Winchester et les autres armes à levier de sous-garde

par Jean-Claude Cavalier

Remerciement spécial : cette page reproduit le texte du fascicule Winchester et les autres armes à levier de sous-garde de Jean-Claude Cavalier (« Jesse Lone Rider »), qui a aimablement autorisé sa reprise et sa diffusion sur Tireur.org. Qu'il en soit chaleureusement remercié.

Depuis que l’homme utilise des armes à feu, son rêve est de pouvoir tirer plusieurs fois sans recharger son arme.
Alors, il a mis au point différents systèmes utilisant généralement plusieurs canons mis côte-à-côte. La mise à feu étant simultanée, l’effet devait être spectaculaire et meurtrier mais, on se retrouvait alors à devoir recharger l’ensemble et recommencer. La taille des engins relevait davantage de l’artillerie.

Dès la fin du 16ᵉ siècle, apparaît le barillet et donc, l’arme individuelle à répétition c’est-à-dire pouvant tirer plusieurs fois sans recharger.
Elle reste très rare et d’un emploi délicat surtout à cause des systèmes de mise à feu, mèche, rouet, silex, qui enflamment le pulvérin (poudre noire très fine) contenu dans un petit réceptacle, le bassinet, équipant chaque chambre sur le pourtour du barillet cylindrique.
Seuls des hauts personnages avaient le privilège et les moyens de détenir de telles armes à barillet.

Le verrou du brevet Colt

En 1836, une étape est franchie avec la mise au point du revolver par Samuel Colt. Il a l’idée d’un mécanisme où l’armement du chien fait tourner le barillet jusqu’à la chambre suivante et à son blocage devant le canon.
Il profite aussi des toutes récentes capsules ou amorces de percussion bien plus fiables que le silex. Elles contiennent une matière détonante au choc et sont posées sur les cheminées, sorte de tétons percés d’un petit canal communiquant à l’arrière des chambres, pour enflammer la charge principale de poudre noire contenue dans la chambre.
Samuel Colt dépose un brevet la même année.
La cartouche métallique n’existant pas encore, le chargement de son revolver à percussion se fait par l'avant du barillet avec une dose de poudre noire. La balle est alors poussée dans la chambre avec le refouloir de façon à affleurer le bord du barillet puis, on passe au chargement de la chambre suivante. Ensuite, on remplit de graisse le creux autour des balles pour empêcher l'humidité de pénétrer et pour empêcher la flamme issue d'une chambre voisine d'allumer plusieurs charges en même temps. Finalement, on pose les amorces sur les cheminées à l’arrière du barillet. Une pression sur la détente libère le chien qui s’abat sur l’amorce de la chambre placée devant le canon, la flamme de l’amorce traverse la cheminée, enflamme la poudre noire et le coup part. C’est évidemment un peu fastidieux mais, ce principe restera celui de tous les revolvers à percussion jusqu’au début des années 1870.

Dès le début de sa production en 1836 jusqu’en 1841 et surtout à partir de 1855 avec le mécanisme du Colt Root à carcasse fermée, Colt propose aussi des armes d’épaule à barillet, carabines courtes ou “rifles” plus longs.

Le mot “rifle” désigne aux USA une arme d’épaule rayée plus longue que la carabine de selle, et n’a pas de traduction précise en français bien que l’on pourrait parler de carabine de sport ou de chasse, voire de fusil rayé lorsque l’arme est très longue ou de calibre puissant.

Son brevet donnera à Colt le monopole du revolver et de son système jusqu’en 1857. Personne ne peut copier ses armes à barillet et les contrevenants sont poursuivis en justice. Parmi eux se trouve un certain Daniel Baird Wesson en 1851…

