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.222 Remington

La cartouche .222 Remington (triple deuce) est une cartouche à percussion centrale, sans bourrelet, greffée sur une balle de .224″ (5,70 mm). Introduite en 1950 par Remington, elle est la première cartouche commerciale de l'après-guerre et la première cartouche sans bourrelet jamais lancée pour le tir aux nuisibles — conçue d'emblée pour la précision, elle a régné sur la compétition de bench-rest pendant une vingtaine d'années et reste un calibre encore tiré et rechargé aujourd'hui.

Schéma coté de la .222 Remington, généré à partir des cotes de la base de calibres du site : alésage 5,70 mm, collet 6,40 mm, épaulement 9,10 mm, base 9,60 mm, culot 9,60 mm, longueur d'étui 43,18 mm.

Schéma coté de la .222 Remington, généré à partir des cotes de la base de calibres du site : alésage 5,70 mm, collet 6,40 mm, épaulement 9,10 mm, base 9,60 mm, culot 9,60 mm, longueur d'étui 43,18 mm.

Historique

La cartouche naît chez Remington des mains de l'ingénieur Mike Walker, également concepteur du fusil Model 722 (1948) dans lequel elle est lancée en 1950. C'est un dessin entièrement neuf, sans étui parent — et, au sortir de la guerre, à la fois la première cartouche commerciale du pays et la première cartouche sans bourrelet pour le tir aux nuisibles, deux premières que l'on doit au couple arme-munition Walker/Remington (R. H. Vandenburg, pour Berger Bullets, Wikipédia).

Le cartouche est un produit de compétition dès sa première saison. Walker, l'un des fondateurs de l'International Benchrest Shooters, tire la .222 en match à l'été 1950 au gun club de Johnstown (NY), sur un Model 722 à canon lourd de sa fabrication : ses cinq groupes de cinq coups à 100 yards font 0,35″ de moyenne, une précision exceptionnelle pour l'époque (American Rifleman). Les écrivains du tir s'en emparent aussitôt — Warren Page, Jack O'Connor, Townsend Whelen saluent la cartouche. La .222 détrône les calibres de bench-rest de l'époque (le .219 Donaldson Wasp en tête) et s'impose comme la cartouche du jeu jusqu'à l'arrivée des .22 PPC puis 6 mm PPC ; elle a longtemps tenu le record mondial du groupe de cinq coups à 100 yards : 0,009″ tiré par Mac McMillan le 23 septembre 1973 (Skunk Creek, AZ) et tenu jusqu'en 2013 (Layne Simpson, Shooting Times, American Hunter).

La .222 est aussi la souche d'une famille. L'armée américaine cherche dans les années 1950 une munition de petit calibre compacte : elle allonge l'étui du .222 (dont Remington commercialise en 1958 la version allongée de ~0,15″ sous le nom de .222 Remington Magnum, d'abord un concept de l'Armory de Springfield) puis le .223 Remington / 5,56 × 45, adopté en 1963 avec le M16. La filiation est posée sur la page Calibres militaires et équivalents civils. La coopérative civile suit le mouvement : à partir des années 1990, la .222 cède massivement le marché au .223, généralisé par les armes bâties autour du 5,56 — jusqu'à ne plus être chambrée par les grands industriels américains, tout en restant fabriquée mondialement (Gun Digest).

Côté poudres, l'historique et l'actuel se rejoignent : la poudre de l'époque était la DuPont 4198 (aujourd'hui IMR-4198), et les charges « classiques » des années 1960-1970 tournaient autour de 20,5 à 21,0 gr pour des balles de 50 à 53 gr ; les tables actuelles fixent des maxima plus bas pour la même cartouche — un exemple parfait de la règle qui suit : un maximum d'une table d'époque ne se recharge pas sans vérification (R. H. Vandenburg).

Spécifications (C.I.P.)

