Fiche de traçabilité de Le fusil Lebel Mle 1886, Le Karabiner 31 et Le fusil Mosin-Nagant. Trois armes de la même génération — l'entrée des armées européennes dans la poudre sans fumée — mais, contrairement aux dossiers précédents, trois pages sans auteur commun et qui ne se citent guère. Le contrôle croisé y était donc faible ; il a fallu davantage de sources extérieures. Voir la méthode.
Les faits répétés ont été tabulés d'abord, comme sur les dossiers précédents. Sur le Mosin, la page contient elle-même un grand tableau dimensionnel : chaque affirmation chiffrée du texte courant a été confrontée à ce tableau plutôt qu'à l'extérieur. C'est ce qui a livré la seule erreur numérique du dossier.
La page du K31 explique deux fois, à deux paragraphes de distance, d'où vient la précision de l'arme — et les deux explications ne disent pas la même chose.
Le premier passage est exact : le Modèle 1889 avait ses tenons de verrouillage à l'arrière du manchon, et c'est la refonte de 1896 qui les a portés à l'avant, disposition dont le K11 hérite déjà. Le second passage attribuait pourtant ce même déplacement au K31 lui-même, « au lieu d'être à l'arrière comme sur les modèles antérieurs » — ce qui est faux du K11, et que la page contredisait de sa propre main deux phrases plus loin en rappelant que « le verrouillage avant du K31 ne date pas de 1931 ».
Un lecteur ne pouvait pas trancher. Le mérite réel du K31 n'est pas un mode de verrouillage inédit mais le raccourcissement de toute la culasse, et il se lit dans les cotes que la page donnait déjà sans les rapprocher : à longueur hors tout pratiquement identique (~1,10 m), le K31 loge un canon de 652 mm là où le K11 se contentait de 592 mm. Soixante millimètres de canon gagnés sans allonger l'arme — voilà la réponse au cahier des charges de 1929, cité plus haut sur la même page.
La refonte a été portée par l'ingénieur Adolf Furrer, que la page ne nommait pas : elle observait justement que l'arme dite « Schmidt-Rubin » repose sur une action redessinée, sans dire par qui. Schmidt et Rubin étaient morts respectivement en 1898 et 1920.
Le titre de section donnait le M39 finlandais comme le « Pystykorva », tandis que la légende de sa propre photographie, quinze lignes plus bas, l'appelait « Ukko-Pekka ».
Ukko-Pekka est le surnom propre au M39 — le sobriquet finnicisé du président Pehr Evind Svinhufvud. Pystykorva (« oreilles droites », le spitz finlandais) désigne d'abord le M27, premier modèle à recevoir le guidon protégé par deux oreilles dressées, et s'applique par extension à tous les Mosin finlandais ainsi équipés. Il n'est donc pas faux appliqué au M39, mais il ne lui appartient pas en propre — et surtout, la page ne pouvait pas donner les deux comme s'il s'agissait du même nom.
Sur l'amorçage corrosif, la page posait : « Toutes les munitions militaires de surplus en 7,62×54R sont corrosives, quelle que soit l'année ou le pays de fabrication […] le surplus « non corrosif » en 7,62×54R n'existe pas. »
La conduite recommandée est la bonne. L'énoncé, lui, est faux comme loi : il existe des productions non corrosives dans ce calibre, notamment chinoises tardives, et l'ensemble des munitions commerciales actuelles le sont. Le risque d'un absolu de cette forme est connu : le tireur qui rencontre un seul contre-exemple cesse de croire tout l'avertissement, y compris la partie qui le protège.
Le passage énonce désormais la même conduite avec la raison qui la fonde — la production du bloc de l'Est est corrosive à peu près sans exception, rien sur l'étui ne permet de trancher, et l'asymétrie des conséquences (un canon perdu contre un nettoyage inutile) décide seule. La consigne pratique est inchangée.
| Affirmation d'origine | Correction |
|---|---|
| Mosin — versions de cavalerie « raccourcies d'environ 6 cm » | ~7 cm de canon (80,0 → 73,0) et 7,5 cm hors tout : les cotes figurent dans le tableau comparatif de la page elle-même, qui place Dragon et Cosaque sur la ligne du M91/30 |
| Lebel — balle D « entièrement en bronze » et « adoptée massivement » | Laiton massif (90/10), 12,8 g. Et la formule était trop modeste : c'est la première balle à la fois spitzer et bi-ogivale mise en service par une armée, toutes nations confondues |
| Lebel — le « D » de balle D, non expliqué | Le capitaine Desaleux, de l'Atelier de Puteaux, déjà membre de la commission de 1886 |
| Lebel — « adopté en avril 1887 », sans que l'écart avec le millésime 1886 soit expliqué | Précisé : note ministérielle du 22 avril 1887, le millésime étant celui de la commande |
| K31 — pression C.I.P. de 3 800 bar donnée sèchement | La page dédiée à la cartouche porte une réserve explicite (valeur de source secondaire, non vérifiée en table C.I.P.) ; la réserve avait disparu en changeant de page, elle y est rappelée |
Le Lebel a bien été adopté en avril 1887, ce que j'ai failli corriger en 1886 par cohérence avec son nom. La note ministérielle est du 22 avril 1887 ; le millésime renvoie à la commande de Boulanger. Encore une désignation prise pour une date — le piège déjà rencontré sur l'armurerie américaine, cette fois dans le sens où la page avait raison.
L'interrupteur-éjecteur du Mosin est bien attribué à Mossine, contrairement à ce que la lecture courante du nom composé laisse attendre. Les sources consultées indiquent que le fusil proposé par Nagant en était dépourvu et multipliait les incidents d'alimentation, et que la commission a repris la pièce de Mossine ; la contribution de Nagant tient à la lame-chargeur et à la fixation du ressort de magasin. La page était juste, et sa formulation — l'interrupteur résout un problème propre au système d'alimentation Nagant — est la bonne. L'attribution reste néanmoins historiquement disputée : voir plus bas.
Tiennent également, vérifiés ou recoupés :
PUOLUSTUSLAITOS en 1942, le millésime 1915 uniforme des Westinghouse. La page les tient d'une référence spécialisée et les présente pour certains au conditionnel.