Hunt, Jennings, Robbins & Lawrence : le magasin tubulaire

Dès 1847 et sans doute devant le challenge de fabriquer une arme à répétition sans barillet, le mécanicien et inventeur de l’épingle de sûreté Walter Hunt a l’idée de placer un magasin en forme de tube sous le canon de son fusil. Ce magasin tubulaire contient les munitions qui sont amenées vers le boîtier de culasse afin d’être ensuite élevées au niveau du canon.
Ensuite, la munition est poussée dans le canon par la culasse.
Le mécanisme est très complexe et coûteux à réaliser.
Il faut aussi placer une amorce de percussion sur une cheminée avant de tirer chacun des coups.
Étant donné que la douille métallique n’est toujours pas au point aux USA, la munition est simplement une balle en plomb dont la base est creusée d’une cavité contenant de la poudre noire et obturée par une sorte d’opercule percé afin de laisser passer la flamme de l’amorce séparée.
On l’appellera “Rocket-Ball”.
En théorie, cela devrait fonctionner. En pratique, le peu de poudre noire contenue dans la Rocket-Ball donne une puissance anémique et, de plus, le reflux de gaz brûlant vers l’arrière, risque à tout moment de provoquer l’inflammation de toutes les balles contenues dans le magasin avec les conséquences que l’on imagine.

Hunt, sans moyens financiers, ne fabriquera au mieux que quelques prototypes dont un seul est parvenu jusqu’à aujourd’hui. Il revend son brevet à son ami mécanicien George Arrowsmith qui confie le projet à son ouvrier Lewis Jennings. Celui-ci modifie l’arme et prend un nouveau brevet en 1849.
Arrowsmith, lui aussi par manque d’argent, revend les brevets à un quincaillier de New York, Courtland Palmer qui décide de faire fabriquer 5.000 fusils par la firme Robbins & Lawrence, déjà bien connue et outillée dans la fabrication d’armes.
Le fusil en calibre .54 tire la fameuse Rocket-Ball contenue dans le magasin tubulaire sous le canon. Le mécanisme, resté compliqué, est actionné par un levier d’armement à anneau.
La mise à feu est assurée par un système automatique de distribution d’amorces qui ont la forme d’une pilule.

Smith, Wesson et la genouillère

Le fusil Jennings est un échec et on n’en fabriquera qu’un millier.
Mais, dans la manufacture Robbins & Lawrence, 2 ouvriers-armuriers sont chargés de repenser le mécanisme de ce fusil, Daniel Baird Wesson et Benjamin Tyler Henry.
Se joint à eux un armurier très expérimenté : Horace Smith.
Ce dernier avec Daniel Wesson et Courtland Palmer pour la partie financière, vont fonder une société et à nouveau modifier le mécanisme et la munition, ce qui débouche sur un nouveau brevet en 1851. Benjamin Henry est toujours présent mais, préfère rester simple ouvrier-armurier sans s’engager financièrement dans la société.

Le système comporte toujours un tube-magasin sous le canon, qui contient les munitions. Celles-ci sont poussées par un ressort vers le mécanisme contenu dans le boîtier de culasse où elles entrent une à une dans un auget, sorte de berceau qui, sous l’action d’un levier d’armement, fait monter la munition au niveau du canon, un peu comme un ascenseur.
En refermant le levier de sous-garde, la culasse pousse la munition dans la chambre du canon et l’auget redescend chercher une nouvelle balle.
Cette mécanique est souvent appelée “à genouillère” car le levier d’armement fait se plier ou se déplier des pièces articulées, un peu comme un genou, qui font reculer ou avancer la culasse. Elle équipera toutes les armes futures mises au point sur base de ce système jusqu’à la Winchester 1876.

En l’absence de douilles métalliques qui restent à mettre au point, la Rocket-Ball est encore améliorée. Le creux de la balle est rempli par un mélange de poudre noire et de matière détonante aux chocs, et fermé par un opercule en liège. Lorsque le percuteur frappe et perce le liège, la substance détonante proche de celle des amorces de percussion, s’enflamme et le coup part.

La puissance reste anémique et le risque d’inflammation de toutes les munitions dans le magasin est bien réel.

Smith et Wesson s’associent définitivement vers 1854 pour former la société qui existe toujours. Ils proposent un pistolet en .31 ou .41, basé sur les principes décrits, que l’on appellera Smith & Wesson Norwich du nom de la ville où se situe l’atelier.
Avec une production de 1.100 exemplaires, l’arme a un succès assez mitigé.

