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Le revolver à poudre noire : débuter au tir à percussion

Le revolver à percussion est la porte d'entrée la plus fréquente du tir aux armes anciennes. On le charge par l'avant du barillet, chambre par chambre : de la poudre noire, une balle ronde en plomb, de la graisse, et une amorce sur chaque cheminée. Les armes utilisées aujourd'hui sont presque toutes des répliques modernes, fabriquées surtout en Italie (Pietta, Uberti, Pedersoli), des modèles Colt et Remington des années 1850-1860. L'histoire de ces armes est racontée dans Les débuts du revolver américain ; cette page traite du tir.

La notice de votre arme prime sur cette page. Les deux principaux fabricants de répliques ne donnent pas les mêmes charges pour un revolver du même calibre (voir Les charges). Chaque chiffre de cette page est attribué à sa source ; aucun ne remplace celui du fabricant de votre revolver.

Avant de commencer

  • L'arme. Le calibre .44 domine, le .36 est plus léger et recule moins. Les répliques existent en acier et en inox ; sur un revolver inox, les pièces du mécanisme ne le sont pas forcément.
  • La licence. En Belgique, la poudre noire est une catégorie de licence à part dans les deux Communautés : voir Obtenir et conserver la licence. Une arme ancienne d'intérêt historique cesse d'être en vente libre dès qu'elle est destinée au tir en dehors des manifestations historiques : voir Détenir une arme.
  • Le stand. Tous les stands n'acceptent pas la poudre noire, à cause de la fumée, des étincelles et du nettoyage : il faut se renseigner avant de s'y présenter.
  • Le matériel. Un doseur, des tubes de charges prédosées, des balles rondes au bon diamètre, de la graisse, des amorces à la taille des cheminées, un amorçoir, une clé à cheminées et un dégorgeoir.

La poudre

De la poudre noire, et rien d'autre. Les deux notices sont formelles : la poudre noire est le seul propulseur sûr dans une arme à chargement par la bouche. Une poudre sans fumée, même mélangée en petite quantité à de la poudre noire, produit des pressions pour lesquelles ces armes ne sont pas faites. En compétition MLAIC, les substituts de poudre noire (poudres de synthèse vendues pour les armes à chargement par la bouche) sont en outre interdits, sous peine de disqualification.

La granulation. Plus le grain est fin, plus la poudre brûle vite ; le revolver emploie des poudres fines. Deux numérotations coexistent, et elles vont en sens inverse :

Système Du plus gros au plus fin Pour le revolver
Américain (F) Fg, FFg, FFFg, FFFFg FFFg (Pietta)
Suisse (numéros) n° 5, 4, 3, 2, 1 n° 1 (« pistolet ») ou n° 2

Pour la poudre suisse, la Poudrerie d'Aubonne ne publie pas de table de granulation ; celle des distributeurs donne 0,25 à 0,50 mm pour le n° 1 et 0,50 à 0,80 mm pour le n° 2. Une même charge en grains ne donne pas le même résultat avec deux poudres différentes : en changeant de poudre, on recommence à la charge la plus basse.

La poudre noire n'est pas « insensible aux chocs ». La fiche de données de sécurité du fabricant suisse la classe en risque d'explosion en masse. Elle demande de ne l'exposer ni au broyage, ni aux chocs, ni aux frottements, de la tenir loin de toute chaleur, flamme ou étincelle, et de mettre le poste de travail à la terre : l'électricité statique est une source d'allumage. Elle se stocke dans son emballage d'origine, au frais et au sec. On ne verse jamais directement depuis la poire ou le bidon dans la chambre : on passe par un doseur (notice Pietta).

