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technique:tir_en_pente [2026/08/09 14:32] – créée - modification externe 127.0.0.1technique:tir_en_pente [2026/08/09 17:13] (Version actuelle) – modification externe 127.0.0.1
Ligne 3: Ligne 3:
 Le **tir en dénivelé** (tir montant ou tir fichant vers le bas) pose un problème classique et souvent contre-intuitif au tireur sportif et au chasseur : à distance télémétrée égale, **un projectile tiré en pente atteint toujours la cible plus haut qu'un tir à l'horizontale**. Le **tir en dénivelé** (tir montant ou tir fichant vers le bas) pose un problème classique et souvent contre-intuitif au tireur sportif et au chasseur : à distance télémétrée égale, **un projectile tiré en pente atteint toujours la cible plus haut qu'un tir à l'horizontale**.
  
-Que le tir s'effectue vers le haut (vers une cible en montagne) ou vers le bas (depuis un surplomb ou un château d'eau), la balle passe au-dessus du point visé si l'on applique la hausse correspondant à la distance directe. Pour atteindre le centre de la cible, il faut impérativement **réduire la correction de hausse**.+Que le tir s'effectue vers le haut (vers une cible en montagne) ou vers le bas (depuis un surplomb), la balle passe au-dessus du point visé si l'on applique la hausse correspondant à la distance directe. Pour atteindre le centre de la cible, il faut impérativement **réduire la correction de hausse**.
  
-Ce phénomène s'explique par la géométrie vectorielle de la pesanteur : la gravité n'agit perpendiculairement à la trajectoire du projectile que sur la **composante horizontale** de la distance.+Ce phénomène s'explique par la géométrie vectorielle de la pesanteur : seule la **composante perpendiculaire à la ligne de visée** écarte le projectile de celle-ci.
  
 --- ---
Ligne 13: Ligne 13:
 La trajectoire d'un projectile est courbée sous l'effet de l'accélération de la pesanteur $\vec{g}$. Cette force agit toujours verticalement, vers le centre de la Terre. La trajectoire d'un projectile est courbée sous l'effet de l'accélération de la pesanteur $\vec{g}$. Cette force agit toujours verticalement, vers le centre de la Terre.
  
-![Trigonométrie du tir en pente](technique:tir_en_pente_diagram.svg?600)+{{:technique:tir_en_pente_diagram.svg?600|Trigonométrie et géométrie du tir en pente}}
  
 Considérons une cible située à une distance directe (télémétrée) $D_{\text{visée}}$ sous un angle de pente $\alpha$ par rapport à l'horizontale : Considérons une cible située à une distance directe (télémétrée) $D_{\text{visée}}$ sous un angle de pente $\alpha$ par rapport à l'horizontale :
  
-1. **En tir plat ($\alpha = 0^\circ$)** : La pesanteur $\vec{g}$ est strictly orthogonale à l'axe de tir sur toute la longueur du parcours. La chute du projectile s'exerce à $100\%$ de la force gravitationnelle sur la distance $D_{\text{visée}}$+1. **En tir plat ($\alpha = 0^\circ$)** : la pesanteur $\vec{g}$ est strictement orthogonale à la ligne de visée sur toute la longueur du parcours. Elle agit donc en totalité pour écarter le projectile de cette ligne
-2. **En tir incliné ($\alpha > 0^\circ$ ou $\alpha < 0^\circ$)** : La force de pesanteur se décompose en deux vecteurs : +2. **En tir incliné ($\alpha > 0^\circ$ ou $\alpha < 0^\circ$)** : la pesanteur se décompose en deux vecteurs : 
-   Une composante axiale $g_\parallel = g \cdot \sin(\alpha)$, parallèle à la trajectoire (qui ralentit le projectile en tir montant ou l'accélère très légèrement en tir descendant). +   une composante axiale $g_\parallel = g \cdot \sin(\alpha)$, parallèle à la ligne de visée, qui ralentit le projectile en tir montant et l'accélère en tir descendant — de la même quantité dans les deux cas ; 
-   Une composante orthogonale $g_\perp = g \cdot \cos(\alpha)$, perpendiculaire à la trajectoirequi est seule responsable de la déviation du projectile par rapport à sa ligne de visée.+   une composante orthogonale $g_\perp = g \cdot \cos(\alpha)$, perpendiculaire à la ligne de visée, seule responsable de l'écart du projectile par rapport à celle-ci.
  
