On ne choisit pas une poudre dans l'absolu, mais parmi celles pour lesquelles un fabricant publie une charge pour sa cartouche et son poids de balle. La vivacité, la forme des grains, la base et la densité apparente expliquent pourquoi telle poudre convient à telle cartouche ; elles ne permettent pas de composer une charge. Les charges citées ici servent à comparer des poudres, pas à être chargées.
Les poudres se classent de la plus vive à la plus lente. Western Powders précise que l'expression anglaise burn rate est trompeuse : toutes les poudres d'armes légères se consument en quelques microsecondes sous pression. Le classement exprime la vitesse à laquelle la poudre atteint son pic de pression, et la durée de ce pic : court et rapide pour les poudres de pistolet et de fusil de chasse, plus long pour les poudres de carabine.
Une poudre trop vive pour la cartouche fait monter la pression trop tôt. Le cas extrême est l'erreur de bidon : quelques grains de poudre de pistolet suffisent à une .38 Special, et la même poudre versée dans un étui de carabine provoque une surpression grave.
La SAAMI distingue trois formes, que reprennent les guides des fabricants :
| Forme | Description | Exemples |
|---|---|---|
| Lamelles ou disques | fines plaquettes circulaires | Vectan A1, AS, A0 |
| Cylindres | bâtonnets pleins ou percés d'un canal | Vectan Ba et Tubal ; Vihtavuori 20N29 et 24N41 (grains de 2,3 mm sur 1,3 mm) |
| Sphères | grains ronds ou aplatis | Ramshot True Blue et Hunter, Vectan Sp |
La forme agit sur la manière dont la poudre coule dans un doseur. Hodgdon présente la Ramshot Hunter, sphérique, comme une poudre qui « s'écoule » assez bien pour être dosée avec précision.
Une poudre simple base est faite de nitrocellulose ; une poudre double base y ajoute de la nitroglycérine. Selon la page technique de la gamme Ramshot chez Hodgdon, les simple base sont plus sensibles à l'humidité, surtout en lamelles, alors que la nitroglycérine « scelle » le grain des double base. La sensibilité à la température dépend surtout de la formulation et du traitement de surface : voir Stabilité thermique des poudres.
À masse égale, deux poudres n'occupent pas le même volume. Vihtavuori publie la densité apparente de chacune de ses poudres : de 550 à 730 g/l pour sa gamme de pistolet, de 800 à 970 g/l pour ses poudres de carabine. Un doseur mesure un volume, une balance une masse : changer de poudre impose de régler à nouveau le doseur à la balance. La densité commande aussi la visibilité d'une double charge (section 4).
Chaque fabricant publie un tableau qui range ses poudres et celles des autres marques par vivacité. Tous préviennent que ce classement est approximatif, et trois disent en toutes lettres qu'il ne sert pas à composer une charge :
Deux poudres voisines dans un tableau peuvent donc demander des charges différentes. Les fabricants en tirent la même règle : ne jamais substituer une poudre à une autre, ne jamais mélanger deux poudres, et ne charger qu'avec des données publiées pour la poudre employée.
Hodgdon publie dans son manuel de 2024 des charges pour ses propres poudres et pour celles de la marque IMR, dont plusieurs portent le même numéro. Comparées ligne à ligne, pour la même cartouche, la même balle et la même longueur de cartouche, leurs charges maximales diffèrent :
| Paire | Lignes comparées | Écart médian de la charge maximale | Étendue |
|---|---|---|---|
| H4895 → IMR 4895 | 176 | +3,5 % | −3,6 à +11,9 % |
| H4350 → IMR 4350 | 186 | +0,8 % | −6,5 à +9,5 % |
| H4831 → IMR 4831 | 169 | −3,5 % | −9,8 à +2,9 % |
En .30-06 avec une balle Hornady de 190 grains, la charge maximale publiée est de 61,0 gr de H4831 et de 55,0 gr d'IMR 4831. Une charge maximale de H4831 versée avec de l'IMR 4831 dépasse donc de 11 % la charge maximale de cette poudre.
