Table des matières
L'amorçage des cartouches : annulaire, centrale, Boxer et Berdan
Comment part le coup, et pourquoi cela décide de ce que vous pouvez recharger
Une cartouche moderne doit résoudre un problème simple à énoncer : allumer une charge de poudre enfermée dans un étui métallique, à l'instant voulu, avec un percuteur qui frappe de l'extérieur. La solution retenue — l'endroit où l'on place la matière détonante — n'est pas un détail de fabrication : elle détermine si l'étui est rechargeable, à quelle pression il peut travailler, et quel outillage il vous faut sur l'établi.

Deux systèmes seulement ont survécu : l'annulaire et la percussion centrale. Les quatre autres que montre ce schéma sont des impasses du XIXe siècle, racontées dans Des systèmes de mise à feu : de la mèche à l'amorce.
La chaîne d'allumage
Entre la détente et la balle, il se passe toujours la même chose, quel que soit le système :
- le percuteur frappe et écrase une pincée de composition détonante entre deux surfaces dures ;
- le choc — et non la chaleur — décompose cette composition, qui produit une gerbe de flamme et de particules incandescentes ;
- cette gerbe traverse un ou plusieurs canaux de feu et pénètre dans la masse de poudre ;
- la poudre s'enflamme sur une grande surface à la fois, la pression monte, la balle part.
Le point essentiel est celui du point 1 : il faut une enclume. Une composition détonante frappée dans le vide ne détone pas ; il lui faut une surface d'appui contre laquelle être écrasée. Toute la différence entre les systèmes tient à l'endroit où l'on met cette enclume.
Amorçage n'est pas allumage. L'amorce ne « met pas le feu » à la poudre comme une allumette. Elle projette des particules incandescentes dans la masse de poudre, sur une profondeur de quelques millimètres. C'est pourquoi la puissance de l'amorce influe sur la régularité de la combustion, et donc sur la dispersion — voir Le choix des amorces.
L'amorçage annulaire (rimfire)
Dans une cartouche annulaire, la composition détonante est logée à l'intérieur du bourrelet, tout autour du culot, répartie par force centrifuge lors de la fabrication. Il n'y a pas d'amorce séparée : l'étui est l'amorce.
L'enclume, ici, c'est la face de culasse de l'arme. Le percuteur frappe le bord du bourrelet et l'écrase entre lui-même et la culasse ; la composition prise en sandwich détone.

Deux conséquences découlent directement de ce principe :
- L'étui n'est pas rechargeable. Le bourrelet doit être assez mince pour que le percuteur l'écrase ; il est déformé à chaque tir, et il n'existe aucun moyen de le regarnir de composition. Une douille de .22 se jette — ou se recycle comme laiton.
- La pression est bridée. Un culot assez mince pour être écrasé ne peut pas encaisser les pressions d'une cartouche moderne. C'est la raison de fond pour laquelle l'annulaire est resté cantonné aux petits calibres, alors qu'il a existé au XIXe siècle des annulaires jusqu'au .58.
Ne jamais tenter de recharger une douille annulaire. Ce n'est pas une question de difficulté mais de sécurité : l'étui n'est pas conçu pour être réamorcé, et la composition ne peut pas être répartie correctement à la main.
L'amorçage à percussion centrale (centerfire)
Dans une cartouche à percussion centrale, la composition est enfermée dans une coupelle métallique séparée — l'amorce — sertie au centre du culot, dans un logement usiné appelé puits d'amorce. Le percuteur frappe le fond de cette coupelle.
Cette fois, l'étui n'a plus à se déformer : le culot peut être aussi épais qu'on veut. C'est ce qui rend possibles les hautes pressions modernes, et c'est aussi ce qui rend l'étui réutilisable, puisqu'on peut chasser l'amorce usagée et en poser une neuve.

