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Le réticule PSO-1 (SVD Dragunov)
Le PSO-1 (ПСО-1, Прицел Снайперский Оптический — « lunette de visée optique pour tireur d'élite ») est la lunette standard du fusil de précision soviétique SVD Dragunov, adoptée en 1963 par l'Armée soviétique. Conçue par le bureau d'études optiques de Novossibirsk (NPZ), elle reste l'une des lunettes militaires les plus produites et les plus copiées au monde.
Son réticule est remarquable par sa polyvalence : il combine dans un champ de vision unique un système de visée, un compensateur de chute de balle (BDC) et un télémètre stadiamétrique.
Pourquoi la question du plan focal ne se pose pas ici. On lit parfois que le PSO-1 serait un FFP « du fait de son grossissement fixe ». L'inférence ne tient pas : ce qui sépare premier et second plan focal, c'est le comportement des graduations quand on change de zoom. À grossissement fixe, rien ne change — les subtensions sont constantes par construction, et le réticule est exploitable en mesure quel que soit le plan où il est physiquement gravé. La distinction est donc sans objet, ce qui n'est pas la même chose que d'être FFP.
Caractéristiques optiques
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Désignation | PSO-1 (ПСО-1) |
| Grossissement | Fixe 4× |
| Champ de vision | ~6° (~105 mrad) |
| Diamètre de l'objectif | 24 mm |
| Relief d'œil | ~68 mm |
| Longueur | 375 mm |
| Masse | ~580 g |
| Montage | Rail latéral soviétique (Varshavsky) |
| Plan focal | sans objet — voir ci-dessous |
| Illumination | Tritium ou batterie (selon version) |
| Calibration | 7,62×54R (balle 7N1 de 9,8 g, soit 151 gr) |
Éléments du réticule
Le réticule du PSO-1 se compose de quatre éléments distincts :
1. Échelle horizontale en millièmes
L'élément le plus visible est la ligne horizontale graduée de −10 à +10 millièmes, avec un gap au centre. Les graduations sont espacées d'un millième (noté « 0-01 » dans la pratique soviétique), avec des traits longs tous les 5 et le chiffre « 10 » aux deux extrémités.
Le millième soviétique (тысячная) n'est pas le milliradian : c'est 1/6 000 de tour, soit 1,047 mrad (voir MOA et MRAD). Un millième sous-tend donc 1,05 m à 1 000 m, et non 1 m.
Utilité : cette échelle permet de mesurer la largeur angulaire d'une cible ou d'un objet de taille connue, afin d'en calculer la distance par la formule stadiamétrique :
Distance (m) ≈ Taille de l'objet (m) × 1 000 / Largeur lue en millièmes
Exemple : un véhicule de 2,5 m de large couvre 5 millièmes sur l'échelle → distance ≈ 2,5 × 1 000 / 5 = 500 m.
Cette « formule du millième » est la règle d'usage soviétique ; elle traite un millième comme 1/1 000 de la distance et surestime donc celle-ci de 4,7 %. Dans l'exemple, la distance exacte est de 477 m. L'écart est sans importance pour une estimation rapide, moins pour régler une hausse à grande distance.
L'échelle sert aussi à corriger la dérive latérale (vent) en utilisant les graduations comme points de visée décalés, à la manière d'un réticule gradué en milliradians, à 4,7 % près.
2. Chevron principal (point de visée)
Au centre de l'échelle horizontale se trouve un chevron (pointe vers le haut) qui constitue le point de visée principal. Ce chevron est utilisé avec la tourelle d'élévation supérieure. La tourelle est graduée de 1 à 10 (correspondant à 100 m - 1 000 m).
3. Chevrons BDC (Bullet Drop Compensator)
Sous le chevron principal, trois chevrons secondaires sont espacés le long du fil vertical. Ils servent de compensateur de chute de balle pour les distances dépassant la capacité de réglage de la tourelle (qui sature à 1 000 m).
Lorsque la tourelle est réglée sur la position 10 (1 000 mètres), les chevrons correspondent aux distances suivantes :
| Chevron | Distance visée | Report calculé sous le principal (7N1, 830 m/s) |
|---|---|---|
| Principal (haut) | 1 000 m | 0 (référence) |
| 2e chevron | 1 100 m | ≈ 3,5 mrad (3,4 millièmes) |
| 3e chevron | 1 200 m | ≈ 7,5 mrad (7,1 millièmes) |
| 4e chevron | 1 300 m | ≈ 11,8 mrad (11,3 millièmes) |
Ce système permet d'engager rapidement des cibles jusqu'à 1,3 km sans avoir à modifier le réglage interne de la lunette au-delà de son maximum mécanique.
La position angulaire des chevrons n'est chiffrée nulle part. Le manuel soviétique de la SVD (Наставление по стрелковому делу, Voenizdat, édition de 1976, p. 46-47 et fig. 35, en russe, dans notre bibliothèque) décrit les trois chevrons supplémentaires « pour tirer à 1 100, 1 200 et 1 300 m », tambour supérieur réglé sur 10, mais ne donne pas leur écart ; les autres sources consultées non plus. Sa figure 35, si elle est à l'échelle — ce qu'une figure de manuel ne garantit pas —, les place à environ 5 à 6 millièmes les uns des autres. La colonne de droite n'est donc pas une mesure du réticule, mais ce que les chevrons devraient valoir pour tomber juste : le report sous le chevron principal que donne le solveur du site pour la 7N1 partant à 830 m/s, tourelle sur 1 000 m. Passé 1 000 m, la balle est sous le mur du son et sa trajectoire s'effondre : les écarts entre chevrons grandissent (3,5, puis 4, puis 4,3 mrad).