La règle vaut aussi pour une même poudre d'un lot à l'autre : Vihtavuori demande de reprendre le développement à la charge de départ quand on change de lot.
Les poudres PCL, que le tableau des tables Vectan range sous le nom de PRB, venaient de la poudrerie de Clermont-sous-Huy, sur la commune d'Engis, ouverte en 1850. Le site a fabriqué de la poudre noire jusqu'en 1962 et des poudres sans fumée de chasse de 1894 à 1964. En 1952, une licence de la société américaine Olin y a installé la première fabrication industrielle de poudres sphériques en Europe. L'usine s'est appelée Hilgers & Cie (1850), Muller (1872), Poudreries Réunies de Belgique (1919), PRB (1969), puis PB Clermont, dans le groupe SNPE, à partir de 1990 ; elle appartient aujourd'hui au groupe Eurenco.
D'autres poudres sphériques vendues sous des noms américains viennent de Belgique :
Le tableau de vivacité des tables Vectan place cinq poudres PCL, sous la colonne « PRB », au même rang que cinq Ramshot :
| PCL | Ramshot, même rang |
|---|---|
| PCL 504 | True Blue |
| PCL 512 | Enforcer |
| PCL 507 | Wild Boar |
| PCL 511 | Big Game |
| PCL 517 | Magnum |
D'après le forum, les poudres PCL ont quitté les armureries belges en 2012, et les Ramshot y sont arrivées à la fin de la même année. Les tireurs les tiennent pour les mêmes poudres sous deux noms, mais leurs listes de correspondances se contredisent : la PCL 507 y devient tantôt la Wild Boar, comme dans le tableau Vectan, tantôt la TAC. Aucun document de fabricant consulté n'établit ces correspondances, et le même rang dans un tableau de vivacité ne fait pas deux poudres identiques (section 2).
La revue Handloader écrit en revanche que l'Accurate 2230 et la Ramshot X-Terminator sont une seule et même poudre. Même dans ce cas, la charge se prend dans les données publiées pour le nom qui figure sur le bidon.
Une charge de pistolet ne remplit qu'une petite partie de l'étui. Western Powders prévient qu'une double charge y est difficile à voir, et Vectan comme Vihtavuori demandent de contrôler du regard le niveau de poudre dans chaque étui.
Le volume des charges dit pourquoi. En 9 × 19, d'après les tables et les densités apparentes publiées par Vihtavuori :
| Poudre | Charge maximale médiane | Densité apparente | Volume de la charge | Volume d'une double charge |
|---|---|---|---|---|
| N310, la plus vive | 3,2 gr | 560 g/l | 0,37 cm³ | 0,74 cm³ |
| N340 | 4,9 gr | 620 g/l | 0,51 cm³ | 1,02 cm³ |
| 3N38, la plus lente | 6,9 gr | 730 g/l | 0,61 cm³ | 1,22 cm³ |
Une double charge de N310 n'occupe guère plus de place qu'une charge simple de 3N38. Plus la poudre est vive, plus une double charge ressemble à une charge normale d'une autre poudre, et plus le contrôle du niveau demande d'attention.
Les guides Vihtavuori et Western reprennent les consignes de la SAAMI :
L'arrêté royal du 23 septembre 1958, qui régit les produits explosifs, range la poudre sans fumée parmi les substances explosives (classe A, 3ᵉ catégorie). Son article 265, au chapitre de la détention par les particuliers, dispense d'autorisation la détention :
Au-delà de ces quantités, la détention demande une autorisation. La vente de quantités supérieures est réservée aux acheteurs qui ont une activité professionnelle dans le secteur des explosifs et des autorisations de transport et d'emmagasinage (art. 257), d'où la limite de deux kilogrammes par achat que citent les tireurs. Le port des quantités qu'un particulier peut détenir échappe aux dispositions générales sur le transport des explosifs (art. 68).
L'arrêté ne vise pas le rechargement par un particulier : il ne parle de confection de cartouches que pour les armuriers et débitants (art. 6 et 63). Voir aussi la détention des armes.
Page vérifiée. Corpus, calculs et sources : voir la fiche de vérification.