions qui influencent la netteté de la vision, et donc le degré de précision de la visée. En tant qu'instrument optique, l'œil présente notamment des phénomènes d'aberration et de diffraction de la lumière.
1. Aberration sphérique. C'est le phénomène par lequel les rayons lumineux tombant sur le cristallin sont réfractés différemment et ne sont pas focalisés en un seul point : les rayons extérieurs extrêmes sont plus fortement réfractés que les rayons centraux (figure 2). De ce fait, un faisceau de rayons parallèles entrant dans l'œil est focalisé sur la rétine non pas comme une image nette, mais comme un cercle de diffusion. La taille de ce cercle de diffusion est directement proportionnelle à celle de l'ouverture pupillaire : la netteté de l'image augmente si l'on élimine les rayons extrêmes, donc à mesure que la pupille se contracte. On peut le démontrer simplement : de petits repères et objets, difficiles à distinguer par temps couvert, deviennent bien plus perceptibles si on les regarde à travers un petit trou jouant le rôle d'une pupille artificielle (effet sténopé).
2. Diffraction. Les rayons lumineux traversant de petites ouvertures, notamment à travers le cristallin, semblent se courber (figure 3) et produisent sur la rétine, non pas un point net, mais un cercle entouré d'anneaux concentriques de netteté décroissante. Cela tient à la nature ondulatoire de la lumière.
3. Myopie, hypermétropie et astigmatisme. Parmi les imperfections optiques de l'œil figurent la myopie, l'hypermétropie et l'astigmatisme, qui empêchent une focalisation correcte de l'image sur la rétine.
Figure 4 : Réfraction d'un faisceau parallèle selon l'état de l'œil. (a) Œil normal (emmétrope) : le foyer tombe exactement sur la rétine. (b) Œil myope : globe trop long (ou œil trop convergent), le foyer se forme en avant de la rétine. © Œil hypermétrope : globe trop court (ou œil trop peu convergent), le foyer se formerait en arrière de la rétine. Dans les deux défauts, l'image qui atteint la rétine est floue.
On peut facilement vérifier la présence ou l'absence d'astigmatisme à l'aide d'un diagramme circulaire (figure 6) : il faut regarder d'un seul œil, depuis la distance de meilleure vision (environ 10 pieds), un disque sur lequel sont dessinés des cercles concentriques. Si la personne est astigmate, seules certaines zones du disque apparaîtront nettes, les autres paraissant floues.
4. Correction des défauts. Si des défauts de vision, même légers, sont découverts, il est nécessaire de porter des lunettes correctrices lors du tir, car l'accommodation excessive résultant de la visée fatiguerait considérablement la vision et pourrait réduire encore sa précision. Il faut aussi garder à l'esprit que des lunettes de tir choisies de manière ordinaire, en cabinet d'optométrie, ne donnent pas toujours entière satisfaction au tireur. Il est très souhaitable, lors du choix des verres, de les vérifier immédiatement sur le champ de tir, pour s'assurer que l'on voit bien l'alignement des organes de visée situés à la distance d'une longueur de bras. Ce contrôle porte moins sur la dioptrie du verre que sur la qualité de son polissage, car tous les défauts s'y révèlent rapidement. Lorsqu'on porte des lunettes de tir (y compris à verres filtrants), il faut s'assurer que la ligne de visée est perpendiculaire à la surface du verre et passe par son centre, car la partie centrale du verre est généralement bien mieux polie et présente donc moins de distorsion. Maintenir les verres perpendiculaires à la ligne de visée ne nécessite aucun changement par rapport à la position de tête habituelle en position de tir.
Il est nécessaire de s'attarder sur une autre particularité de nos yeux, d'une importance capitale pour la visée : l'existence de la vision monoculaire et binoculaire.
