Le fusil semi-automatique FN modèle 1949, appelé SAFN, FN 49 ou, à l'origine, FSAI (Fusil Semi-Automatique d'Infanterie), est un fusil d'infanterie à emprunt de gaz dessiné par Dieudonné Saive et fabriqué par la Fabrique Nationale d'armes de guerre, à Herstal. La fabrication de série va de 1949 à 1956 ; des fusils sont encore assemblés avec des pièces existantes jusqu'en 1970 [1]. Neuf contrats en ont absorbé un peu plus de 176 000, en quatre calibres, et la Belgique en a pris la moitié, en .30-06. L'armée belge en distingue deux modèles, le SA/FN .30 et l'A/FN .30, qui tire aussi en rafale [3].
| Grandeur | Manuel belge G 217 [3] | Notice FN [6] |
|---|---|---|
| Masse de l'arme | 4,300 kg | 4,300 kg |
| Masse avec bretelle, nécessaire de nettoyage, magasin plein et baïonnette | 5,240 kg | — |
| Longueur sans baïonnette | 1,125 m | 1,110 m |
| Longueur avec baïonnette | 1,345 m | — |
| Canon | 4 rayures à droite | 590 mm ; 0,920 kg seul |
| Magasin | 10 cartouches | 10 cartouches |
| Organes de visée | œilleton et guidon ; hausse à curseur graduée de 100 à 1 000 m | — |
| Cadence de tir | ± 20 coups/min en semi-automatique ; ± 450 coups/min (vitesse théorique) en automatique | — |
Pour la cartouche à balle ordinaire de .30, le manuel donne une balle de ± 11 g (environ 170 grains), une cartouche de 24 g, une vitesse initiale de ± 830 m/s et une flèche de 1,70 m pour un tir à 650 m [3].
Saive construit trois prototypes à court recul du canon (1927, 1929-1930, 1930-1931), puis passe à l'emprunt de gaz en 1936-1937. L'invasion de mai 1940 arrête la Fabrique Nationale ; à l'été 1941, Saive quitte clandestinement la Belgique avec les plans, par la France, l'Espagne et le Portugal, et gagne l'Angleterre en septembre. Le gouvernement britannique y prend à sa charge le développement d'une version en 7,92 mm : cinquante fusils d'essai EXP 1, puis quatre modèles de la FN, « A » à « D », en 1946. Le modèle « D » devient le FN 49. Les Britanniques abandonnent le projet en février 1947, et la FN achève le fusil pour le proposer aux armées étrangères [1].
| Contrat | Fabrication | Calibre | Fusils | Mode de tir |
|---|---|---|---|---|
| Belgique | 1950-1953, puis petites livraisons jusqu'en 1959 | .30-06 | ≈ 88 000 | probablement sélectif en grande majorité ; nombre exact non publié |
| Égypte | 1949 à 1952 environ | 7,92 × 57 | 37 602 | semi-automatique |
| Indonésie | 1951-1953 | .30-06 | 16 100 (commandés) | semi-automatique |
| Brésil | 1953-1956 | .30-06 | 11 002 | semi-automatique |
| Venezuela | commandes de 1949 et 1950 | 7 × 57 | 8 012 | semi-automatique |
| Luxembourg | 1951-1953 | .30-06 | 6 306 | semi-automatique, puis sélectif pour les 2 000 derniers environ |
| Argentine | 1953-1955 | 7,65 × 53 | 5 536 | semi-automatique |
| Congo belge | 1951-1953 | .30-06 | 2 795 | sélectif |
| Colombie | 1952-1953 | .30-06 | 1 000 | semi-automatique |
| Total | 176 353 |
Ces nombres sont des estimations : la FN et les États acheteurs n'ont pas publié leurs chiffres de production, et les auteurs les ont reconstitués à partir des numéros de série observés et des commandes connues [1]. La .30-06 représente 71 % du total. Vers 1970, l'Argentine a fait passer ses fusils en 7,62 × 51 OTAN, avec un canon neuf et un magasin amovible de 20 cartouches [1].