Volcanic, puis New Haven Arms

A l’approche de l’expiration du brevet Colt sur les revolvers prévue en février 1857, Smith & Wesson ainsi que le financier Courtland Palmer ont l’opportunité de revendre l’ensemble des brevets du système à levier de sous-garde à un groupe d’investisseurs dans lequel figure un certain Oliver Fisher Winchester. Ce dernier a fait fortune dans la confection de chemises de prêt-à-porter.
Avec ses confrères financiers, il crée la Volcanic Repeating Arms Co en 1855 et c’est sous l’appellation “Volcanic” que seront connues dorénavant les armes à levier de sous-garde utilisant la fameuse Rocket-Ball.

Benjamin Tyler Henry retourne travailler chez Robbins & Lawrence.
De leur côté, Smith & Wesson s’intéresseront dorénavant au revolver à cartouches métalliques. Mais, ceci est une autre histoire…

Chez Volcanic, c’est un certain William Hicks qui dirige la production.
Mais, les affaires vont mal malgré une offre assez large de pistolets et de carabines, du pistolet de poche à canon de 4“ et magasin de 6 balles au rifle de 24” et magasin de 30 balles.
Mais, décidément, cette fameuse Rocket-Ball n’inspire pas la confiance et manque cruellement de puissance.
Il faut aussi ajouter à cela que la fin du brevet Colt en 1857, ouvre le marché à tous les fabricants de revolvers à percussion et ils furent nombreux à proposer des armes fiables et puissantes. Alors, acheter un pistolet Volcanic anémique dans ces conditions…

Gravure publicitaire en écorché de la New Haven Arms Company pour les Volcanic Repeating Fire-Arms. Tout le système y est lisible : le tube-magasin sous le canon, son ressort et les Rocket-Balls empilées (l'une d'elles est dessinée à part, sous le canon), le levier de sous-garde à anneau et les genouillères articulées qui manœuvrent la culasse. Image : Hmaag, licence CC0, via Wikimedia Commons.

Gravure publicitaire en écorché de la New Haven Arms Company pour les Volcanic Repeating Fire-Arms. Tout le système y est lisible : le tube-magasin sous le canon, son ressort et les Rocket-Balls empilées (l'une d'elles est dessinée à part, sous le canon), le levier de sous-garde à anneau et les genouillères articulées qui manœuvrent la culasse. Image : Hmaag, licence CC0, via Wikimedia Commons.

Malgré un apport d’argent frais de la part, entre autres, de Oliver Winchester, la société est déclarée en faillite en début 1857. Winchester rachète les dettes, devient le propriétaire de tous les avoirs de la défunte société et fonde dans la foulée la New Haven Arms Co dont il est le principal actionnaire.

Benjamin Tyler Henry revient comme directeur technique et on reprend la fabrication des pistolets et carabines Volcanic et de leurs munitions Rocket-Balls dès la mi-1857.
Que de péripéties en 10 ans pour fabriquer à peine quelques milliers d’armes à la munition chétive !

1860 : la cartouche Henry

Dès 1857, Henry a pu examiner la petite cartouche de .22 short de ses amis Smith & Wesson. A la fin 1858, il parvient à réaliser une cartouche métallique de .44 annulaire.
Il ne restait qu’à adapter le mécanisme Volcanic à cette nouvelle munition par l’allongement du mécanisme dont celui de l’auget-élévateur et l’adjonction d’un extracteur de douilles vides. Benjamin Tyler Henry obtient un brevet en 1860, qu’il céda ensuite à la New Haven Arms Co. Incontestablement, l’arme a un air de famille avec la Volcanic. Il faut charger le magasin par l’avant en repoussant et en bloquant sur le côté le poussoir de munitions, ce qui dégage le bout du magasin par où introduire les munitions. Une fois remis en place, le poussoir coulisse dans une fente sur toute la longueur du magasin en poussant les cartouches grâce à un ressort en spirale. Les munitions entrent une à une dans l’auget.
La manœuvre du levier de sous-garde fait reculer la culasse qui arme le chien au passage et fait monter l’auget contenant une cartouche à hauteur du canon, ce qui éjecte la douille vide du tir précédent. En refermant le levier, la culasse pousse la nouvelle munition dans la chambre du canon et l’auget redescend prendre en charge une autre cartouche.
Le boîtier en fer ou surtout en laiton ne présente pas encore la portière typique de chargement sur le côté droit, que l’on retrouvera sur les futures Winchesters.
C’est le mécanisme Volcanic adapté à la cartouche métallique .44 Henry Flat Rimfire, nom que prend la nouvelle munition à bout plat. Cette cartouche annulaire (comme les .22LR actuelles), est chargée de 28 grains (1,8 g) de poudre noire avec une balle de 200 grains (13 g). La vitesse de sortie est de ± 340 m/s et l’énergie de ± 760 joules n’a plus rien à voir avec la Rocket-Ball. Enfin, une vraie munition digne de ce nom !