-Puisque pour tout angle non nul $\alpha \neq 0^\circ$, on a $\cos(\alpha) < 1$, la composante de gravité qui fait chuter la balle par rapport à la ligne de tir est **systématiquement plus faible qu'à plat**. La courbure de la trajectoire est donc moindre : la balle « chute moins » par rapport à l'axe du canon.+Puisque pour tout angle non nul $\alpha \neq 0^\circ$, on a $\cos(\alpha) < 1$, la composante qui écarte la balle de la ligne de visée est **systématiquement plus faible qu'à plat**. La courbure apparente de la trajectoire est donc moindre : la balle « chute moins » par rapport à sa ligne de visée. 
 + 
 +Comme $\cos(\alpha) = \cos(-\alpha)$, cette composante est **identique en montant et en descendant**. C'est ce qui fonde la symétrie du phénomène — mais elle n'est pas parfaite, la composante axiale $g_\parallel$ freinant le projectile dans un cas et l'accélérant dans l'autre, ce qui modifie légèrement le temps de vol. L'écart reste imperceptible à distance moyenne (3 mm à 300 m sous $30^\circ$) et ne devient mesurable qu'au loin : 30 cm à 900 m. Jusqu'à 500 m, traiter les deux cas de la même façon est sans conséquence.
  
 <WRAP center round tip 90%> <WRAP center round tip 90%>
-**Règle d'or du tir en pente :** +**Règle d'or du tir en pente :**
 Que l'on tire vers le haut ou vers le bas, $\cos(\alpha) = \cos(-\alpha) < 1$. Par conséquent, **en tir incliné, on tire TOUJOURS trop haut**. La correction consiste toujours à régler sa hausse comme si la cible était plus proche qu'elle ne l'est en réalité. Que l'on tire vers le haut ou vers le bas, $\cos(\alpha) = \cos(-\alpha) < 1$. Par conséquent, **en tir incliné, on tire TOUJOURS trop haut**. La correction consiste toujours à régler sa hausse comme si la cible était plus proche qu'elle ne l'est en réalité.
 +</WRAP>
 +
 +### De combien tire-t-on trop haut ?
 +
 +Si l'on ne corrige rien, l'erreur se déduit directement de ce qui précède. En notant $C$ la **chute gravitationnelle** du projectile à la distance considérée — celle que la hausse compense en tir plat :
 +
 +$$\text{Erreur} \approx C \cdot \left(1 - \cos(\alpha)\right)$$
 +
 +C'est la part de la chute compensée pour rien. Elle reste modeste tant que l'angle l'est :
 +
 +| Pente $\alpha$ | $1 - \cos(\alpha)$ | Sur une chute de $60\text{ cm}$ |
 +| :---: | :---: | :---: |
 +| $10^\circ$ | $0{,}015$ | 1 cm |
 +| $20^\circ$ | $0{,}060$ | 4 cm |
 +| $30^\circ$ | $0{,}134$ | 8 cm |
 +| $45^\circ$ | $0{,}293$ | 18 cm |
 +| $60^\circ$ | $0{,}500$ | 30 cm |
 +
 +<WRAP round alert>
 +**Attention à une formule voisine qui circule.** On rencontre parfois l'erreur écrite $C \cdot \sin(\alpha)$. Les deux expressions coïncident aux deux extrêmes — $0$ à l'horizontale, $C$ à la verticale — mais **divergent fortement entre les deux** : à $30^\circ$, la version en sinus annonce la moitié de la chute là où l'intégration numérique en donne un peu plus du huitième, soit **près de quatre fois trop**.
 +
 +C'est précisément dans cette plage que se situent les tirs réels. Retenir la version en sinus conduirait à sur-corriger massivement, et à manquer la cible par le bas.
 </WRAP> </WRAP>
  
 --- ---
  
-## 2. La règle du tireur (*Rifleman's Rule*)+## 2. La règle du tireur (Rifleman's Rule)
  
