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Les montages de lunette : queue d'aronde, Weaver, Picatinny

Une lunette ne vaut que par la façon dont elle tient sur l'arme. Entre le tube de l'optique et la carcasse, il y a toujours deux pièces : une embase (ou rail), fixée à l'arme, et des colliers qui serrent le tube et se bloquent sur l'embase. Trois familles d'embases se partagent le tir sportif : la queue d'aronde, le rail Weaver et le rail Picatinny, auquel s'ajoute son successeur OTAN.

La question pratique est presque toujours la même : ce collier ira-t-il sur ce rail ? La réponse dépend de deux choses qu'on confond souvent — le profil du rail (sa coupe) et ses fentes de recul (les encoches transversales qui empêchent le collier de glisser).

À gauche, la coupe du rail Picatinny telle que la définit MIL-STD-1913 : 21,2 mm hors tout, flancs à 45°. À droite, les fentes de recul vues de dessus : au pas constant de 10,0 mm sur le Picatinny, espacées au gré du fabricant sur le Weaver, et plus étroites.

À gauche, la coupe du rail Picatinny telle que la définit MIL-STD-1913 : 21,2 mm hors tout, flancs à 45°. À droite, les fentes de recul vues de dessus : au pas constant de 10,0 mm sur le Picatinny, espacées au gré du fabricant sur le Weaver, et plus étroites.

En bref

Queue d'aronde « 11 mm » / 3/8″ Weaver Picatinny (MIL-STD-1913) Rail OTAN (STANAG 4694)
Norme aucune aucune (fabricant) militaire américaine, 1995 OTAN, 2009
Fentes de recul aucune (butée à part, selon l'arme) 4,57 mm, espacement libre 5,23 mm, pas de 10,0 mm 5,23 mm, pas de 10 mm
Référence du collier flancs de la rainure flancs en V flancs en V sommet du rail
Armes typiques .22 LR, carabines à air ; dioptres des carabines de match carabines de chasse armes modernes, AR-15, châssis armes militaires récentes

La queue d'aronde

C'est le plus ancien des trois systèmes, et le plus simple : deux rainures longitudinales à flancs inclinés, taillées directement dans le dessus de la carcasse ou dans une embase rapportée. Le collier vient pincer les deux flancs.

L'idée n'a rien de moderne. En 1906, Franklin W. Mann obtient un brevet américain (US 830 729) pour un montage de lunette reposant sur une nervure en queue d'aronde courant sur toute la longueur du canon, sur laquelle deux sièges se bloquent en position. Dans The Bullet's Flight from Powder to Target, il raconte avoir cherché pendant trois ans une fixation rigide avant d'y arriver, et note que le montage se déplace d'un canon à l'autre en reprenant chaque fois exactement sa place — ce qu'on attend encore aujourd'hui d'un rail.

« 11 mm » et « 3/8 de pouce » : deux noms, aucune norme

On distingue par habitude la queue d'aronde 3/8″ (environ 9,5 mm), courante sur les carabines .22 LR américaines, et la queue d'aronde « 11 mm », européenne, qu'on trouve sur les carabines à air et beaucoup de .22 LR du continent. Ces deux noms sont des appellations, pas des cotes :

  • aucune norme ne les définit. Un fabricant de montages qui a fait mesurer le parc des carabines à air pour dimensionner ses produits a trouvé des queues d'aronde dites « 11 mm » allant de 9,5 mm à près de 14 mm ;
  • l'angle des flancs varie lui aussi : certains constructeurs taillent à 45°, d'autres à 60°. Un collier prévu pour l'un ne porte que sur une arête de l'autre ;
  • même la manière de mesurer n'est pas fixée — au fond de la rainure, à l'arête, au sommet ? Deux chiffres « exacts » pour le même rail peuvent donc différer d'un millimètre.

À gauche : sur un même rail, la largeur « aux arêtes » et la largeur « au fond des flancs » diffèrent de plus de 2 mm — laquelle est « la » largeur ? À droite : une mâchoire taillée à 60° sur un rail taillé à 45° ne touche que l'arête ; le vide (en rose) laisse le collier basculer ou glisser. Schéma de principe : les valeurs sont un exemple, aucune norme ne les fixe.

À gauche : sur un même rail, la largeur « aux arêtes » et la largeur « au fond des flancs » diffèrent de plus de 2 mm — laquelle est « la » largeur ? À droite : une mâchoire taillée à 60° sur un rail taillé à 45° ne touche que l'arête ; le vide (en rose) laisse le collier basculer ou glisser. Schéma de principe : les valeurs sont un exemple, aucune norme ne les fixe.

D'où les colliers « 9,5 à 11,5 mm » à mâchoire réglable, qui acceptent les deux familles. Ils rendent service, mais un collier qui prétend tout accepter ne porte parfaitement sur rien : mesurer son rail, puis essayer le collier sur l'arme, reste la seule vérification qui vaille.

La butée : indispensable sur une carabine à ressort

Une queue d'aronde n'a pas de fente de recul : seul le serrage empêche le collier de glisser. Sur une .22 LR, cela suffit. Sur une carabine à air à ressort, non : le piston produit un double recul, vers l'arrière puis vers l'avant, qui fait cheminer la lunette le long du rail même sur une carabine de faible puissance.