Le dessin en tête de page, comme le simulateur de lunette du site, place les chevrons à ces reports calculés, faute de mieux : c'est la position qui tomberait juste, pas une position relevée sur un réticule. Pour un tir ajusté à ces distances, il faut de toute façon une solution de tir, pas un chevron.
Les distances indiquées ne sont valables que pour la munition d'origine (7,62×54R / 7N1). Avec un autre calibre ou une autre charge, les chevrons ne correspondent plus aux bonnes distances. Les répliques commerciales ne suivent pas toutes le même étalonnage : la notice d'une lunette POSP 4×24 de 2001 affecte ses chevrons à 1 000, 1 100 et 1 200 m, sa tourelle s'arrêtant vers 850 m. Se fier à la notice de sa propre lunette.
4. Télémètre stadiamétrique
L'élément le plus distinctif du PSO-1 est le télémètre stadiamétrique situé dans le quadrant inférieur gauche du champ de vision. Il se compose de :
- une ligne de base horizontale (le « sol ») ;
- une courbe hyperbolique au-dessus, calibrée pour une cible de 1,70 m de haut (la taille moyenne d'un homme debout) ;
- des graduations le long de la courbe : 2, 4, 6, 8, 10 (en centaines de mètres, soit 200 à 1 000 m).
Mode d'emploi
- Placer les pieds de la cible sur la ligne de base horizontale.
- Observer où la tête de la cible touche la courbe.
- Lire la graduation correspondante : c'est la distance en centaines de mètres.
Exemple : si la tête d'un homme debout atteint la courbe au niveau de la graduation « 4 », la cible est à environ 400 m.
Principe mathématique
Le télémètre exploite la relation inverse entre la taille angulaire d'un objet et sa distance. Pour une cible de hauteur h observée à une distance d, la hauteur angulaire en milliradians est :
Angle (mrad) = h (m) × 1 000 / d (m)
La courbe du télémètre trace cette relation pour h = 1,70 m : à 200 m la cible sous-tend 8,5 mrad, soit 8,1 millièmes (courbe haute), à 1 000 m seulement 1,7 mrad, soit 1,6 millième (courbe basse, presque sur la ligne de base). C'est cette forme hyperbolique caractéristique qui rend le télémètre facile à reconnaître.
Limites
- La cible doit mesurer environ 1,70 m pour que la lecture soit correcte. Un objet plus grand sera estimé plus proche, un objet plus petit plus loin.
- À grande distance (>800 m), la courbe se rapproche de la ligne de base et la lecture devient imprécise.
- Le télémètre suppose un terrain plat — un dénivelé important fausse l'estimation.
Utilisation tactique
La doctrine soviétique prévoyait une séquence d'engagement rapide :
- Estimer la distance avec le télémètre stadiamétrique (cible humaine) ou l'échelle horizontale (objet de largeur connue).
- Afficher la distance sur la tourelle de hausse, graduée directement en centaines de mètres (1 à 10) ; au-delà de 1 000 m, tourelle sur 10, prendre le chevron BDC le plus proche.
- Corriger la dérive latérale en décalant le point de visée sur l'échelle horizontale.
- Tirer.
Ce système « tout-en-un » permettait au tireur de classe du SVD d'engager des cibles entre 200 et 1 000 m en ne manipulant que la tourelle de hausse, sans calcul ni table — un avantage décisif dans un contexte militaire où la rapidité prime sur la précision chirurgicale du tir sportif.
Variantes et copies
Le succès du PSO-1 a engendré de nombreuses variantes :
- PSO-1M2 : version modernisée avec illumination à batterie et traitement optique amélioré.
- POSP (Беларусь) : copies biélorusses en divers grossissements (4×24, 6×42, 8×42) adaptées à d'autres calibres.
- PO 3,5×21P : version compacte à 3,5× pour l'AK et le SVD-S.
- Copies chinoises, roumaines et iraniennes pour les fusils de type SVD ou AK.
La plupart conservent le principe du réticule à chevrons et du télémètre stadiamétrique, avec des calibrations adaptées au calibre de l'arme.
Tableau récapitulatif
| Élément | Fonction | Plage utile |
|---|---|---|
| Échelle horizontale | Mesure angulaire et correction de dérive | ±10 millièmes (1 millième = 1,047 mrad) |
| Chevron principal | Point de visée (réglage tourelle) | 100–1 000 m |
| Chevrons BDC | Compensation de chute (holdover) | 1 100–1 300 m |
| Télémètre stadiamétrique | Estimation de distance (cible 1,70 m) | 200–1 000 m |
Voir aussi
- Simulateur de lunette — réticule PSO-1 — visualiser et manipuler le réticule interactivement
- Les réticules de lunette de tir — guide comparatif de tous les réticules
- Minute d'angle (MOA) et milliradian (MRAD) — comprendre les unités angulaires
Cet article a fait l'objet d'une vérification factuelle : voir la fiche de vérification ; reports recalculés le 2026-09-24 après la correction du solveur (dossier des chiffres du solveur).