 La méthode classique la plus célèbre pour corriger le tir en pente est la **Rifleman's Rule** (ou *Règle du Tireur*). Elle repose sur la géométrie du triangle rectangle formé par la position du tireur, la cible et le point à l'horizontale sous la cible. La méthode classique la plus célèbre pour corriger le tir en pente est la **Rifleman's Rule** (ou *Règle du Tireur*). Elle repose sur la géométrie du triangle rectangle formé par la position du tireur, la cible et le point à l'horizontale sous la cible.
Ligne 50: Ligne 74:
 Imaginons une cible télémétrée à **300 mètres** avec un angle de pente de **$30^\circ$** : Imaginons une cible télémétrée à **300 mètres** avec un angle de pente de **$30^\circ$** :
  
-1. Le cosinus de $30^\circ$ vaut $\cos(30^\circ) \approx 0,866$.+1. Le cosinus de $30^\circ$ vaut $\cos(30^\circ) \approx 0{,}866$.
 2. La distance horizontale équivalente est : 2. La distance horizontale équivalente est :
-   $$D_{\text{horiz}} = 300 \text{ m} \times 0,866 = 259,8 \text{ m} \approx 260 \text{ m}$$ +   $$D_{\text{horiz}} = 300 \text{ m} \times 0{,}866 = 259{,}8 \text{ m} \approx 260 \text{ m}$$ 
-3. **Application sur le terrain** : Bien que la cible soit physiquement à 300 m, le tireur doit afficher sur sa lunette le réglage de hausse correspondant à **260 m**. S'il laissait son réglage à 300 m, la balle passerait au-dessus de la zone visée.+3. **Application sur le terrain** : bien que la cible soit physiquement à 300 m, le tireur doit afficher sur sa lunette le réglage de hausse correspondant à **260 m**. S'il laissait son réglage à 300 m, la balle passerait au-dessus de la zone visée.
  
 ### Table des cosinus usuels pour le terrain ### Table des cosinus usuels pour le terrain
Ligne 61: Ligne 85:
 | Angle de pente ($\alpha$) | Cosinus $\cos(\alpha)$ | Facteur de réduction de distance | | Angle de pente ($\alpha$) | Cosinus $\cos(\alpha)$ | Facteur de réduction de distance |
 | :---: | :---: | :---: | | :---: | :---: | :---: |
-| **$5^\circ$** | $0,996$ | $-0,4\%(négligeable) | +| **$5^\circ$** | $0{,}996$ | 0,4 % (négligeable) | 
-| **$10^\circ$** | $0,985$ | $-1,5\%+| **$10^\circ$** | $0{,}985$ | 1,5 % | 
-| **$15^\circ$** | $0,966$ | $-3,4\%+| **$15^\circ$** | $0{,}966$ | 3,4 % | 
-| **$20^\circ$** | $0,940$ | $-6,0\%+| **$20^\circ$** | $0{,}940$ | 6,0 % | 
-| **$25^\circ$** | $0,906$ | $-9,4\%+| **$25^\circ$** | $0{,}906$ | 9,4 % | 
-| **$30^\circ$** | $0,866$ | $-13,4\%+| **$30^\circ$** | $0{,}866$ | 13,4 % | 
-| **$35^\circ$** | $0,819$ | $-18,1\%+| **$35^\circ$** | $0{,}819$ | 18,1 % | 
-| **$40^\circ$** | $0,766$ | $-23,4\%+| **$40^\circ$** | $0{,}766$ | 23,4 % | 
-| **$45^\circ$** | $0,707$ | $-29,3\%|+| **$45^\circ$** | $0{,}707$ | 29,3 % |
  
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-## 3. Limites de la *Rifleman's Ruleaux grandes distances+## 3. Limites de la Rifleman's Rule aux grandes distances
  
-Bien que la *Rifleman's Rule* soit très efficace pour les distances courtes à moyennes (jusqu'à 300–400 mètres) et les angles modérés, elle montre des **limites physiques aux grandes distances (TLD)** ou lors de tirs à très forts angles ($> 30^\circ$).+Bien que la *Rifleman's Rule* soit très efficace pour les distances courtes à moyennes et les angles modérés, elle montre des **limites physiques au tir longue distance (TLD)** ou lors de tirs à très forts angles.
  
-### Pourquoi la *Rifleman's Ruledevient-elle immodérée à longue distance ?+### Pourquoi la Rifleman's Rule devient-elle imprécise à longue distance ?
  
-La formule $D_{\text{horiz}} = D_{\text{visée}} \cdot \cos(\alpha)$ fait l'hypothèse simplificatrice que seule la gravité changesans tenir compte du comportement aérodynamique du projectile :+Dans le vide, la *Rifleman's Rule* est **exacte** — à la géométrie de montage prèstraitée au point 3 ci-dessous. Toute son erreur vient donc de la traînée aérodynamique, et d'elle seule.
  