Le rifle Henry 1860, boîtier de laiton, canon de 24″ et magasin de 15 cartouches. La fente courant sur toute la longueur du magasin — dans laquelle coulisse le poussoir de munitions — est la faiblesse que la Winchester 1866 corrigera. Photo : Hmaag, licence CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le rifle Henry 1860, boîtier de laiton, canon de 24″ et magasin de 15 cartouches. La fente courant sur toute la longueur du magasin — dans laquelle coulisse le poussoir de munitions — est la faiblesse que la Winchester 1866 corrigera. Photo : Hmaag, licence CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

On ne produit que le “rifle” à canon de 24“ avec un magasin de 15 cartouches, qui sera fabriqué à 14.000 exemplaires entre 1862 et 1866. Pas d’autres longueurs de canon et plus de pistolets.

La Guerre de Sécession

Avec la Guerre de Sécession qui commence en 1861, l’armée US s’intéresse à l’arme et en achète 1.700 mais, les essais ne sont pas concluants à cause du magasin fendu et de la fenêtre d’éjection grande ouverte sur le haut du boîtier. Il est vrai qu’un simple bout de branche d’arbre peut bloquer facilement le mécanisme.
Du côté civil, le succès n’est pas négligeable et des états équipent quelques unités avec cette arme dont les Confédérés diront “qu’on la charge le dimanche et qu’elle tire toute la semaine”.

Il faut se rappeler que pendant la Guerre de Sécession, la grande majorité des soldats sont encore équipés de fusils à 1 coup à chargement par le bouche (Springfield, Enfield,…).
Il faut s’imaginer le stress lorsqu’il faut recharger une telle arme, debout sous le feu ennemi. Seules certaines unités de tireurs d’élite ont un fusil à chargement par la culasse avec des cartouches en papier, comme les Sharps.

Les concurrents : Spencer et Evans

Et il ne faut surtout pas oublier les carabines et rifles Spencer du nom de l’inventeur Christopher Spencer. Ce dernier avait un peu travaillé chez Colt et a conçu un mécanisme à répétition qui aura beaucoup de succès pendant la Guerre de Sécession.
L’arme est alimentée par un tube-magasin placé dans la crosse. Il peut contenir 7 cartouches annulaires en calibre voisin du .52.
Lorsque l’on actionne le levier-pontet, la culasse en quart de cercle pivote vers le bas pour éjecter la douille tirée mais surtout, pour laisser le passage à une munition venant du magasin de crosse pour charger la chambre du canon.
Par contre, il faut armer le chien séparément.

Le total de la production s’élève à ± 200.000 exemplaires entre 1860 et 1869 dont plus de 100.000 achetés par le gouvernement de l’Union. Ce sera ainsi la première arme réglementaire à cartouches métalliques au monde.

Une Spencer, ici en modèle 1867 : le magasin de 7 cartouches est logé dans la crosse, et le levier-pontet fait pivoter vers le bas une culasse en quart de cercle. Le chien, bien visible, doit être armé séparément à chaque coup. Photo : Jadechat, licence CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Une Spencer, ici en modèle 1867 : le magasin de 7 cartouches est logé dans la crosse, et le levier-pontet fait pivoter vers le bas une culasse en quart de cercle. Le chien, bien visible, doit être armé séparément à chaque coup. Photo : Jadechat, licence CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Dans la lignée des armes à magasin dans la crosse, notons également l’étonnant système Evans.
Le gros magasin de crosse comporte une sorte d’hélice tubulaire qui quadruple la capacité de 7 cartouches des armes Spencer. Cela donne 4 rangées de munitions dans le gros tube. Lorsque l’on manœuvre le levier de sous-garde, le magasin tourne qu’un quart de tour pour fournir une nouvelle cartouche qui est acheminée à travers le boîtier vers la chambre du canon. Selon le modèle qui évoluera au fil de la production et surtout selon la longueur de la munition (.44 Evans short ou long), la capacité du magasin pouvait aller de 26 à 34 cartouches.
Avec le magasin complètement garni, le poids total devait être assez conséquent.