La parade est une butée (scope stop) : un ergot du collier ou de l'embase qui vient se loger dans un trou ou une encoche de la carcasse. Ces dispositifs, eux non plus, ne sont pas normalisés — trous verticaux chez les uns, rainures transversales chez d'autres, plaque rapportée ailleurs, et rien du tout sur certains modèles. Le collier doit être choisi pour la butée de son arme.

Sur les carabines de match : le rail du dioptre

Sur une carabine de match .22 LR ou à air comprimé, la queue d'aronde n'est pas un pis-aller : c'est le support de la visée elle-même. Le dioptre se serre sur un rail d'environ 11 mm taillé sur la carcasse — les constructeurs allemands parlent de Prismenschiene, « rail à prisme ». Anschütz livre ainsi ses dioptres de la série 8000 avec un serrage « 11 mm » et les destine à ses carabines .22 LR de match (1761, 54.30), à air (9015) et de biathlon ; une pièce de serrage proposée en option les monte sur un rail Picatinny. Walther et Feinwerkbau équipent leurs carabines à air de rails du même type. Le même rail reçoit, selon l'épreuve, le dioptre, une rehausse qui le monte à la hauteur de l'œil, ou une lunette.

Mais, là encore, « 11 mm » ne veut pas dire interchangeable. Le principal fabricant indépendant d'accessoires de visée pour le tir ISSF vend ses rehausses et déports de dioptre en références distinctes selon la marque de la carabine — Anschütz, Feinwerkbau, Walther, Steyr, Hämmerli — et les regroupements changent d'un produit à l'autre : ici Anschütz et Walther partagent une pièce et Feinwerkbau a la sienne, là c'est Feinwerkbau et Hämmerli qui vont ensemble. Le catalogue ne dit pas si c'est la largeur du rail, sa butée ou la forme de la carcasse qui l'impose ; il dit seulement qu'un accessoire de visée se commande pour une marque.

En pratique : un dioptre ou une rehausse d'occasion s'achète en connaissant la marque pour laquelle il a été fait, et un changement de carabine peut obliger à changer aussi les pièces de visée, ou à les adapter.

Le rail Weaver

Le rail Weaver, du nom du fabricant américain de montages qui l'a répandu, ajoute à la queue d'aronde ce qui lui manquait : des fentes transversales. Le collier porte une barrette ou une vis transversale qui se loge dans une fente et encaisse le recul.

Ses fentes font 4,57 mm (0,180″) de large. Mais le Weaver n'a jamais été normalisé : l'emplacement des fentes est laissé au fabricant. Sur une embase de chasse, on trouve souvent une ou deux fentes par collier, placées là où la carcasse l'exige.

Le rail Picatinny (MIL-STD-1913)

Le Picatinny reprend le principe du Weaver, mais normalisé. Il tire son nom de l'arsenal de Picatinny, dans le New Jersey, où a été rédigée la norme militaire américaine MIL-STD-1913, du 3 février 1995. Le texte est public et bref ; toutes les cotes utiles tiennent en deux figures :

Cote Pouces Millimètres
Largeur hors tout, aux arêtes 0,835 (tolérance −0,005) 21,2 (21,08 à 21,21)
Angle des flancs 45°
Largeur des fentes de recul 0,206 (tolérance +0,008) 5,23 (5,23 à 5,44)
Profondeur des fentes 0,118 (tolérance +0,008) 3,00 (3,00 à 3,20)
Pas des fentes, d'axe à axe 0,394 10,0

Deux points méritent d'être soulignés.

  • Le pas est fixe. Toutes les fentes sont à 10,0 mm d'axe à axe, sur toute la longueur du rail. Un collier se déplace donc par pas connus, et un accessoire démonté se remonte dans la même fente, à la même place.
  • Le collier se centre sur les flancs à 45°. C'est le serrage sur les deux faces inclinées qui aligne l'accessoire sur l'axe du rail.

La norme ne fixe pas la longueur du rail, laissée à l'application. Elle a été amendée une fois, en 1999 (Notice 1, qui remplace la figure du profil sans changer les cotes ci-dessus), puis confirmée en 2013 (Notice 2).

Le rail OTAN (STANAG 4694)

L'OTAN a repris le Picatinny sous le nom de NATO Accessory Rail, accord de normalisation STANAG 4694, approuvé en 2009. Le rail est rétrocompatible avec le MIL-STD-1913 : les accessoires Picatinny s'y montent. Les différences sont d'ingénierie :

  • un dessin coté en millimètres ;
  • des cotes et tolérances ajoutées là où le texte américain se taisait, et une tolérance de rectitude resserrée d'environ moitié ;
  • surtout, le plan de référence change : l'accessoire est invité à s'appuyer sur le sommet du rail, le serrage le tirant vers le bas, et non plus sur les flancs en V. L'appui plan donne une position plus reproductible au démontage-remontage.

