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Skeet
Le Skeet est l'épreuve de plateau où tout est connu d'avance — et où tout se joue quand même. Deux cabanes, huit postes, des trajectoires immuables : le tireur sait exactement ce qui va se passer. Sa difficulté est ailleurs.
Le skeet est olympique depuis 1968, et il l'a longtemps été en catégorie ouverte, hommes et femmes confondus. En 1992 à Barcelone, la Chinoise Zhang Shan y remporte l'or — première femme titrée dans une épreuve olympique mixte. Les femmes sont écartées de l'épreuve dès 1996 ; une épreuve dames séparée n'apparaît qu'à Sydney 2000.
Le principe : deux cabanes, huit postes
Les plateaux sont lancés par deux cabanes placées aux extrémités d'un demi-cercle : la cabane haute (high house) et la cabane basse (low house). Leurs trajectoires se croisent au centre du terrain. Le tireur se déplace successivement sur huit postes disposés le long du demi-cercle, et voit donc les mêmes plateaux sous huit angles différents.
Selon le poste, il tire des plateaux simples ou des doublés — deux plateaux lancés simultanément, un de chaque cabane, qu'il faut casser l'un après l'autre.
En air calme, un plateau doit porter à 68,00 m (± 1,00 m), mesuré depuis la face de la cabane située derrière les postes 1 et 7 (règle 9.9.3) : la trajectoire est réglée au mètre près, et rigoureusement la même pour tous. Les réglages sont vérifiés puis scellés par le jury avant chaque journée de compétition.
Ce qui fait la difficulté : le « gun down » et le délai
C'est ici que le skeet devient redoutable, et c'est ce qui le sépare du trap :
- L'arme n'est pas épaulée. En position d'attente, le tireur tient le fusil à deux mains, la crosse en contact avec le corps, et — c'est la règle qui compte — le talon de crosse à hauteur ou en dessous d'un repère officiel ISSF : une bande jaune de 250 mm sur 30 mm, cousue à demeure sur la veste de tir, que l'arbitre doit voir en permanence (règles 9.9.4 et suivantes). Il faut donc épauler, aligner et tirer en un seul geste, sur une cible déjà lancée.
- Le départ est retardé au hasard. Après l'appel du tireur, le plateau part avec un délai aléatoire de 0 à 3 secondes (règle 9.9.1.1 ; avec un système électro-microphonique, le délai inséré va de 0,2 à 3,0 s). Impossible, donc, d'anticiper : celui qui part sur son propre rythme se fait piéger.
Au trap, à l'inverse, le plateau part immédiatement à l'appel — un lancer retardé y donne droit au refus du plateau.
Le paradoxe du skeet est là : les trajectoires sont parfaitement prévisibles, mais l'instant du départ ne l'est pas, et le geste doit être construit de zéro à chaque plateau.
Le format
- Qualification : 125 plateaux, en 5 séries de 25, réparties sur 2 ou 3 jours — messieurs comme dames.
- Finale : les 8 meilleurs y accèdent, le compteur remis à zéro. Elle se joue en éliminations progressives, sur 36 plateaux au maximum, et uniquement en doublés — un doublé normal et un doublé inversé, sur les postes 3, 4 et 5.
| Après | Ce qui se passe |
|---|---|
| 12 plateaux | les 7e et 8e sont éliminés |
| 24 plateaux | les 5e et 6e sont éliminés |
| 28 plateaux | le 4e est éliminé |
| 32 plateaux | le bronze est décerné |
| 36 plateaux | l'or et l'argent sont décidés (barrage immédiat en cas d'égalité) |
Le temps de préparation est limité à 30 secondes par séquence. En cas d'égalité jusqu'au bronze inclus, c'est le meilleur classement de qualification qui départage (le plus petit numéro de départ l'emporte).
Le format de finale a changé en 2022. L'ancien déroulé — demi-finales puis medal match — a été abandonné au profit de ces éliminations progressives. Les sources antérieures décrivent donc une finale qui n'existe plus. La qualification, elle, reste à 125 plateaux.
L'arme et la munition
Les limites sont les mêmes qu'au trap — le règlement plateau ne distingue pas les deux épreuves sur ce point (règle 9.4.3.1) :
- Calibre 12 au maximum.
- Charge de plomb : 24,0 g, tolérance +0,5 g (soit 24,5 g au contrôle).
- Plombs sphériques de 2,6 mm de diamètre au maximum.
- Poudre noire, cartouches spéciales et dispositifs de visée grossissants ou lumineux : interdits.
En revanche, les fusils de skeet diffèrent nettement de ceux du trap : canons plus courts, chokes plus ouverts, point d'impact centré. Le plateau y est cassé à courte distance, souvent de travers, et non en s'éloignant.
La technique
- Le point de rendez-vous : le tireur ne suit pas le plateau du regard depuis la cabane. Il fixe un point sur la trajectoire — là où il a décidé de le casser — et y amène l'arme d'un seul mouvement.
- Le geste unique : épauler, aligner et lâcher forment une seule action, répétée à l'identique. Toute décomposition coûte du temps qu'on n'a pas.
- Les doublés : c'est la signature du skeet — et la finale, elle, ne se tire qu'en doublés. Le second plateau doit être « pensé » avant même d'avoir tiré le premier, sans quoi on le cherche, et il est déjà tombé.
- La régularité : sur 125 plateaux aux trajectoires connues, le haut niveau tourne autour du sans-faute. Ce sont les rares plateaux manqués, souvent par excès de confiance, qui font le classement.
Voir aussi
- Trap (fosse olympique) — l'épreuve sœur, à la logique inverse : les trajectoires y sont inconnues.
Format, munition, distance de vol, position d'attente et règle du délai vérifiés sur le règlement ISSF (section 9 — Shotgun, et 9.17 — Finals), édition 2025 (2e tirage 07/2026), en vigueur au 1er juillet 2026.