Reste la question de l'enclume — et c'est là que deux écoles se sont séparées, la même année.
Boxer et Berdan : où mettre l'enclume ?
Les deux brevets datent de 1866, à quelques mois d'écart, et leur postérité géographique est exactement l'inverse de ce que la nationalité de leurs auteurs laisserait attendre.
| Boxer | Berdan | |
|---|---|---|
| Inventeur | Colonel Edward Mounier Boxer, britannique | Hiram Berdan, américain |
| Brevet | Grande-Bretagne, 13 octobre 1866 (brevet américain 91 818 en 1869) | États-Unis 53 388, 20 mars 1866 (perfectionné par le 82 587 de 1868) |
| Enclume | dans l'amorce, pièce rapportée en forme d'étrier | dans l'étui, téton dressé au fond du puits |
| Canal de feu | un seul, central | deux (parfois plus), latéraux, de part et d'autre du téton |
| Désamorçage | tige poussée par le canal central | pince, levier ou pression hydraulique |
| Domine aujourd'hui | production civile américaine | surplus militaires hors États-Unis |
L'ironie des deux brevets. Le système du Britannique Boxer est devenu la norme américaine, et celui de l'Américain Berdan la norme européenne. Le rechargeur belge est donc régulièrement confronté à des étuis Berdan dans les surplus, alors que tout son outillage est prévu pour du Boxer.
Reconnaître l'un de l'autre
La méthode est immédiate : regardez dans l'étui vide, par la bouche, à la lumière.
- un seul trou bien centré au fond → Boxer, rechargeable avec l'outillage courant ;
- deux trous décalés, de part et d'autre d'une petite bosse → Berdan.
Sur une douille encore amorcée, l'extérieur ne dit rien : les deux amorces se ressemblent. Un indice indirect existe cependant — les diamètres Berdan ne correspondent à aucun diamètre Boxer. Les deux tailles les plus courantes en calibre carabine, 5,5 mm (0,217″) et 6,45 mm (0,254″), encadrent le 5,33 mm (0,210″) de la Large Rifle Boxer : une amorce Boxer refusera d'entrer, ou entrera avec un jeu manifeste.
Désamorcer du Berdan
Ce n'est pas impossible, seulement pénible, et cela ne se fait pas avec une tige de désamorçage ordinaire — qui casserait sur le téton d'enclume :
- pince à levier : un crochet passé sous le bord de l'amorce, qui fait levier sur le culot ;
- pression hydraulique : la douille est remplie d'eau, une tige ajustée est enfoncée dans le collet, et l'incompressibilité de l'eau chasse l'amorce.
Dans les deux cas il faut ensuite trouver des amorces Berdan au bon diamètre, ce qui est le vrai obstacle. Pour du tir de volume, mieux vaut trier les étuis Boxer à la récupération et laisser le Berdan aux collectionneurs.
Les quatre tailles d'amorces Boxer
Il n'existe que deux diamètres et quatre types d'amorces Boxer courantes — Small Pistol, Large Pistol, Small Rifle, Large Rifle — auxquels s'ajoutent les variantes magnum et match. Le choix conditionne la pression et la régularité, et fait l'objet d'une page dédiée : Le choix des amorces.
Un point mérite d'être rappelé ici, parce qu'il relève de l'amorçage et non du choix : Small Pistol et Small Rifle partagent le même diamètre, mais la coupelle de la Small Rifle est plus épaisse, pour résister à des pressions supérieures. Les intervertir n'est pas anodin.
Cas particuliers
- Amorçage serti. Beaucoup de munitions militaires ont l'amorce sertie dans son logement — anneau rabattu ou points de matage — pour tenir au fonctionnement automatique. À la recharge, ce sertissage doit être retiré au fraisage ou au matoir avant de poser une amorce neuve, faute de quoi elle se déformera ou refusera d'entrer.
- Amorçage militaire étanche. Un vernis coloré, souvent rouge ou noir, scelle le pourtour de l'amorce et parfois le collet. Il est sans conséquence au rechargement une fois l'amorce chassée.
- Amorces sans plomb. Elles remplacent le styphnate de plomb par d'autres composés, pour les stands couverts. Leur comportement d'allumage diffère un peu ; voir Le choix des amorces.
Voir aussi
- Des systèmes de mise à feu : de la mèche à l'amorce — d'où viennent ces systèmes, et les quatre impasses du XIXe siècle.
- Le choix des amorces : influence sur la précision et la pression — quelle amorce pour quel usage.
- Ch. 4 du guide de rechargement — La science de l'assemblage — la mise en œuvre : désamorçage, sertissage, profondeur de pose.
- Les débuts du revolver américain — la guerre des brevets qui a engendré les systèmes bâtards.
Sur le forum
- Munitions, rechargement, balistique — la section où poser une question de rechargement.
- Armes anciennes → Les munitions PN — poudre noire, capsules et amorçage des armes anciennes.