Pas de chien extérieur et une crosse assez spéciale où on voit affleurer le tube-magasin.
On en fabriqua 15.000 entre 1873 et 1879, répartis entre carabines courtes, rifles et military muskets. Mais, l’armée US ne s’y intéressa pas et la société fit faillite en 1880.

Un Evans military musket (modèle de transition, vers 1876) : pas de chien extérieur, et une crosse très particulière où affleure le tube-magasin hélicoïdal de 26 à 34 cartouches. Photo : The Metropolitan Museum of Art, licence CC0.

Un Evans military musket (modèle de transition, vers 1876) : pas de chien extérieur, et une crosse très particulière où affleure le tube-magasin hélicoïdal de 26 à 34 cartouches. Photo : The Metropolitan Museum of Art, licence CC0.

La Winchester 1866, le « Yellow Boy »

Chez Winchester, les relations ne sont plus au beau fixe entre Benjamin Tyler Henry et Oliver Winchester. Ce dernier est conscient des problèmes du rifle Henry et charge l’un de ses ingénieurs, Nelson King, d’y remédier.
Ce dernier va placer une portière de chargement sur le côté droit du boîtier qui reste en laiton. Les cartouches, toujours en .44 Henry annulaire, sont chargées par cette portière, traversent l’auget en position basse et pénètrent dans le tube-magasin qui est complètement fermé et protégé par un garde-main en bois.
Le mécanisme à genouillères et auget de la Henry est conservé.
On propose la carabine de selle à canon de 20”, le rifle à canon de 24“ et le “musket” militaire à canon de 27” et magasin de 24“.

L’arme sort en 1866, juste au moment de la prise de pouvoir définitive de Oliver Winchester.
La société qui porte son nom dorénavant, existe toujours aujourd’hui, bien qu’elle ne fabrique plus d’armes à proprement parler.
C’est un défi que de sortir une nouvelle arme en 1866 alors que l’armée US commence à vendre ses armes de surplus après la guerre terminée en 1865, y compris les Spencer.
La Winchester 1866 va être fabriquée jusqu’en 1898 à 170.000 exemplaires. Elle équipera beaucoup de pionniers partant vers l’Ouest et prendra le surnom de Yellow Boy (garçon jaune) qui aurait été imaginé par les Amérindiens.
Si l’armée US ne s’y intéresse pas, Winchester vendra sa 1866 aux gouvernements du Mexique et de l’Empire Ottoman mais, aussi à la France de la fin du Second Empire.
Une belle réussite et une belle longévité !

La Winchester 1866, ici en version musket : le boîtier de laiton qui lui vaut son surnom de Yellow Boy, le tube-magasin désormais entièrement fermé et protégé par un garde-main en bois. Photo : Hmaag, licence CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

La Winchester 1866, ici en version musket : le boîtier de laiton qui lui vaut son surnom de Yellow Boy, le tube-magasin désormais entièrement fermé et protégé par un garde-main en bois. Photo : Hmaag, licence CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

La Winchester 1873 et la .44-40

Mais, Winchester lorgne sur un contrat militaire américain et, de façon plus générale, la cartouche de .44 Henry est jugée un peu faible alors que le culot en cuivre assez mou ne permet pas d’augmenter exagérément la charge sans risquer la déchirure.
Dès lors, les bureaux de Winchester planchent sur une nouvelle arme et une nouvelle munition. Côté munition, ce sera la célèbre .44-40 Winchester : douille en laiton plus longue que la .44 Henry, culot épais, percussion centrale avec une amorce pouvant être renouvelée, charge de 40 grains (2,6 g) de poudre noire au lieu de 28 mais, toujours la balle de 200 grains de la Henry et de la 1866. La vitesse passe à 400 m/s.
Ce n’est pas une cartouche de grande chasse ou de grande puissance mais, elle est toujours populaire aujourd’hui comme calibre moyen.