Le texte de la STANAG n'est pas en diffusion publique : ce qui précède est ce qu'en ont rapporté les communications de l'OTAN lors de son adoption, et non une lecture de la norme.

Qu'est-ce qui va sur quoi ?

Collier ↓ / Rail → Queue d'aronde Weaver Picatinny / OTAN
Queue d'aronde oui, si la largeur et l'angle correspondent non non
Weaver non oui oui en général, avec un léger jeu longitudinal
Picatinny non souvent non oui

La dissymétrie Weaver ↔ Picatinny s'explique par les deux cotes du schéma :

  • Weaver sur Picatinny : la barrette Weaver (au plus 4,57 mm) entre dans une fente de 5,23 mm. Elle y garde un peu de jeu ; en appuyant le collier vers l'avant contre la fente avant le serrage, on fait porter le recul sur la barrette dès le premier coup.
  • Picatinny sur Weaver : la barrette Picatinny, taillée pour 5,23 mm, n'entre pas dans une fente de 4,57 mm. Et même si elle entrait, un collier à plusieurs barrettes au pas de 10 mm ne tomberait pas en face de fentes espacées au hasard.

En pratique, beaucoup de colliers récents ont une barrette assez fine pour aller sur les deux ; c'est la fiche du fabricant qui le dit, pas le nom du produit.

Et la queue d'aronde reste à part : aucun de ces colliers ne s'y monte. Il existe en revanche des embases d'adaptation, qui se serrent sur une queue d'aronde et portent un rail Picatinny sur le dessus — au prix de plusieurs millimètres de hauteur supplémentaires et, sur une carabine à ressort, du même problème de butée.

Ce qui se choisit en même temps que le rail

  • Le diamètre du tube. Le collier doit correspondre au tube de la lunette : 25,4 mm (1″), 30 mm, 34 mm, et au-delà pour certaines optiques de tir long. Un collier de 30 mm « adapté » à un tube de 1″ par des bagues ne vaut pas un collier au bon diamètre.
  • La hauteur. Le collier doit dégager l'objectif du canon et le levier de culasse, mais une lunette trop haute oblige à décoller la joue de la crosse. On choisit la hauteur la plus basse qui dégage.
  • L'embase inclinée. Pour le tir long, on trouve des rails Picatinny usinés avec une pente vers l'avant, exprimée en minutes d'angle — souvent 20 MOA, soit environ 5,8 mrad (voir MOA et milliradians). La pente fait pointer la lunette légèrement vers le bas par rapport au canon, ce qui rend disponible pour les grandes distances une partie de la course de tourelle qu'on aurait gaspillée à régler le zéro.
  • Le serrage. Les couples de serrage sont ceux du fabricant du collier et varient d'un produit à l'autre ; une vis trop serrée marque le tube, une vis pas assez serrée laisse le zéro se promener. Un tournevis dynamométrique coûte moins cher qu'une lunette.

Et les règlements ?

Le rail n'est pas neutre en compétition. En tir aux armes réglementaires (TAR, FFTir), l'annexe A de l'épreuve 830 — pistolet et revolver, armes récentes — exclut les armes portant un rail Picatinny au-dessus du canon. Un rail sous le canon, comme celui du CZ 75 SP-01 ou de la carcasse du Glock, n'est pas visé par cette exclusion — les autres critères de l'épreuve, eux, s'appliquent toujours.

Plus généralement, en arme de poing comme en arme d'épaule, les règlements se prononcent sur l'arme telle qu'elle est montée, pas telle qu'elle sort du catalogue : une embase ajoutée peut faire changer une arme de catégorie. Le règlement de la discipline, dans son édition en cours, tranche.

Voir aussi

Sources

  • MIL-STD-1913 (AR), Dimensioning of Accessory Mounting Rail for Small Arms Weapons, U.S. Army ARDEC, Picatinny Arsenal, 3 février 1995 ; Notice 1 du 10 juin 1999 (figure 1 révisée) ; Notice 2 du 3 octobre 2013 (validation). Document approuvé pour diffusion publique.
  • STANAG 4694, NATO Accessory Rail — texte non public ; caractéristiques d'après les communications de l'OTAN rapportées lors de son adoption (2009) et de sa publication (2011).
  • Documentation technique du fabricant Weaver sur les différences Weaver / Picatinny, et sur le montage des lunettes sur carabines .22 LR et à air.
  • Mesures des queues d'aronde de carabines à air réalisées pour un fabricant de montages, publiées dans le blog technique d'un distributeur d'armes à air (2007).
  • Anschütz, fiche des dioptres série 8000 (serrage 11 mm, pièce Picatinny en option, modèles concernés).
  • MEC / Centra, catalogue général V, valable à partir du 1ᵉʳ avril 2023, p. 10, 68, 72, 74 et 78 (variantes par marque des accessoires de visée, rails à prisme Walther et Feinwerkbau, lunettes pour rail 11 mm).
  • F. W. Mann, The Bullet's Flight from Powder to Target, éd. de 1942, p. 93 et 127-130 ; brevet US 830 729, Telescope-mount for rifles, 11 septembre 1906.

Cet article a fait l'objet d'une vérification factuelle : voir la fiche de vérification.

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