Le recul d'une arme à feu est le mouvement de recul vers l'arrière provoqué par le départ du coup. Pour le tireur, le recul est à la fois une contrainte mécanique à gérer pour la stabilité et la répétabilité du tir, et une composante physiologique influençant le confort et la précision.
Pour bien comprendre ce phénomène, il faut distinguer le recul physique (mesurable objectivement sous forme de vitesse, de quantité de mouvement et d'énergie cinétique) et le recul ressenti (subjectif, dépendant de l'ergonomie, du temps de transfert de la force et de la sensibilité individuelle).
Le principe fondamental qui régit le recul rectiligne d'une arme est la conservation de la quantité de mouvement (découlant de la troisième loi de Newton : action-réaction).
Dans le cadre d'un modèle simplifié (recul libre), on considère le système formé par l'arme, le projectile et les gaz de combustion comme un système isolé. Avant le tir, la quantité de mouvement totale du système est nulle. Par conséquent, elle doit le rester tout au long du tir :
$$P_{\text{total}} = 0 \implies m_{\text{arme}} \cdot v_{\text{recul}} + m_{\text{balle}} \cdot v_{\text{balle}} + m_{\text{gaz}} \cdot v_{\text{gaz}} = 0$$
D'où la vitesse de recul théorique de l'arme :
$$v_{\text{recul}} = - \frac{m_{\text{balle}} \cdot v_{\text{balle}} + m_{\text{gaz}} \cdot v_{\text{gaz}}}{m_{\text{arme}}}$$
Où :
Les gaz de combustion générés par la poudre ne s'arrêtent pas à la bouche du canon ; ils s'échappent à très haute vitesse derrière le projectile, agissant à la manière d'un moteur-fusée. C'est l'impulsion des gaz.
En balistique pratique (normes SAAMI), la vitesse moyenne des gaz $v_{\text{gaz}}$ est estimée à partir de la vitesse de la balle en lui appliquant un coefficient multiplicateur traduisant la détente rapide des gaz légers et chauds :
La vitesse de recul acquise permet de calculer l'énergie cinétique de recul de l'arme, qui quantifie le travail mécanique que le tireur ou le support devra absorber pour stopper l'arme :
$$E_{\text{recul}} = \frac{1}{2} m_{\text{arme}} \cdot v_{\text{recul}}^2$$
L'influence déterminante de la masse de l'arme. Par substitution, on constate que l'énergie cinétique de recul varie de manière inversement proportionnelle à la masse de l'arme : $$E_{\text{recul}} = \frac{(m_{\text{balle}} \cdot v_{\text{balle}} + m_{\text{gaz}} \cdot v_{\text{gaz}})^2}{2 \cdot m_{\text{arme}}}$$ Ainsi, doubler la masse de l'arme divise la vitesse de recul par 2, mais divise l'énergie de recul par 4. C'est la raison pour laquelle les armes de précision pour le tir à longue distance ou le benchrest sont volontairement lourdes.
Considérons une carabine de précision de calibre .308 Win :
1. Calcul de la quantité de mouvement (impulsion) : $$I = m_{\text{balle}} \cdot v_{\text{balle}} + m_{\text{gaz}} \cdot v_{\text{gaz}}$$ $$I = (0,01089 \cdot 800) + (0,00285 \cdot 1200) = 8,71 + 3,42 = 12,13 \text{ N}\cdot\text{s}$$ (Remarque : l'éjection des gaz représente à elle seule environ 28 % de l'impulsion totale de recul).
2. Vitesse de recul de l'arme : $$v_{\text{recul}} = \frac{12,13 \text{ N}\cdot\text{s}}{4,5 \text{ kg}} \approx 2,70 \text{ m/s}$$
3. Énergie cinétique du recul : $$E_{\text{recul}} = \frac{1}{2} \cdot 4,5 \cdot (2,70)^2 \approx 16,4 \text{ Joules}$$
Le relèvement (le fait que le canon pivote vers le haut lors du tir) n'est pas un recul direct, mais un effet de rotation secondaire dû à la géométrie de l'arme.
Sur la grande majorité des armes, l'axe du canon (ligne de force du recul) ne passe pas par le point d'appui de la crosse sur l'épaule du tireur, ni par le centre de gravité de l'arme. Il existe une distance verticale appelée bras de levier ($h_{\text{offset}}$).
La force de recul $F(t)$ s'exerçant le long du canon engendre donc un couple de rotation (torque) autour du point de pivot :
$$\tau(t) = F(t) \cdot h_{\text{offset}}$$
Ce couple communique à l'arme une accélération angulaire qui fait pivoter la bouche vers le haut. C'est ce couple de relèvement qui excite les vibrations harmoniques du canon étudiées dans le cadre de l'accord de bouche (voir les pages Tuners & vibrations et modélisation couplée).
Pour limiter ou éliminer ce couple de relèvement, les concepteurs d'armes modernes alignent le point d'appui de la crosse directement dans l'axe de l'âme du canon ($h_{\text{offset}} \approx 0$).
Dans la communauté du tir aux armes à air (PCP - Pre-Charged Pneumatic), l'absence de combustion de poudre amène souvent à penser que ces armes sont dépourvues de recul physique. C'est un abus de langage.
Bien qu'il n'y ait pas de détonation chimique, la loi de conservation de la quantité de mouvement s'applique de manière identique :
Une étude approfondie (détaillée dans le script pcp_vs_firearm.jl) montre que :
Plusieurs solutions mécaniques permettent de réduire la force ou l'énergie du recul transmise au tireur :
Le frein de bouche utilise l'énergie cinétique des gaz à la sortie du canon. En déviant ces gaz latéralement et vers l'arrière à travers des évents inclinés, il crée une force de poussée vers l'avant (principe de l'inversion de poussée).
En confinant et en ralentissant la détente des gaz à la bouche, le silencieux étale la libération de leur quantité de mouvement sur un temps beaucoup plus long. Le pic de force de recul est aplati, ce qui adoucit significativement le recul ressenti par le tireur.
Ces dispositifs (plaques de couche en gel, amortisseurs hydrauliques, systèmes de culasse mobile) ne modifient pas la quantité de mouvement totale du système, mais en allongent la durée d'application ($\Delta t$). Selon le principe de l'impulsion : $$I = \int F(t) , dt \approx F_{\text{moyenne}} \cdot \Delta t$$ En augmentant $\Delta t$, la force moyenne $F_{\text{moyenne}}$ subie par l'épaule du tireur diminue, rendant le recul beaucoup plus supportable.
Sur le plan de la technique de tir, le recul est le principal inducteur de défauts de lâcher.
Le cerveau humain, associant le départ du coup à une détonation et à un choc physique, développe un réflexe d'autodéfense. Le tireur contracte inconsciemment ses muscles de l'épaule et du poignet une fraction de seconde avant le départ du coup pour “combattre” le recul à venir.