Le boîtier en laiton de la 1866 étant jugé trop fragile, on utilise l’acier pour cette nouvelle carabine qui va prendre le nom de Winchester 1873. Le mécanisme est toujours celui à genouillères et auget des modèles précédents mais, on ajoute une trappe coulissante afin de fermer la fenêtre d’éjection sur le haut du boîtier. La trappe s’ouvre à la première manœuvre du levier de sous-garde.
L’intérieur du boîtier est accessible par 2 plaques latérales faciles à démonter.

La Winchester 1873 : le boîtier passe du laiton à l'acier pour encaisser la .44-40, et l'intérieur du mécanisme reste accessible par deux plaques latérales démontables. Photo : Hmaag, licence CC0, via Wikimedia Commons.

La Winchester 1873 : le boîtier passe du laiton à l'acier pour encaisser la .44-40, et l'intérieur du mécanisme reste accessible par deux plaques latérales démontables. Photo : Hmaag, licence CC0, via Wikimedia Commons.

Au début, le succès est mitigé d’autant que la 1866 “fait le job” dans beaucoup d’utilisations. Rapidement, on propose un petit outillage de rechargement, chose impossible avec les munitions annulaires. Il suffit d’enlever l’amorce, d’en mettre une neuve, de charger la poudre noire et de sertir une nouvelle balle que l’on a coulée. Simple quand on est loin de tout !

En 1878, Colt décide de proposer son revolver Single Action Army 1873 en .44-40 Winchester alors que, jusque là, il était seulement en .45 Long Colt aux performances assez analogues.
Et là, c’est le succès ! Avoir une carabine et un revolver qui tirent le même calibre….fini les boîtes de munitions différentes ! 2 armes, une seule cartouche !

Dans les années qui suivront, Winchester proposera sa 1873 en calibres .38-40 et .32-20.
Colt suivra avec son SAA 1873 qui prendra le surnom de Frontier Six-Shooter lorsqu’il est calibré en .44-40. Dans les 2 autres calibres, on parle aussi de “Frontier calibers”.
La Winchester 1873 sera fabriquée jusqu’en 1923 à 720.000 exemplaires alors qu’il existe des modèles plus récents chez Winchester depuis les années 1880-1890.

Dans les années 1880, Colt va commencer la fabrication de carabines à levier de sous-garde. Réponse du berger à la bergère : Winchester va sortir un revolver.
On s’est compris et un accord tacite rendra la fabrication des carabines à levier à la firme Winchester et celle des revolvers à la firme Colt. A chacun son boulot !

La butée du .45-70 et le modèle 1876

Mais, bien qu’il y aura des commandes militaires à l’international, rien du côté des États-Unis. Depuis 1873, l’armée US a adopté le calibre .45-70 estimant que toute arme d’épaule doit pouvoir tirer ce calibre.
Chez Winchester, on fait des essais mais, le mécanisme à genouillères n’apprécie pas du tout ce calibre puissant et le boîtier en acier n’y fait rien.
Néanmoins, on travaille sur des munitions plus puissantes, quitte à allonger le boîtier de culasse de la 1873.
On arrive à un calibre .45-75 Winchester à balle de 350 grains, moins lourde que les 405 grains de la .45-70 réglementaire et qui provoque moins de recul et de pression pour le mécanisme.
Si la .45-75 et les autres calibres proposés constituent le maximum pour les genouillères, le calibre .45-70 a de la marge et pourra être chargé avec des balles de plus de 500 grains.
Dès lors, le modèle 1876 à boîtier de 1873 allongé sort chez Winchester mais, pas en .45-70. Si l’armée US continue de bouder, la Police Montée Canadienne achète la version “carabine” possédant un garde-main allongé presque jusqu’à la bouche du canon.
L’arme équipera aussi la “grande chasse” grâce à des calibres variés tirés par les rifles 1876. Le Président Teddy Roosevelt appréciait ce modèle et ne se privait pas d’en faire la publicité. Jusqu’en 1898, près de 64.000 modèles 1876 seront fabriqués.

Le concurrent : Marlin

Du côté de la concurrence, John Marlin propose des petits pistolets de poche appelés deringers depuis 1863. Vers le début des années 1870, il fabrique des revolvers de poche en petits calibres du .22 au .32 annulaires. Vers 1875, il s’associe à la firme Ballard pour commercialiser des fusils rayés à 1 coup dont ceux en gros calibres participeront à la chasse (le massacre…) des bisons dans les Grandes Plaines jusqu’au début des années 1880, à côté des Sharps et autres Remington Rolling-Block.

