Le tireur vise avec un œil qui vieillit. Vers la cinquantaine, le guidon devient flou alors que la cible reste nette ; il faut alors choisir ce qu'on corrige, et comment, sans sortir du règlement. Cette page traite de ce qui change avec l'âge et de ce qui se corrige : la presbytie, les verres de tir, les lentilles, l'œil opéré, l'œillère — et la protection des yeux, que le règlement n'impose pas partout.
L'œil lui-même — anatomie, adaptation à la lumière, taille de la pupille, œil directeur, visée les deux yeux ouverts — est décrit sur L'œil et la visée ; cette page y renvoie au lieu de le répéter.
Pour voir net un objet à la distance d (en mètres), l'œil doit ajouter 1/d dioptrie à sa puissance de repos : c'est l'accommodation (voir L'œil et la visée).
| Ce qu'on regarde | Distance (exemple) | Accommodation demandée |
|---|---|---|
| Cible à 25 m | 25 m | 0,04 D |
| Cible à 10 m | 10 m | 0,10 D |
| Guidon d'un fusil ou d'une carabine longue | 1,00 m | 1,00 D |
| Guidon d'une carabine de match | 0,85 m | 1,18 D |
| Guidon d'un pistolet, bras tendu | 0,70 m | 1,43 D |
| Lecture | 0,40 m | 2,50 D |
Les distances sont des exemples : chacun mesure la sienne, de l'œil au guidon, en position de tir.
L'amplitude d'accommodation — ce que l'œil peut ajouter au plus — diminue avec l'âge. Les données classiques de Donders, de Duane et de Hofstetter montrent une baisse presque linéaire d'environ 0,3 dioptrie par an, depuis un maximum vers 10 ans jusqu'à à peu près zéro vers 60 ans [1]. Avec cette pente, l'amplitude n'est plus que de 3 D vers 50 ans et de 1,5 D vers 55 ans : le guidon d'un pistolet, qui en demande 1,4, cesse alors de pouvoir être vu net du tout, et bien avant ce seuil, tenir cet effort pendant toute une série fatigue. C'est la presbytie ; elle n'épargne personne, mais son calendrier varie d'un individu à l'autre — une revue récente relève des presbyties précoces, avant 40 ans [1].
La cible, elle, reste nette : elle ne demande presque rien. C'est ce qui rend la presbytie si propre au tir : l'image se dégrade précisément sur l'organe de visée qu'il faut voir le plus net.
Un verre convexe ajoute de la puissance à l'œil : un verre de +P dioptries fait à la place de l'œil une partie de l'accommodation. Pour voir net le guidon, il faut que l'accommodation qui reste à fournir tienne confortablement dans l'amplitude de l'œil. D'où deux conséquences :
Le dioptre à iris réglable aide aussi : en fermant l'ouverture, il augmente la profondeur de champ, et le guidon comme la cible gagnent en netteté, au prix de la lumière (voir L'œil et la visée et La visée au dioptre). La pupille rétrécit elle aussi avec l'âge.
Ce que prévoit le règlement de l'ISSF [3], discipline par discipline :
| Question | Carabine | Pistolet | Plateau | Texte (ISSF 2026) |
|---|---|---|---|---|
| Verre correcteur | une seule lentille correctrice, fixée à l'extérieur du dioptre ; ou lunettes, verres correcteurs ou teintés | lunettes, verres correcteurs, filtres ou verres teintés portés par le tireur ; rien fixé sur l'arme | — | art. 7.4.1.6 ; 8.4.1.2 |
| Lentilles de contact, cristallin artificiel | admis (« essentiels pour voir normalement ») | — | — | art. 7.4.1.6 |
| Œillère devant l'œil qui ne vise pas | 30 mm de large au plus, pour tous | idem | idem | art. 6.7.8.2 |
| Œillère sur la carabine ou le dioptre | 30 mm de profondeur au plus (cote A du schéma), et pas plus de 100 mm du centre de l'œilleton, du côté de l'œil qui ne vise pas ; jamais du côté de l'œil qui vise | — | — | art. 7.4.1.6 |
| Œillères latérales | — | — | admises, 60 mm de profondeur au plus, en plastique | art. 6.7.8.1 |
| Protection des yeux | non imposée | non imposée | obligatoire pour les tireurs, les arbitres et les officiels des épreuves de plateau | art. 6.2.6 ; règles du plateau |
Deux précisions de l'article 7.4.1.6 : la carabine peut recevoir un prisme ou un miroir pour épauler à droite en visant de l'œil gauche, à condition qu'il ne grossisse pas ; et l'interdiction de tout système grossissant ne vise pas la correction de la vue. Pour les autres disciplines et les concours nationaux ou de club, c'est le règlement de l'organisateur qui fait foi.
Les règlements ne disent pas tous la même chose [3] [4] :
Les règlements de stand et de club peuvent l'imposer ailleurs, et c'est prudent partout. Les dangers ne sont pas les mêmes que ceux qu'on imagine : non pas la balle, contre laquelle aucune lunette ne protège, mais la douille éjectée, les éclats de plomb ou de cible, les gaz et résidus d'une arme semi-automatique, le ricochet d'un plomb d'air comprimé.
La norme européenne des protecteurs de l'œil, EN 166, marque la résistance mécanique d'un verre par une lettre. Les essais, tels que les décrit un fabricant [2] :
| Marquage | Essai | Énergie |
|---|---|---|
| S | bille d'acier de 43 g (22 mm) à 5,1 m/s | 0,56 J |
| F | bille d'acier de 0,86 g (6 mm) à 45 m/s | 0,87 J |
| B | même bille à 120 m/s | 6,2 J |
| A | même bille à 190 m/s | 15,5 J |
Des lunettes de vue ordinaires ne sont pas des protecteurs certifiés : sans marquage EN 166, rien ne dit ce qu'elles supportent. La correction et la protection peuvent se combiner — verres correcteurs sur une monture de protection, ou surlunettes portées par-dessus les lunettes de vue — à condition que l'ensemble porte le marquage.
Cet article a fait l'objet d'une vérification factuelle : voir la fiche de vérification.