Le manuel G 217 distingue deux fusils : le SA/FN .30, semi-automatique, et l'A/FN .30, automatique. Ils diffèrent par des pièces de fabrication — corps de carcasse, glissière, corps de sous-garde, chien, crochet postérieur de détente — et « le nombre de SA/FN .30 en service est très peu élevé » [3]. La nomenclature de l'édition anglaise de la notice FN donne la même liste : pour la version automatique, elle remplace le corps de carcasse, la glissière, la sous-garde, le chien, la gâchette auxiliaire et la crosse, et ajoute la gâchette d'automaticité, son ressort et le levier de tir, muni d'une vis de blocage [6].
L'A/FN porte un levier de tir sur le côté gauche de la sous-garde, face aux repères « A » (automatique) et « SA » (semi-automatique). En service, ce levier est « bloqué par vissage » face au repère SA, et le tir automatique est « interdit en temps de paix » : le manuel le déconseille aussi en temps de guerre, le canon se relevant trop en rafale. Le régime normal de l'arme est le coup par coup, pour le tir de précision jusqu'à 400 m [3].
La carcasse porte les armoiries de Léopold III, puis, à partir du milieu de la production, celles de Baudouin. Les fusils belges ont servi en Corée avec le contingent de l'ONU (1951-1955) et au Congo en 1960 ; remplacés par le FAL au milieu des années 1960, ils passent en réserve, puis sont proposés aux surplus à partir de 1970 environ [1].
L'armée belge commande 362 fusils de tireur d'élite en 1952 : des fusils de série, équipés à Herstal d'un appui-joue ambidextre en noyer et d'une lunette OIP de grossissement 4 sur un montage ECHO, sans sélection des armes les plus précises ni marquage distinctif [1]. Le Luxembourg en commande 203 la même année, le Congo belge 185 en 1954 [1].
Le chapitre 9 du G 217 décrit cette lunette [3] :
La lunette porte la « portée pratique » du fusil de 400 à 800 m. Une fois montée, elle interdit le chargement par lames-chargeurs : le tireur charge cartouche par cartouche, avec l'arrêtoir manuel de glissière. Le fusil reçoit encore un appui-joue vissé ou une guêtre lacée, et une bretelle de cuir en deux parties [3].
Le fusil tire à culasse fermée. Les gaz sont prélevés en un point du canon « suffisamment avancé » pour que la pression dans la chambre soit tombée avant le déverrouillage [6] ; le déverrouillage n'est possible qu'après la sortie de la balle [3]. Le piston, logé dans un court cylindre au-dessus du canon, pousse la glissière [6], qui déverrouille le verrou et l'entraîne vers l'arrière. Ce verrou monobloc se verrouille vers le bas, à l'arrière du magasin [6]. L'éjection se fait vers la droite et vers l'avant [6].
Après avoir poussé le piston, les gaz s'échappent par une fente sur le dessus du cylindre, l'évent d'échappement. Grand ouvert, cet évent laisse trop peu de pression sur le piston pour faire fonctionner l'arme. Une bague régulatrice vissée autour du cylindre le referme : plus on la visse, plus la poussée sur le piston augmente [6]. La FN en donne le principe : n'admettre que la quantité de gaz « strictement nécessaire » au fonctionnement, en tenant compte des conditions atmosphériques et des caractéristiques de la cartouche ; l'encrassement en est réduit d'autant [6]. Le réglage est fait par le fabricant au montage, et la bague est placée sous le garde-main pour que le soldat n'y touche pas ; l'armurier le refait au besoin, pour un lot de munitions particulier ou un climat très différent [6].