1. La vision avec un œil est dite monoculaire, la vision avec deux yeux, binoculaire. Avoir deux yeux ne signifie pas toujours posséder une vision binoculaire : il arrive que l'œil ayant la plus mauvaise vision ne soit pas inclus dans l'acte de vision, la personne n'utilisant en réalité que le meilleur. La domination d'un œil sur l'autre se produit aussi lorsque les deux yeux ont une vision identique. L'œil que la personne préfère utiliser s'appelle l'œil dominant (ou directeur). Il existe une méthode très simple pour déterminer lequel des yeux est le plus fort.
2. Plusieurs gestes simples permettent de repérer l'œil directeur ; le principe est toujours le même : fixer un objet lointain à travers une petite ouverture, les deux yeux ouverts, puis fermer alternativement chaque œil (figure 7).
Chez la plupart des gens (environ deux sur trois), l'œil directeur est le droit.
3. Le travail prolongé d'un seul œil (par exemple chez les assistants de laboratoire ou les microscopistes) contribue à le rendre dominant. Cela vaut aussi pour les tireurs qui visent d'un seul œil : l'œil droit est, dans l'écrasante majorité des cas, leur œil dominant.
À noter pour le tir — l'œil directeur n'est pas forcément du même côté que la main forte : c'est la dominance croisée. Elle gêne surtout au fusil et à la carabine (l'arme est épaulée d'un côté) ; à l'arme de poing, elle se gère plus facilement. Un tireur concerné peut viser de son œil directeur (au besoin en changeant d'épaule) ou neutraliser temporairement cet œil — cache opaque, ruban dépoli sur le verre — plutôt que de plisser les yeux.
4. Autrefois, on demandait généralement au tireur de fermer l'œil gauche en plissant les paupières et de pointer le pistolet sur la cible avec son œil droit. Dans l'instruction moderne, il n'est plus nécessaire de continuer ce procédé de fermeture de l'œil, car il présente des défauts majeurs, attestés par de nombreuses recherches médicales.
5. La visée binoculaire présente plusieurs avantages majeurs : le tireur n'a pas à fournir l'effort supplémentaire du plissement — ce qui est très important lors de tirs prolongés — et l'acuité de la vision binoculaire est généralement meilleure que celle de la vision monoculaire. La perception visuelle d'un œil intensifie le stimulus total envoyé au système nerveux central par la perception de l'autre œil ; dans une telle visée, les stimuli envoyés par les deux yeux sont plus naturels que ceux envoyés par un seul.
6. Tous les mouvements du globe oculaire, ainsi que le maintien de sa position fixe lorsque le regard est fixé sur un objet, sont assurés par trois paires de muscles oculaires. Pendant que les yeux travaillent — y compris lors de la visée — ces muscles sont animés d'une vibration ou d'un frémissement léger et imperceptible. Par exemple, lorsqu'un tireur vise en tournant la tête vers le bas et vers la droite, le globe oculaire tourne respectivement vers le haut et vers l'intérieur ; il est alors maintenu dans la position la moins souhaitable, qui exige le travail combiné et intensifié des trois groupes musculaires (figure 8). Quand les muscles oculaires se fatiguent, le tremblement involontaire du globe augmente nettement, ce qui diminue la précision de la visée. Le tireur doit donc accorder une grande attention à la position de sa tête lors du tir : il doit choisir la position dans laquelle la tête est la plus naturelle, avec le moins d'inclinaison, afin de ne pas regarder la cible sous ses sourcils ou de côté — ce qui entraînerait une fatigue rapide des muscles oculaires et, par conséquent, une baisse de la précision.
Le tireur s'intéresse principalement au degré de sensibilité différenciatrice de l'œil et à l'acuité visuelle qui en résulte, ainsi qu'au degré de précision de visée que l'œil peut garantir.
1. Fondamentalement, la netteté de la vision dépend des propriétés physiques de l'anatomie de l'œil. L'état physique de l'œil détermine principalement la précision, plus ou moins grande, de l'image d'un objet sur la rétine. Ces conditions anatomiques et physiologiques déterminent notre capacité à voir l'objet ; la netteté de l'image sur la rétine est l'impression reçue par le cerveau.