A cette époque, Marlin met au point une première carabine à levier, baptisée modèle 1881. Contrairement à la Winchester 1876, la Marlin est proposée dans le fameux calibre .45-70 réglementaire ainsi que dans d’autres gros calibres.
Marlin n’aura pas davantage de succès du côté de l’armée US que Winchester.

En 1888, puis 1889 et enfin 1894, Marlin commercialise aussi des modèles avec un nouveau mécanisme, qui tirent des calibres moyens comme le .44-40,.
En 1891, puis 1892 et enfin 1897, c’est le tour des modèles de petits calibres, genre .22 ou .32 annulaires.
Les ventes sont assez importantes, jusqu’à 250.000 modèles 1894.

A cette époque, il y aura aussi le modèle 1893 qui tire la toujours actuelle .30-30 chargée de poudre vive sans fumée et fabriqué à 1 million d’exemplaires jusqu’en 1935.
Beaucoup de modèles, presque un par année, preuve d’améliorations constantes et un beau succès qui vaut à Marlin d’être considéré encore aujourd’hui comme le concurrent principal de Winchester.

John Moses Browning et les verrous verticaux

Du côté de ce dernier, la sortie de la Marlin 1881 en .45-70, fait prendre conscience que les modèles à genouillères et auget (1866, 1873 et 1876) sont dépassés, du moins pour les gros calibres de chasse.
La rumeur qu’un jeune armurier hyper-doué travaille à Ogden (Utah) arrive aux oreilles de la Direction. L’un des dirigeants de Winchester se rend en train jusqu’à Ogden où il rencontre John Moses Browning, celui qui deviendra l’armurier le plus prolifique de tous les temps. Moyennant contrat et promesse de fabrication chez Winchester des carabines High Wall et Low Wall 1885 à 1 coup mises au point par John Browning dans son petit atelier, celui-ci commence à travailler pour Winchester.

Il remplace le système à genouillères et met au point un tout autre mécanisme : l’action sur le levier de sous-garde provoque l’abaissement de 2 verrous verticaux qui débloquent ainsi la culasse qui peut reculer en éjectant la douille du tir précédent, une sorte de rampe amène une nouvelle cartouche provenant du tube-magasin toujours sous le canon.
La fermeture du levier provoque l’avancée de la culasse qui chambre la munition et enfin, la remontée des 2 verrous qui bloquent complètement la culasse.
Ces 2 verrous coulissent dans 2 rainures de la culasse mais aussi, dans 2 rainures du boîtier. Tout fait corps pour résister enfin à la .45-70 ainsi qu’à d’autres calibres de grande chasse, y compris ceux chargés quelques années plus tard à la poudre vive sans fumée qui remplacera la vieille poudre noire vers la moitié des années 1890.
Le modèle Winchester 1886 est né. Il s’en fabriquera 160.000 jusqu’en 1935.

Dans la foulée, on adopte le nouveau mécanisme Browning à des carabines de calibres moyens comme la .44-40. C’est le modèle 1892 : 1 million d’exemplaires jusqu’en 1941.

A ce moment, Winchester pense déjà au remplacement définitif de la poudre noire par la nouvelle poudre pyroxylée sans fumée. John Browning modifie un peu son mécanisme et propose le modèle 1894 qui tire la nouvelle .30-30, intermédiaire entre moyens et gros calibres. Après une brève interruption au début des années 2000, ce modèle 1894 est toujours fabriqué aujourd’hui sous licence Winchester par la firme japonaise Miroku.
Au total, on évoque souvent une production entre 7 et 8 millions d’exemplaires, ce qui en fait la carabine de chasse à grande puissance la plus vendue de l’histoire des États-Unis.

Une Winchester 1894 en version Takedown (ici un exemplaire de 1906) : c'est le modèle à verrous verticaux de Browning, chambré en .30-30 à poudre sans fumée, et la carabine de chasse à grande puissance la plus vendue de l'histoire des États-Unis. Photo : The Metropolitan Museum of Art, licence CC0.