Le G 217 donne la marche à suivre (§ 69), avec la clé de réglage du nécessaire de nettoyage [3] :
Les tables d'incidents en donnent les signes. Une douille éjectée normalement tombe à environ 3 m de l'arme [6]. Une éjection trop violente vient d'un évent encrassé, qu'on nettoie sans toucher à la position de la bague [6]. Un mécanisme qui se referme sans prendre de cartouche manque de gaz : on ferme la bague [3]. Une douille extraite mais non éjectée peut venir d'un réglage fait pour des cartouches d'une autre fabrication [6].
Le réglage dépend donc de la munition. La pression qui règne à l'évent au passage de la balle, et la manière dont poudre et balle la font varier, sont traitées sur la page de la .30-06.
Le G 217 décrit deux sûretés internes, qui rendent la percussion impossible tant que la glissière n'est pas à fond de course avant [3] :
Sur l'A/FN, la gâchette d'automaticité retient en outre le chien jusqu'à la fin de la fermeture, en semi-automatique comme en automatique : le manuel la tient pour une sécurité supplémentaire [3]. La FN conclut qu'« une percussion accidentelle est donc rendue matériellement impossible » [6].
Le percuteur est « en 2 parties » et a son ressort [3] ; la notice de la FN le remonte « sous l'action de son ressort » [6]. La notice range son remplacement, comme celui de l'éjecteur et de l'extracteur, parmi les travaux de l'armurier de l'unité [6]. Ni le manuel ni la notice ne traitent de la sensibilité des amorces. CCI présente son amorce n° 34 comme fabriquée selon des spécifications militaires et conçue pour les cartouches de 7,62 ; la page du fabricant ne dit rien de sa dureté ni des départs au chambrage [5].
En cas de raté de percussion, le G 217 demande d'attendre 20 secondes avant d'ouvrir le mécanisme ; la notice de la FN dit « quelques secondes » [3][6].
L'œilleton est porté par une hausse à curseur graduée de 100 à 1 000 m ; le guidon est interchangeable. Le manuel en liste 33 hauteurs, numérotées de 4,6 à 7,8 de dixième en dixième de millimètre ; le numéro est frappé sur une face du guidon. Le réglage est confié à l'armurier, sur les indications de l'instructeur, après des tirs de groupement [3].
Les deux règles supposent la même longueur de ligne de mire : 0,1 mm pour 1,6 cm et 0,5 mm pour 8 cm à 100 m donnent l'une et l'autre 625 mm.
Au tir aux armes d'ordonnance de l'URSTB-F, le SAFN concourt dans la catégorie 10.2.2, « fusil semi-automatique fabriqué avant 1950 » [8]. Sa fiche technique demande la visée d'origine (« tout autre type de visée » le classe en « modifié »), montre une bretelle de toile à crochets de laiton, et donne une masse de 4,3 kg et trois calibres : .30-06 Springfield, 8 × 57 JS et 7,65 × 53 [8]. La 7 × 57 des fusils vénézuéliens n'y figure pas, alors que l'article 5.1 demande le calibre originel de l'arme [8]. La bretelle de cuir du G 217 est celle du fusil de tireur d'élite.
L'article 3.3 du règlement exclut le tir avec le bouchon sur « R » : « Les armes semi-automatiques devront fonctionner comme telles. Le chargement type « répétition » est interdit ; le système d'emprunt des gaz devra être opérationnel. » Le magasin reçoit de 5 à 10 cartouches (art. 3.4) [8]. Les conditions du match sont détaillées sur la page de la discipline.
Le Code de la sécurité intérieure (art. R311-2) range en catégorie B (autorisation) les armes d'épaule semi-automatiques à percussion centrale d'une capacité supérieure à 3 coups et n'excédant pas 11 coups (II, 2°, a) : c'est le cas du SA/FN [7]. Il range en catégorie A1 (interdites) les « armes à feu à répétition automatique transformées en armes à feu à répétition semi-automatique, en armes à feu à répétition manuelle ou en armes à feu à un coup » (I, rubrique 1, 11°) : un A/FN privé de son levier y entre [7].
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