2. La netteté de la vision est généralement définie par l'espace minimum que nous pouvons distinguer entre deux objets. Pour que cet espace soit visible, il faut qu'au moins un élément rétinien se trouve, entre les images de ces deux points, pour être stimulé. Ainsi, la netteté normale de la vision est généralement considérée comme celle à partir de laquelle l'œil distingue deux points vus sous un angle d'une minute.
3. Cependant, les dimensions anatomiques des éléments rétiniens (bâtonnets et cônes) ne déterminent pas à elles seules la limite de l'acuité visuelle ; celle d'un œil normal peut être considérablement supérieure à la norme médicale. Des travaux de recherche ont montré que l'acuité visuelle moyenne d'un œil humain normal, à cent mètres sous un éclairage normal, peut distinguer des objets séparés dans la limite de 40 minutes angulaires. Cela signifie que l'œil normal peut distinguer assez nettement, par exemple, un espace de 0,1 pouce entre le côté du guidon et la surface intérieure verticale de l'encoche de la hausse, sur un viseur de pistolet, à une distance d'un mètre (la distance approximative entre l'œil et le guidon). Mais l'œil d'un tireur expérimenté peut distinguer un espace bien plus petit : un certain nombre d'expériences attestent la plus grande finesse de vision d'un tireur entraîné — par exemple, l'espace vertical entre le guidon et la hausse, sur un fond blanc, peut être discerné jusqu'à la largeur infime de 0,01 pouce.
4. De nombreuses expériences confirment que la netteté de la vision peut être considérablement augmentée par l'exercice. Cette amélioration s'obtient par la recherche de nouveaux indices, de nouveaux critères de reconnaissance de la forme des objets. Un tel indice est, pour les tireurs, leur sens très développé de la symétrie et leur mémoire visuelle.
5. Mémoire visuelle. Pour obtenir la symétrie, une mémoire visuelle de l'alignement correct de la visée — avec la relation symétrique entre les organes de visée (guidon et hausse), à savoir une quantité d'espace égale de chaque côté et la planéité de leur surface horizontale — doit être ancrée dans l'esprit et jamais violée. Aucun coup ne doit être tiré sans une image parfaite. Tous ces facteurs, joints à une acuité visuelle existante, permettront une visée précise et cohérente, et donc la précision du tir.
6. Déclenchement du tir. Le déclenchement précis d'un tir dépend du rappel exact de l'image mentale de l'alignement des organes de visée au moment du tir. Comme on l'a montré, une erreur d'alignement de 1/100ᵉ de pouce entraîne une erreur d'environ 3 pouces par rapport au centre de la cible à 50 mètres. La conscience aiguë du moindre degré d'erreur d'alignement est une exigence absolue d'un tir précis, et fait appel à une mémoire visuelle claire. L'écrasante majorité des tireurs cherchent à voir le guidon nettement, acceptant ainsi le flou de la cible. Avec le temps et une pratique régulière, l'œil développe la capacité d'obtenir la même relation spatiale entre le guidon et la hausse, et peut, de plus en plus souvent, positionner la visée uniformément au centre de la zone de visée floue. Finalement, le tireur développe ses facultés visuelles au point que l'œil accomplit l'acte de viser automatiquement et qu'il peut lâcher son coup sans erreur.
7. Changement du degré de précision. Lorsque l'œil effectue un travail intense, non seulement son appareil moteur, mais aussi son appareil photosensible voient leur efficacité réduite. Quand le regard est fixé sur un objet, l'œil possède sa plus grande acuité pendant les premières secondes, après quoi la netteté de l'image sur la rétine diminue progressivement. Le tireur ne doit donc pas se laisser captiver par une visée trop prolongée car, après 12 à 16 secondes, son œil cesse de remarquer certaines imprécisions de visée : s'appuyant sur l'hypothèse erronée que le guidon et la hausse sont correctement en relation l'un avec l'autre, le tireur commet de graves erreurs sans s'en apercevoir, et ne sait donc pas pourquoi elles ont été commises.
Pour la section sur la réponse de l'œil à la lumière (contraste, adaptation, irradiation) :
√L (limite quantique).