Les charges

Voici les charges publiées par les deux fabricants, pour des balles rondes, en grains (1 grain = 0,0648 g) :

Calibre Pietta : balle Pietta : charge FFFg Uberti : balle Uberti : standard Uberti : maximum
.36 .375″ (9,55 mm) 9 à 12 gr (0,6 à 0,8 g) .375″ à .380″ 15 gr 25 gr
.44 .454″ (11,55 mm) 12 à 15 gr (0,8 à 1,0 g) .454″ à .457″ 22 gr 30 gr

Du simple au double. Pour un .44, Pietta s'arrête à 15 grains là où Uberti en recommande 22 en charge normale. Aucune des deux notices n'explique son chiffre, et chacune dit de ne jamais dépasser son propre maximum. La règle est donc de suivre la notice de son arme, et de commencer bas. Uberti précise que la charge maximale « n'est guère employée qu'à la chasse ou pour épater », et que la bonne charge est celle qui donne un allumage et une vitesse réguliers. C'est la charge de précision qu'on cherche au stand, pas la charge maximale.

En compétition MLAIC, les charges « ne doivent pas dépasser les charges normales applicables à la poudre noire moderne ».

Charger, pas à pas

La procédure ci-dessous suit les notices Pietta et Uberti. Là où elles diffèrent, c'est indiqué.

  1. Vérifier que l'arme est vide et qu'aucune amorce n'est en place.
  2. Sécher les cheminées. Avant la première série, on fait claquer une amorce sur chaque cheminée, canon vers le sol, pour chasser l'huile de conservation.
  3. Chien au cran de sécurité (demi-armé), barillet libre.
  4. La poudre, prise dans un doseur ou un tube prédosé, versée dans la chambre, canon vers le haut, sans jamais se pencher au-dessus de l'arme.
  5. Sur la poudre, Pietta place une petite pièce de calepin bien graissée ou une dose de semoule ; la notice Uberti n'en parle pas.
  6. La balle est posée sur l'entrée de la chambre. Elle doit être plus grosse que celle-ci : on l'enfonce au levier, d'une pression régulière, et la chambre en cisaille un mince anneau de plomb (environ 0,1 mm selon Pietta). Cet anneau prouve que la balle est serrée et ne bougera pas au recul des autres coups. Si la balle a été coulée, le méplat de la carotte est tourné vers l'avant.
  7. Aucun vide entre la poudre et la balle : la balle doit porter sur la charge, sans l'écraser. Les deux notices en font une règle de sécurité ; Pietta avertit qu'un espace d'air peut faire éclater le canon.
  8. La graisse remplit la bouche de chaque chambre, par-dessus la balle.
  9. Cinq chambres sur six. On ne charge que cinq chambres et on laisse le chien reposer sur la cheminée de la chambre vide. Les revolvers de type Colt et Remington ont aussi des crans entre les chambres, où poser le chien.
  10. Les amorces, en dernier, arme dirigée vers une zone sûre, posées à l'amorçoir. Elles doivent être à la taille de la cheminée ; Uberti conseille de les pincer légèrement pour qu'elles tiennent.
  11. Après la série, attendre une minute avant de recharger (Uberti), le temps que s'éteignent les dernières particules incandescentes.

La chaîne de feu

Le départ simultané de plusieurs chambres est l'accident propre au revolver à percussion. Les deux notices l'attribuent à la flamme d'un coup qui passe dans les chambres voisines, et y répondent de la même façon : graisser la bouche des chambres. Le règlement MLAIC en fait une obligation : « Il est obligatoire d'obturer les chambres des révolvers avec de la graisse après chargement des balles. » Côté cheminées, Uberti demande des amorces à la bonne taille et bien tenues.

La part de chacune des deux voies d'entrée, l'avant (bouche des chambres) et l'arrière (amorces mal ajustées), n'est chiffrée par aucune des sources consultées. D'où la pratique prudente : faire les deux, graisser l'avant et bien ajuster les amorces.