-1. **Le frottement de l'air s'exerce sur la distance réelle** : Le projectile parcourt physiquement la trajectoire oblique de longueur $D_{\text{visée}}$ à travers l'atmosphère. La perte de vitesse (traînée aérodynamique $C_d$) dépend de la distance réelle parcourue et non de la projection horizontale. Le temps de vol $t_v$ est donc plus long que le temps de vol d'un tir plat à la distance $D_{\text{horiz}}$. +1. **Le frottement de l'air s'exerce sur la distance réelle** : le projectile parcourt physiquement la trajectoire oblique de longueur $D_{\text{visée}}$ à travers l'atmosphère. La perte de vitesse dépend de la distance réellement parcourueet non de sa projection horizontale. Le temps de vol est donc plus long que celui d'un tir plat à la distance $D_{\text{horiz}}$. 
-2. **L'influence du temps de vol** : À grande distance, la vitesse chute significativementSi l'on règle la hausse sur $D_{\text{horiz}}$, on sous-estime le temps de vol réel du projectilece qui conduit à **sous-corriger le tir** (la balle peut alors impacter plus bas que prévu par la règle simplifiée)+2. **Le temps de vol croît plus vite que la distance** : à grande distance, la vitesse chute fortementEn réglant sa hausse sur $D_{\text{horiz}}$, on adopte le temps de vol d'un tir plus court que le tir réel, donc **on sous-corrige** — la balle impacte **bas**. C'est l'erreur dominante, et elle grandit vite avec la distance
-3. **Le décalage de la hauteur d'optique** : La distance de zéro ($100\text{ m}$) et la hauteur de l'axe de la lunette au-dessus du canon ($h \approx 4\text{ à }5\text{ cm}$) introduisent un angle initial entre la ligne de visée et l'axe du canon qui n'est pas pris en compte dans la projection géométrique simple.+3. **La hauteur de l'axe optique n'est pas projetée** : la ligne de visée part de la lunette4 à 5 cm au-dessus de l'axe du canon, et le zéro est établi à l'horizontale. La règle projette la distance, mais pas cette géométrie de départ. L'erreur qui en résulte est faible, mais elle s'ajoute à la précédente.
  
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-## 4. La méthode angulaire (*Improved / Sierra Rifleman's Rule*)+## 4. La méthode angulaire (Improved Rifleman's Rule)
  
-Pour le tir de précision à longue distance (TLR / ELR), les balisticiens (notamment Sierra Bullets et Bryan Litz) préconisent la **méthode de correction angulaire directe** (ou *Improved Rifleman's Rule*).+Pour le tir de précision à longue distance (TLD, ELR), on recourt à la **méthode de correction angulaire directe**, décrite sous le nom d'*Improved Rifleman's Rule* par Bryan Litz dans *Applied Ballistics for Long Range Shooting* (3ᵉ édition, 2015, chapitre 4).
  
 Au lieu de réduire la distance et de chercher la hausse correspondant à $D_{\text{horiz}}$, cette méthode calcule d'abord l'élévation nécessaire à la distance réelle $D_{\text{visée}}$, puis multiplie directement la valeur de correction angulaire par $\cos(\alpha)$. Au lieu de réduire la distance et de chercher la hausse correspondant à $D_{\text{horiz}}$, cette méthode calcule d'abord l'élévation nécessaire à la distance réelle $D_{\text{visée}}$, puis multiplie directement la valeur de correction angulaire par $\cos(\alpha)$.
Ligne 98: Ligne 122:
  