  • Alésage 5,70 mm (.224″) · étui 43,18 mm · culot 9,60 mm (sans bourrelet, rainure d'extraction) · base 9,60 mm · épaulement 9,10 mm · collet 6,40 mm · volume d'étui ~1,61 cm³.
  • Pression maximale C.I.P. 3 700 bar (canon d'épreuve 610 mm). Valeurs issues de la base de calibres du site, celle qui alimente le schéma coté ci-dessus et l'estimateur de balistique intérieure : exactes par construction, et régénérées à la source.
  • Amorçage Small Rifle (0,175″ ≈ 4,45 mm) — voir Le choix des amorces.
  • Les données historiques américaines (SAAMI d'époque) donnent un étui de 1,700″ (43,18 mm), un épaulement à 23°, un culot de 0,378″ et une balle de 50 gr à 3100 fps (~945 m/s) (American Hunter).

Projectiles et pas de rayure

Les balles du calibre s'échelonnent de 40 à 55 gr pour l'usage courant, avec un poids de prédilection autour de 50–53 gr. Le pas de rayure d'usine classique est 1:14″, dimensionné pour les balles de 50 à 52 gr ; au-delà, il faut accélérer la rotation. Le tableau ci-dessous donne le facteur de stabilité $S_g$ (formule de Miller, implémentation de l'outil pas de rayure du site, atmosphère standard), calculé à la vitesse médiane des charges publiées de nos données pour chaque poids — notez que les longueurs sont estimées depuis la masse par la relation moyenne du site (constante de famille : ±6 % sur la longueur, ±20/−16 % sur $S_g$ ; dès que la longueur publiée existe, elle prime).

Balle vmax médiane $S_g$ à 1:14″ $S_g$ à 1:12″ $S_g$ à 1:10″
45 gr 1 011 m/s 1,36 1,86 2,67
50 gr 982 m/s 1,12 1,52 2,19
52 gr 998 m/s 1,05 1,42 2,05
55 gr 954 m/s 0,93 — sous la limite 1,27 — sous le plancher 1,82
60 gr 890 m/s 0,77 — instable 1,05 — limite 1,52

La lecture est claire : le 1:14″ d'usine stabilise correctement jusqu'à 50–52 gr, et c'est tout. La balle de 55 gr y tombe sous la limite de stabilité ($S_g$ < 1,0), la 60 gr franchement instable. C'est exactement ce que le tir à 300 m impose : pour les balles de 60–62 gr, il faut du 1:12″ ou du 1:10″ — la .222 n'a pas « perdu » à longue distance, elle est restée au pas lent que son époque varmint lui avait fixé.

Vitesses et poudres

Les vitesses publiées ci-dessous sont des médianes des maxima de table rassemblées dans la base de données du site pour la .222 Remington — 470 lignes, dix guides de fabricants (Alliant, ADI, Hodgdon, Lovex, Norma, Reload-Swiss, Vectan, Vihtavuori, Western Powders…).

Balle Médiane des maxima publiés
45 gr ~1 011 m/s (3 300 fps)
50 gr ~982 m/s (3 220 fps)
52 gr ~998 m/s (3 275 fps)
55 gr ~954 m/s (3 130 fps)
60 gr ~890 m/s (2 920 fps)

Ces médianes sont des maxima de tables, et une table n'est pas une charge de départ. Se servir d'une médiane pour « situer » la cartouche est légitime ; pour la recharger, on part toujours du minimum publié et on remonte en surveillant les signes de pression. Voir la section sécurité du guide de rechargement. C'est la règle que l'histoire du calibre rappelle elle-même : les « charges classiques » de 20,5–21,0 gr IMR-4198 des années 1960 dépassent les maxima actuels.

Côté poudres, les plus représentées dans nos 470 lignes sont Accurate 2200 (61), Ramshot TAC (43), Ramshot X-Terminator (41), Accurate 2230 (32) puis Accurate LT-30 (28) ; côté Vihtavuori, un trio N130 (20), N120 (19) et N133 (15). La famille ADI/Hodgdon équivalente à l'historique 4198 (AR 2219, AR 2207, H4198, IMR 4198) est aussi représentée — le compromis du calibre tient à des poudres de vivacité moyenne à vive portant peu de charge. Chez Vihtavuori, la pratique locale du N120 s'inscrit dans la fenêtre officielle : pour une balle de 52 gr, la table donne du 17,6 à 19,6 gr (canon d'essai 580 mm) ; la « recette » des tireurs du forum (18,2–18,4 gr, balle de 52–53 gr) se situe dans cette fenêtre. Données à jour sur le moteur officiel Vihtavuori Reloading Data.