Les balles

  • Plomb pur, balle ronde. Uberti recommande la balle ronde en plomb pur, coulée ou estampée, comme la plus précise ; les balles coniques entrent souvent de travers au chargement. Pietta demande du plomb doux. Un alliage dur passe mal la chambre et ne s'y ajuste pas. Pour couler soi-même, voir Balles coulées.
  • Le diamètre se vérifie sur l'arme. Les notices donnent .454″ pour le .44 (Pietta ; .454″ à .457″ chez Uberti) et .375″ pour le .36. Pietta annonce même une balle de .464″ pour son modèle de tir. Les chambres varient d'un modèle à l'autre, et c'est l'anneau de plomb cisaillé qui dit si la balle convient : pas d'anneau, balle trop petite.

Si le coup ne part pas

  1. Rester en visée, arme vers la cible : au moins dix secondes selon le règlement MLAIC, une minute selon la notice Uberti.
  2. Chien au demi-armé, retirer l'amorce, dégager la cheminée au dégorgeoir, remettre une amorce et tirer à nouveau.
  3. Si la chambre refuse toujours, Uberti décrit la suite : démonter la cheminée, y introduire de la poudre fraîche, et en dernier recours tremper le barillet dans l'eau chaude et chasser la balle par l'arrière. Retirer d'abord toutes les amorces : un barillet chargé peut faire feu hors de l'arme.

Le nettoyage, le jour même

Les résidus de poudre noire sont, selon Uberti, « extrêmement corrosifs » : ils rouillent canon et barillet en peu de temps. Le nettoyage se fait donc le jour du tir, arme démontée : trempage des pièces métalliques dans l'eau chaude additionnée de liquide vaisselle, ou brosse et solvant pour poudre noire ; rinçage à l'eau bouillante ; séchage complet ; puis antirouille, huile légère sur les pièces mobiles et graisse sur l'axe du barillet. Si l'on tire à nouveau le même jour, on n'huile ni les chambres ni les cheminées.

En compétition

Les épreuves internationales de revolver à percussion sont celles de la MLAIC : le Colt (n° 7, armes originales) et le Mariette (n° 12, répliques de revolvers militaires). Les deux se tirent à 25 m, debout, sur la cible pistolet ISSF de 50 m, à la balle ronde ou à la balle Picket. Une série compte 13 coups en 30 minutes, dont les 10 meilleurs sont retenus ; un coup de flambage est permis. Le détail des épreuves est dans le tableau synoptique MLAIC.

Quelques règles du pas de tir, prises dans le même règlement :

  • pas de poudre en vrac : chaque charge est dans son propre tube ;
  • pas de substituts de poudre noire ;
  • au moins cinq chambres chargées lors des deux premières séries ;
  • barillet chargé sur l'arme ;
  • nettoyage permis seulement chambres vides.

Ce que cette page n'établit pas

  • La réglementation de la poudre elle-même en Belgique : achat, quantités, transport et stockage relèvent de la législation sur les explosifs, qui n'a pas été relevée ici.
  • L'équivalence entre poudres de marques différentes : aucune source primaire ne donne de coefficient ; d'où la règle de recommencer bas.
  • La raison de l'écart entre Pietta et Uberti sur les charges : les notices ne la donnent pas.
  • Les canons dits « à pas progressif », les cartouches papier et les charges de gros revolvers comme le Walker : d'autres sujets, que les sources consultées ne permettent pas de trancher.

Pour aller plus loin


Sources : F.lli Pietta, manuel des armes à chargement par la bouche, édition italienne-française (2011), table « Quantité et diamètre des balles » et instructions de chargement du revolver ; A. Uberti, //Black Powder Revolvers — Instruction Manual ; règlement MLAIC, édition française 2024 ; Poudrerie d'Aubonne, fiche de données de sécurité de la poudre noire suisse ; granulations : table de distributeur (Artax). Droit belge : pages de réglementation de ce wiki. Le forum du site a fourni les questions, jamais les charges.//


Page vérifiée le 2026-09-26. Pietta et Uberti ne donnent pas la même charge pour un .44 ; le détail, et ce que la vérification n'a pas pu établir, sont sur la fiche de vérification.

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