 Où : Où :
-* $\text{Correction}_{\text{plat}}(D_{\text{visée}})$ est la correction de hausse (en clics, MOA ou MRAD) nécessaire pour toucher à plat à la distance réelle $D_{\text{visée}}$.+* $\text{Correction}_{\text{plat}}(D_{\text{visée}})$ est la correction de hausse (en clics, MOA ou MRAD) nécessaire pour toucher à plat à la distance réelle $D_{\text{visée}}$, **comptée depuis un zéro de courte distance** (voir l'encadré ci-dessous).
 * $\alpha$ est l'angle de pente. * $\alpha$ est l'angle de pente.
 * $\text{Correction}_{\text{pente}}$ est la valeur angulaire à afficher sur la tourelle d'élévation. * $\text{Correction}_{\text{pente}}$ est la valeur angulaire à afficher sur la tourelle d'élévation.
 +
 +L'avantage de cette méthode est qu'elle conserve le **temps de vol réel** du projectile, celui du parcours oblique, là où la *Rifleman's Rule* lui substitue celui d'un tir plus court.
 +
 +<WRAP round alert>
 +**Elle exige un zéro court.** C'est la condition d'emploi que Litz souligne, et l'oublier ruine la méthode.
 +
 +La correction que l'on multiplie par $\cos(\alpha)$ doit être comptée depuis un **zéro de courte distance** — 100 m typiquement — car ce qu'il faut mettre à l'échelle est la **chute réelle du projectile**, et non l'écart à un zéro lointain.
 +
 +Le cas limite le montre : avec une arme zérotée à 500 m, la correction à plat pour une cible à 500 m vaut zéro. La règle annonce donc $0 \times \cos(\alpha) = 0$, soit **aucune correction** — alors que le calcul exact demande de descendre de $0{,}65$ MRAD. On manque la cible de 33 cm par le haut.
 +
 +| Zéro de l'arme | Erreur de la méthode angulaire (500 m, $30^\circ$) |
 +| :---: | :---: |
 +| 100 m | +6 cm |
 +| 300 m | +17 cm |
 +| 500 m | **+33 cm** |
 +
 +</WRAP>
 +
 +<WRAP round info>
 +**Elle n'est pourtant pas « la formule exacte ».** Appliquée à une trajectoire sans traînée, la méthode angulaire **sur-corrige** systématiquement — jusqu'à 25 cm à 900 m sous $45^\circ$ — là où la *Rifleman's Rule* tombe juste au centimètre près.
 +
 +Ce n'est donc pas qu'une méthode soit fondée et l'autre approximative : ce sont **deux biais de signes opposés**. La règle classique sous-corrige à cause de la traînée ; la méthode angulaire sur-corrige par construction. Si la seconde l'emporte à longue distance, c'est que son biais propre y compense l'erreur de traînée, devenue dominante.
 +</WRAP>
  
 ### Comparaison des deux méthodes ### Comparaison des deux méthodes
  
-Prenons le cas d'un calibre `.308 Winchester` (balle 168 gr, $V_0 = 800\text{ m/s}$à **500 mètres** avec un angle de pente de **$30^\circ$** ($\cos(30^\circ) 0,866$) :+Hypothèses : `.308 Winchester`balle de 168 gr, coefficient balistique $G7 = 0{,}224$, $V_0 = 800\text{ m/s}$, lunette zérotée à $100\text{ m}$, atmosphère normalisée. Cible télémétrée à **500 mètres** sous **$30^\circ$**. Les valeurs de référence sont produites par le [solveur du calculateur balistique du site](https://www.tireur.org/calculateur-balistique.php), qui intègre la trajectoire dans le repère de la ligne de visée. 
 + 
 +| Méthode | Hausse affichée | Écart à la valeur exacte | 
 +| :--- | :---: | :---: | 
 +| Aucune correction (plat à 500 m) | $3{,}86$ MRAD | **+32 cm** — trop haut | 
 +| *Rifleman's Rule* — plat à 433 m | $3{,}04$ MRAD | −9 cm | 
 +| Méthode angulaire — $3{,}86 \times 0{,}866$ | $3{,}34$ MRAD | +6 cm | 
 +| **Intégration numérique à $30^\circ$** | $\mathbf{3{,}22}$ **MRAD** | *référence* | 
 + 
 +Trois enseignements : 
 + 
 +* **Ne rien corriger coûte 32 cm** à cette distance et sous cet angle. C'est l'erreur qui compte, bien plus que le choix entre les deux méthodes. 
 +* **Les deux méthodes encadrent la valeur exacte** : la *Rifleman's Rule* sous-corrige (impact bas), la méthode angulaire sur-corrige (impact haut). 
 +* **À 500 m, elles se valent** : 9 cm d'un côté, 6 cm de l'autre. L'écart entre les deux, $0{,}30MRAD soit 15 cm, est du même ordre que l'erreur de chacune. 
 + 
 +### Où chaque méthode décroche 
 + 
 +Erreur au but pour le même chargement, à $30^\circ$ de pente (valeur négative = impact bas) : 
 + 
 +| Distance | *Rifleman's Rule* | Méthode angulaire | 
 +| :---: | :---: | :---: | 
 +| 300 m | −1 cm | +4 cm | 
 +| 500 m | −9 cm | +6 cm | 
 +| 700 m | −34 cm | +6 cm | 
 +| 900 m | −104 cm | −2 cm |
  