Une Winchester 1894 en version Takedown (ici un exemplaire de 1906) : c'est le modèle à verrous verticaux de Browning, chambré en .30-30 à poudre sans fumée, et la carabine de chasse à grande puissance la plus vendue de l'histoire des États-Unis. Photo : The Metropolitan Museum of Art, licence CC0.

A noter que les “vieux” modèles à genouillères seront encore fabriqués en même temps que les nouveaux modèles, jusqu’en 1923 pour la Winchester 1873, ce qui est surprenant et impensable aujourd’hui.

On ne peut clore le chapitre Winchester à levier de sous-garde sans évoquer le modèle 1895. Encore une fois mise au point par John Moses Browning, cette arme n’a plus le fameux magasin tubulaire sous le canon. Il est remplacé par un magasin vertical sous le boîtier, devant le levier.

En dehors de la grande chasse, c’est également une arme de guerre tirant des calibres puissants comme le .30-06 ou le .303 British.
On en fabriquera 425.000 jusqu’en 1931.
Il sera détrôné par les modernes systèmes à verrou comme on les voit aujourd’hui sur la grande majorité des carabines de chasse ou de sport.

Quand on évoque la grande chasse aussi bien pour Winchester que pour Marlin, cela fait penser évidemment aux gros animaux américains comme l’ours grizzly ou le bison mais, il ne faut pas oublier les safaris dans les savanes africaines, lions, éléphants, rhinocéros, très à la mode chez les gens fortunés de l’époque.

Au-delà du levier

Notons aussi les Savage 1895 et 1899. Contrairement à la Winchester 1895 , le chargeur vertical de 5 cartouches est incorporé dans le boîtier de l’arme et reste invisible de l’extérieur.
Il se charge par le haut lorsque le levier de sous-garde ouvert a fait reculer la culasse.
A noter un curieux petit compteur au bas du boîtier qui indique le nombre de cartouches encore disponibles dans le magasin.
Les divers calibres proposés en font une arme de chasse et le modèle évoluera un peu pendant un siècle de production et plus d’un million d’exemplaires.

En 1887, Winchester sort également un fusil de chasse à canon lisse à levier de sous-garde et magasin tubulaire de 5 cartouches de 10 ou de 12 pour le petit gibier.
Il s’en fabriquera près de 65.000 jusqu’en 1901 et la production continuera avec un modèle quasi identique jusqu’en 1920.

Winchester produira aussi des carabines à “pompe” ou “trombone” : le garde-main coulisse avant-arrière pour recharger l’arme, souvent en petit calibre comme le .22LR.
Le modèle 1890 sera produit jusqu’en 1941 à 850.000 exemplaires, ce qui n’est pas rien.

Du même système à pompe (Slide action), il y aura également le modèle 1893, ancêtre des Riot-guns à canon lisse et cartouches de chasse.

Pour les derniers et nombreux modèles Winchester de cette fin du 19ᵉ siècle, on sent bien l’empreinte de John Moses Browning qui inventera plus tard et pour d’autres firmes, le pistolet semi-automatique Colt 1911 et plusieurs modèles de mitrailleuses.
Il décédera dans son bureau de la Fabrique Nationale de Herstal, tout près de Liège, en novembre 1926, après une carrière armurière hors du commun.

Mais, ceci est encore une autre histoire…

Le document d'origine

Winchester et les autres armes à levier de sous-garde, Jean-Claude Cavalier (Jesse Lone Rider), 26 mai 2026 — 13 pages illustrées.

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L'auteur précise que les photographies, qui viennent du Net ou de lui-même, ne sont pas à la même échelle.

Le texte de cette page est celui du fascicule. Les intertitres et les illustrations avec leurs légendes sont du site. Trois points de fond y ont été corrigés : le second prénom d'Oliver Fisher Winchester, la capacité du magasin Evans et le rang de la Winchester 1894 parmi les armes vendues aux États-Unis. Le détail figure sur la fiche de vérification.

Les illustrations de cette page ne sont pas celles du fascicule : ce sont des images libres provenant de Wikimedia Commons et du Metropolitan Museum of Art. Auteur, source et licence de chacune figurent dans sa légende ; elles ne sont pas à la même échelle.

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