Le geste de rechargement

C'est un geste simple et économe, dont le forum ne se lasse pas :

  • Recalibrage collet seul pour la précision, avec un collet à douille (bushing) : diamètre = Ø balle + 2 × épaisseur du collet − tension souhaitée. La .222 illustre la règle « à faible charge, le full-size n'apporte rien » : le collet seul préserve la concentricité et la durée de l'étui.
  • Douilles : les Lapua sont régulièrement jugées au-dessus du lot (les Remington/PMC « pas fantastiques » selon un habitué). Les étuis se rechargent longtemps : 25 à 35 rechargements au collet seul sont rapportés comme ordinaires (expérience du forum — cette durée est une règle empirique d'usage, pas une donnée publiée : elle dépend de chaque arme et de chaque charge).
  • Amorces : Small Rifle, avec une préférence pour les références « benchrest » jugées régulières (CCI BR4, Remington 7½) — voir Le choix des amorces.

Longévité du canon

La .222 est classée en « faible capacité / douce » sur la page Longévité des canons : sa charge modeste soumet la gorge à un stress thermique par coup nettement moindre qu'une .308, et sa durée de vie est au moins comparable à celle d'une .308 « normale » — les 5 000 à 10 000 coups d'usure mécanique s'appliquent, et le seuil de remplacement en bench-rest pur (~1 500 coups) y est explicite (la discipline remplace avant la mort du canon). Dans le corpus du forum, le calibre bénéficie d'une réputation de « ne brûle pas les canons », avec des canons de .222 d'occasion portant plusieurs milliers de coups sans perte de groupement.

.222 vs .223

Deux cartouches voisines mais non interchangeables — la règle de sécurité prime :

Jamais de .222 dans une chambre .223, ni l'inverse. Étui 43,18 vs 44,70 mm, collet et culot de cotes différentes : chambrer l'une dans l'autre expose à des percussions ratées, des problèmes d'extraction et à un risque réel de casse ou de coup en surpressionK-Boum » dans le vocabulaire du forum). Les cotes exactes dans la base de calibres : .222 trois mille sept cents bar contre 4 300 bar pour le .223 (C.I.P.), pour un même alésage de 5,70 mm ; les pressions mesurées courantes du .223 dépassent ce que la chambre arrière d'une .222 est censée voir.

  • En neuf, le .223 est moins cher à tirer (munitions d'usine abondantes) et dote la quasi-totalité des fusils de la classe ; la .222 ne se trouve plus guère qu'en occasion ou sur commande.
  • En précision, la réputation de la .222 n'a jamais faibli — la comparaison est un débat de pratique, pas une supériorité documentée : la .223 partage l'enceinte d'origine du .222, et la filiation dit tout ce qu'il faut de la capacité du petit étui (voir Calibres militaires).
  • À 100–200 m — le domaine du calibre — une .222 d'occasion bien choisie, rechargée au collet en 50–53 gr, groupe aussi bien qu'une .223 neuve, pour un coût au coup plus faible en rechargeant. Le forum le résume : « au-delà de 200 m, le .223 avec des balles lourdes prend l'avantage ; à 100 m, ne vous embêtez pas à changer ».

Pour aller plus loin

Provenance des cotes et pressions. Les valeurs C.I.P. citées ici proviennent de la base de calibres du site, construite à partir des fiches C.I.P. (vidées de tout droit à redistribuer) et régénérée par scripts/gen_cartridge_diagrams.js. L'historique repose sur les articles publiés cités plus haut ; le site n'héberge pas de monographie recouvrant le calibre (le fond est militaire et antérieur à 1950). Les rechargements décrits comme « expérience du forum » sont des pratiques rapportées, pas des faits publiés : elles servent à reconnaître la question récurrente, jamais à fonder une valeur.


Page établie le 2026-08-29 dans le cadre de la curation des archives du forum (ROADMAP, Pilier 2). Sources, calculs refaits et ce qui n'a pas pu être établi figurent sur la fiche de vérification.

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