-* **Tir plat à 500 m** : La hausse requise à plat est de **$3,6\text{ MRAD}$** ($36\text{ clics}$ de $0,1\text{ MRAD}$). +La *Rifleman's Rule* ne décroche pas progressivement elle reste excellente jusque vers 400–500 mpuis son erreur s'emballeÀ $45^\circ$ et 900 melle dépasse **1,5 mètre**.
-* **Tir plat à 433 m** ($500 \times 0,866$, méthode *Rifleman's Rule* classique) La hausse requise est de **$2,7\text{ MRAD}$**. +
-* **Méthode angulaire directe** ($3,6\text{ MRAD} \times 0,866$) : La hausse requise est de **$3,1\text{ MRAD}$**.+
  
-L'écart entre les deux méthodes à 500 m est de **$0,4\text{ MRAD}$** ($20\text{ cm}d'écart sur la cible !). La méthode angulaire directe est nettement plus proche du calcul d'intégration numérique 3-DOF exact.+À l'inverse, la méthode angulaire reste dans les 6 cm sur toute la plage — mais elle n'est **pas** meilleure partout : à courte distance et fort angle (200 m à $45^\circ$), c'est la *Rifleman's Rule* qui l'emporte, à 1 cm contre 6.
  
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Ligne 118: Ligne 187:
 Un aspect souvent négligé du tir en pente est la correction du **vent latéral** : Un aspect souvent négligé du tir en pente est la correction du **vent latéral** :
  
-* **La dérive du vent dépend du temps de vol réel** : Contrairement à la pesanteur, le vent continue d'agir sur le projectile pendant la totalité du trajet oblique $D_{\text{visée}}$. +* **La dérive du vent dépend du temps de vol réel** : contrairement à la pesanteur, le vent continue d'agir sur le projectile pendant la totalité du trajet oblique $D_{\text{visée}}$. 
-* **Règle pour le vent** : La correction de vent en tir en pente doit toujours être calculée sur la **distance réelle télémétrée $D_{\text{visée}}$**, et **NON** sur la distance horizontale réduite $D_{\text{horiz}}$.+* **Règle pour le vent** : la correction de vent en tir en pente doit toujours être calculée sur la **distance réelle télémétrée $D_{\text{visée}}$**, et **NON** sur la distance horizontale réduite $D_{\text{horiz}}$.
  
 Si l'on réduisait la correction de vent à la distance $D_{\text{horiz}}$, on sous-estimerait la dérive latérale. Si l'on réduisait la correction de vent à la distance $D_{\text{horiz}}$, on sous-estimerait la dérive latérale.
Ligne 129: Ligne 198:
 Pour appliquer correctement la balistique de dénivelé sur le terrain, plusieurs outils sont employés : Pour appliquer correctement la balistique de dénivelé sur le terrain, plusieurs outils sont employés :
  
-1. **L'inclinomètre / Cosinomètre (ACI *Angle Cosine Indicator*)** : Petit cadran mécanique gradué monté sur le corps de la lunette ou le montage, indiquant directement le cosinus de l'angle $\cos(\alpha)$ sous lequel pointe le canon. +1. **L'inclinomètre / cosinomètre (ACI*Angle Cosine Indicator*)** : petit cadran mécanique gradué monté sur le corps de la lunette ou le montage, indiquant directement le cosinus de l'angle $\cos(\alpha)$ sous lequel pointe le canon. 
-2. **Les télémètres laser avec calculateur d'angle intégré (BDC / EHR / True Range)** : Les télémètres modernes (Leica, Vortex, Sig Sauer, Bushnell) mesurent la distance réelle et l'angle par inclinomètre interne, puis affichent automatiquement la distance équivalente $D_{\text{horiz}}$ ou le nombre de clics corrigé+2. **Les télémètres laser à inclinomètre intégré** : ils mesurent la distance réelle et l'angle, puis affichent la distance horizontale équivalente. Chaque constructeur a son sigle pour cette fonction — EHR (*Equivalent Horizontal Range*) chez Leica, TBR (*True Ballistic Range*) chez Leupold, ARC (*Angle Range Compensation*) chez Bushnell, AMR (*Angle Modified Range*) chez Sig Sauer, HCD (*Horizontal Component Distance*) chez Vortex. À ne pas confondre avec le sigle BDC, qui désigne une tourelle ou un réticule compensant la chute, sans rapport avec l'angle de site
-3. **Les calculateurs balistiques et montres connectées (Kestrel, Applied Ballistics)** Intègrent un modèle 3-DOF exact qui prend en compte à la fois la déclinaison, la densité de l'air à l'altitude du tir et la dérive de Coriolis verticale.+3. **Les calculateurs balistiques** (Kestrel, Applied Ballistics, applications de téléphone) : ils intègrent la trajectoire pas à pas dans le repère de la ligne de viséeen tenant compte de l'angle de site, de la densité de l'air au point de tir et de l'effet Eötvös — la composante verticale de Coriolis, qui fait tirer légèrement haut vers l'est et bas vers l'ouest. Ce sont des modèles à masse ponctuelle : la dérive gyroscopique et le saut aérodynamique y sont ajoutés par des formules empiriques, et non produits par l'intégration elle-même.
  
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Ligne 137: Ligne 206:
 ## 7. Synthèse des bonnes pratiques ## 7. Synthèse des bonnes pratiques
  
-1. **Règle universelle** : En tir incliné (montant ou descendant), le projectile passe toujours **au-dessus** du point visé si aucune correction n'est apportée. +1. **Règle universelle** : en tir incliné (montant ou descendant), le projectile passe toujours **au-dessus** du point visé si aucune correction n'est apportée. C'est cette erreur-là qui est grande
-2. **À courte et moyenne distance ($\le 300\text{ m}$)** : La *Rifleman's Rule* ($D_{\text{horiz}} = D_{\text{visée}} \cdot \cos(\alpha)$) donne une excellente précision+2. **Jusque vers 400–500 m** : la *Rifleman's Rule* ($D_{\text{horiz}} = D_{\text{visée}} \cdot \cos(\alpha)$) suffit largement — son erreur reste sous la dizaine de centimètres, et elle se calcule de tête
-3. **À longue distance ($> 400\text{ m}$)** : Préférer la correction angulaire ($\text{Correction} \times \cos(\alpha)$) ou utiliser un calculateur balistique 3-DOF pour éviter de passer sous la cible+3. **Au-delà** : préférer la correction angulaire ($\text{Correction} \times \cos(\alpha)$), qui conserve le temps de vol réel, ou un calculateur balistique. L'erreur de la règle simplifiée s'emballe : un mètre à 900 m
-4. **Gestion du vent** : Calculer systématiquement la dérive du vent sur la **distance réelle** $D_{\text{visée}}$.+4. **Gestion du vent** : calculer systématiquement la dérive du vent sur la **distance réelle** $D_{\text{visée}}$.
  
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 ## Voir aussi ## Voir aussi
  
-[[technique:moa_mrad|Minute d'angle (MOA) et milliradian (MRAD)]— Définition et trigonométrie des unités angulaires. +[Minute d'angle (MOA) et milliradian (MRAD)](technique/moa_mrad) — définition et trigonométrie des unités angulaires. 
-[[technique:balistique_exterieure|La balistique extérieure et la trajectoire du projectile]— Équations de mouvement et intégration numérique 3-DOF+[La balistique extérieure et la trajectoire du projectile](technique/balistique_exterieure) — équations de mouvement et intégration numérique. 
-[[technique:lecture_vent|La lecture et la correction du vent]— Principes de déviation latérale et temps de vol. +[La lecture et la correction du vent](technique/lecture_vent) — principes de déviation latérale et temps de vol. 
-* [[/ressources/balistique.php|Portail Ressources : Balistique]] — Ensemble des articles et outils balistiques de Tireur.org.+[Portail Ressources : Balistique](https://www.tireur.org/ressources/balistique.php— ensemble des articles et outils balistiques de Tireur.org. 
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 +//**Page vérifiée.** Ce qui a été recalculé, ce qui a été rectifié et **ce qui n'a pas pu être établi** figurent sur la [[verification:technique:tir_en_pente|fiche de vérification]].//
  
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